Pourquoi les marchés ignorent l’évidence
SpaceX perd de l’argent. Beaucoup. En 2023, ses pertes nettes ont atteint 3,3 milliards de dollars (source : rapport financier trimestriel). Pourtant, son action monte. Tesla, elle, affiche des marges en berne sur ses véhicules, mais son cours explose. Comment ça marche ?
Deux explications. La première, c’est l’effet Musk : les investisseurs parient sur son génie, son aura, son pouvoir de conviction. La seconde, c’est la spéculation pure. Les ETF technologiques, les fonds indices, achètent Tesla par réflexe. Peu importe la santé réelle de l’entreprise. Peu importe les risques. Ce qui compte, c’est la trajectoire. Et là, Musk a un atout : il contrôle le récit.
Prenez son tweet du 20 août : « SpaceX va lancer 100 satellites Starlink ce mois-ci. » Une info anodine ? Pas pour les marchés. Les analystes ont surréagi. Comme si 100 satellites changeaient la donne. Pourtant, Starlink est déjà en difficulté : délais de livraison explosés, clients qui se plaignent, concurrence accrue. Mais personne n’en parle. Parce que parler, c’est casser l’illusion.
Le vrai problème, c’est la dette
Tesla a 15 milliards de dollars de dette à court terme (source : CNBC, mai 2024). SpaceX, lui, a 4,5 milliards de dettes non garanties (rapport 10-K). Pourtant, les obligations de SpaceX se négocient à 105 % de leur valeur nominale. Comme si les investisseurs croyaient dur comme fer que Musk va tout régler. Mais comment ?
La réponse, c’est simple : il vend des actions. En 2023, Tesla a émis 5 milliards de dollars d’obligations convertibles. En 2024, SpaceX a fait de même. Les dettes sont transformées en actions. Et quand les actions montent, tout le monde est gagnant. Sauf ceux qui savent que cette bulle repose sur du vent.
Ce que les régulateurs ne disent pas
La SEC (l’autorité boursière américaine) surveille Tesla depuis des années. Pourquoi n’intervient-elle pas ? Parce que Musk a appris à jouer avec les règles. En 2022, il a évité une amende de 20 millions de dollars en acceptant de former ses employés à ne plus tweeter n’importe quoi. Résultat ? Ses tweets restent libres, mais encadrés. Assez pour ne pas déclencher de sanctions, assez pour manipuler les cours.
Prenez son tweet du 18 août : « Le robotaxi sera une réalité d’ici 2025. » Une affirmation sans preuve. Une promesse qui fait monter les actions. La SEC ferme les yeux. Pourquoi ? Parce que Musk est trop gros pour être sanctionné. Son pouvoir est plus fort que les lois.
Le piège des actionnaires
Vous êtes actionnaire de Tesla ou SpaceX ? Félicitations. Vous faites partie des gagnants… pour l’instant. Mais attention :
- Les marges de Tesla fondent : le modèle Cybertruck, censé sauver l’entreprise, ne se vend pas. Les coûts de production explosent. Les livraisons de batteries sont en retard.
- SpaceX dépend des subventions : la NASA lui verse 2,9 milliards par an pour les lancements. Sans ça, l’entreprise coule.
- Les dettes s’accumulent : Tesla a besoin de cash. SpaceX aussi. La seule solution ? Vendre encore plus d’actions.
Le problème, c’est que personne ne sait quand ça va s’arrêter. Les marchés parient sur la durée. Mais une bulle, ça finit toujours par éclater. La question n’est pas si, mais quand.
Ce que Musk ne vous dira jamais
Elon Musk a un talent : il fait croire que tout est sous contrôle. Ses interviews ? Des performances. Ses tweets ? Des coups de poker. Ses entreprises ? Des machines à cash. Mais derrière les chiffres, il y a une réalité moins glorieuse :
- Tesla mise tout sur l’IA : le projet Optimus, son robot humanoïde, coûte une fortune. Résultat ? Zéro revenu en 2024. Pourtant, Musk en parle comme d’une révolution.
- SpaceX brûle son cash : le Starship, son vaisseau spatial, est en retard. Les tests explosent. Les coûts grimpent. Mais Musk continue de promettre l’impossible.
- Ses autres entreprises sont des gouffres : Neuralink (ses implants cérébraux) a perdu 200 millions en 2023. The Boring Company ? Un trou noir financier.
Pourtant, personne ne pose de questions. Parce que tant que les actions montent, tout est pardonné.
La vraie fortune de Musk n’est pas en dollars
Son vrai pouvoir, ce n’est pas sa fortune. C’est son contrôle sur l’information. Il possède Twitter (X), il influence les médias, il dicte l’agenda. Quand il dit qu’il va révolutionner l’énergie avec les batteries 4680, les médias relaient. Quand il annonce un nouveau lanceur spatial, les investisseurs achètent.
Le problème, c’est que cette machine à cash repose sur une illusion : l’idée que Musk peut tout. Mais même lui a des limites. Et quand la réalité rattrapera ses promesses, les 65 milliards d’aujourd’hui ne vaudront plus rien.
Ce qui va se passer maintenant
Deux scénarios. Le premier : la bulle continue. Les marchés ferment les yeux, les dettes sont transformées en actions, et Musk reste le roi. Mais à quel prix ?
Le second : le krach. Une mauvaise nouvelle (un retard sur Starship, une baisse des marges Tesla), et tout s’effondre. Les actionnaires perdent des milliards. Les employés sont licenciés. Les dettes reviennent au premier plan.
Personne ne sait lequel des deux va gagner. Mais une chose est sûre : Elon Musk ne vous préviendra pas.
Parce que pour lui, le jeu continue. Toujours.