Le ministre qui change d’avis en 48 heures, c’est louche ou c’est normal ?
Juillet 2024. La France dit non au Full Self-Driving (FSD) de Tesla. Motif officiel : « Sécurité insuffisante ». Motif officieux : personne ne veut être le premier à signer pour un système qui a déjà envoyé des voitures dans des murs aux États-Unis. Le ministère des Transports, Clément Beaune en tête, joue la prudence. Logique. Jusqu’ici, tout va bien.
Sauf que.
Mi-septembre, même Beaune, même ministère, même sujet. Cette fois, il tweete un « échange constructif » avec Elon Musk. Sous-entendu : on discute, on avance, peut-être qu’on va dire oui. Entre les deux déclarations, trois semaines. Trois semaines, c’est court pour un revirement. Surtout quand on parle d’une technologie qui, rappelons-le, n’a toujours pas prouvé qu’elle était sûre.
Alors, que s’est-il passé ?
Trois coups de fil. Trois appels de Musk, ou de ses équipes, à des gens qui comptent. Pas seulement Beaune, aussi Bercy, Matignon, peut-être même l’Élysée. Musk ne négocie pas comme un patron lambda. Il ne envoie pas des dossiers, il ne fait pas de présentations PowerPoint. Il appelle, il menace, il promet. Et surtout, il a un argument massue : l’argent.
L’argument qui tue : 5 milliards d’euros et 3000 emplois
Tesla, c’est 5 milliards d’investissements prévus en France d’ici 2027. Une gigafactory près de Berlin, une autre en Espagne, et la France qui traîne des pieds. Musk n’aime pas les pays qui traînent. Alors il a sorti le chéquier : « Vous voulez 3000 emplois ? Vous voulez que je double la mise ? Dites oui au FSD. »
Le problème, c’est que la sécurité routière, ça ne se monnaie pas. Enfin, ça ne devrait pas. Sauf que quand un ministre voit 3000 emplois en jeu, les principes, ça devient flou. Surtout quand ces emplois sont dans des régions qui votent. Surtout quand l’Europe entière regarde.
Et puis, il y a un détail qui cloche : personne ne parle des accidents. Aux États-Unis, le FSD a déjà été impliqué dans une dizaine de collisions, dont certaines mortelles. La NHTSA, l’autorité américaine, enquête. En France, la DGCCRF et la Sécurité Routière ont des rapports internes qui disent la même chose : « On n’a pas les moyens de vérifier. » Alors on fait quoi ? On signe quand même ?
La DGCCRF et les régulateurs : les grands absents du débat
Officiellement, c’est la DGCCRF qui doit homologuer le FSD. Officieusement, elle n’a ni les outils, ni les effectifs, ni l’expertise pour le faire. En 2023, elle a testé 12 systèmes d’aide à la conduite. Résultat : 8 sur 12 ne respectaient pas les normes. Le FSD, lui, n’a même pas été testé. Pourquoi ? Parce que Tesla refuse de partager ses données.
Et c’est là que ça devient gênant.
Un régulateur qui n’a pas les moyens de réguler, c’est comme un pompier sans eau. Sauf que là, le feu, c’est une voiture qui roule toute seule. Et que le ministre, lui, a déjà un pied dans la porte. Alors il fait ce que font tous les politiques quand ils sont coincés : il gagne du temps. « On étudie », « On discute », « On avance ». Pendant ce temps, Tesla continue de vendre ses voitures en France, avec le FSD en option. Officiellement, c’est interdit. Officieusement, tout le monde ferme les yeux.
Musk a gagné avant même d’avoir commencé
Le plus drôle, enfin, le plus triste, c’est que Musk n’a même pas besoin d’un « oui » officiel. Il lui suffit d’un flou. D’un ministre qui dit « on discute », d’un tweet qui parle d’« avancées ». Parce que dans les faits, Tesla peut continuer à vendre ses voitures avec le FSD en beta. Les clients l’utilisent, les accidents arrivent, et quand on demande des comptes, tout le monde se renvoie la balle : « C’est une version test », « C’est aux utilisateurs de faire attention ».
Et pendant ce temps, les régulateurs ? Ils regardent. Ils attendent. Ils espèrent que quelqu’un d’autre va prendre la décision à leur place.
La vraie question : qui protège qui, au juste ?
Si on résume :
- Tesla veut vendre son FSD en Europe.
- La France dit non, puis « peut-être », puis « on verra ».
- Les régulateurs n’ont pas les moyens de vérifier.
- Les politiques ont peur de perdre des emplois.
Résultat ? On va probablement dire oui. Pas parce que c’est sûr. Pas parce que c’est bien régulé. Mais parce que Musk a su jouer sur les deux tableaux : la menace économique et le flou juridique.
Et les conducteurs, dans tout ça ? Ils seront les cobayes. Comme aux États-Unis. Comme en Chine. Comme partout où Musk a réussi à imposer ses règles.
La différence, c’est qu’en France, on avait dit non. Avant de se faire retourner comme une crêpe.
Le dernier mot : et si on arrêtait de faire semblant ?
Personne ne veut assumer la responsabilité d’un accident. Personne ne veut être celui qui a dit « oui » à Tesla. Alors on fait semblant de discuter, on fait semblant de négocier, on fait semblant de réguler. Pendant ce temps, les voitures roulent. Les algorithmes décident. Et les politiques comptent les emplois.
Un jour, il y aura un mort. Pas un accident, un mort. Et là, tout le monde se réveillera. Trop tard, comme d’habitude.
En attendant, Musk a déjà gagné. Parce qu’il a compris une chose : en Europe, quand on veut quelque chose, il suffit de parler plus fort que les régulateurs. Et de leur faire peur avec des chiffres.
La France a dit non. Puis elle a dit « peut-être ». Demain, elle dira oui. Et personne n’aura rien vu venir.