Elles pédalent pour les seins, et c’est pas du folklore

Deux amies tracent une poitrine à vélo à travers la France pour parler des cancers féminins et des gènes BRCA. Un défi sportif, un coup de gueule, et une question : pourquoi faut-il encore se battre pour que ça compte ?

Publié le 3 septembre 2026 à 08:06
Elles pédalent pour les seins, et c’est pas du folklore

1 200 kilomètres en forme de nichons, et puis quoi encore ?

C’est l’idée. Pas une blague, pas un délire d’artiste. Deux meufs, un vélo, et un tracé GPS qui dessine une paire de seins sur la carte de France. Le Boobs Tour, c’est ça : un itinéraire qui passe par les Deux-Sèvres, la Vendée, la Charente-Maritime, et qui s’arrête net à Paris. 1 200 bornes, douze étapes, zéro sponsor officiel. Juste elles, leurs mollets, et une cause qui pue la sueur et la colère.

Pourquoi des seins ? Parce que les leurs, ou ceux de leurs proches, ont failli les tuer. Marion et Élodie, 34 et 36 ans, ont toutes les deux le gène BRCA1. Un truc qui multiplie par dix le risque de cancer du sein ou de l’ovaire. Marion a été diagnostiquée à 28 ans. Élodie a perdu sa mère à 42. Elles ne font pas dans le pathos, elles font dans le concret : si on avait su plus tôt, si on avait agi plus vite, si on avait parlé plus fort, peut-être que les choses auraient été différentes.

Alors elles pédalent. Pas pour la gloire, pas pour les likes. Pour gueuler un truc simple : les cancers féminins, les mutations génétiques, tout ça, c’est pas une fatalité. C’est un système qui traîne, qui minimise, qui attend que les femmes ferment leur gueule.

Le gène BRCA, ce tueur silencieux que personne ne veut voir

BRCA1 et BRCA2. Deux petits noms qui foutent la trouille. Si vous les avez, vous avez 70% de risques de développer un cancer du sein avant 80 ans. 40% pour les ovaires. Des chiffres qui claquent, mais qui restent abstraits pour la plupart des gens. Sauf pour celles qui les vivent.

Marion, par exemple. À 25 ans, elle apprend qu’elle a ce gène. À 28, on lui trouve une tumeur. Double mastectomie, chimiothérapie, reconstruction. Elle raconte ça comme on parle de la pluie : avec un détachement qui fait mal. « On m’a dit : ‘Vous avez le choix. Vous pouvez surveiller, ou vous pouvez enlever.’ Comme si c’était une question de préférence. Comme si j’avais le temps d’hésiter. »

Le problème, c’est que le dépistage, en France, il est à la ramasse. Si vous avez un antécédent familial, on vous propose un test génétique. Sinon, vous attendez 50 ans pour une mammographie. Sauf que les BRCA, eux, ils s’en foutent de votre âge. Ils frappent tôt, ils frappent fort. Et quand on vous diagnostique à 30 ans, c’est souvent trop tard pour les solutions douces.

Pourtant, des solutions, il y en a. La mastectomie préventive, par exemple. Une opération radicale, mais qui réduit le risque de 90%. Sauf que dans les faits, c’est compliqué. Les délais d’attente pour une consultation en génétique ? Entre six mois et un an. Les médecins qui minimisent ? « Vous êtes jeune, ne vous inquiétez pas. » Les assurances qui refusent de couvrir les frais ? « C’est préventif, donc pas pris en charge. »

Bref, le système est fait pour ceux qui ont le temps. Pas pour celles qui ont un compte à rebours dans le corps.

Le vélo, ou l’art de faire chier les gens bien comme il faut

Leur itinéraire, il est calculé au millimètre. Une poitrine, avec les tétons qui pointent vers Paris. Un symbole, oui, mais pas que. Un moyen de forcer les gens à regarder. Parce que quand vous tracez une paire de seins sur une carte, les gens posent des questions. Et quand les gens posent des questions, Marion et Élodie répondent. Sans filtre.

Elles ont choisi le vélo pour une raison simple : c’est lent. Trop lent pour les réseaux sociaux, trop lent pour les médias qui veulent du spectaculaire en 30 secondes. Mais assez lent pour parler. Aux gens qu’elles croisent, aux maires des villages, aux journalistes locaux. « On n’est pas là pour faire joli. On est là pour emmerder. »

Et ça marche. Dans les Deux-Sèvres, un type leur a dit : « C’est dégoûtant, votre truc. » Elles ont souri. « Parfait. Ça veut dire qu’on a touché un nerf. » Parce que c’est ça, le but : déranger. Faire en sorte que les gens qui n’ont jamais entendu parler des BRCA se souviennent de ce putain de gène. Faire en sorte que les politiques arrêtent de botter en touche quand on leur parle de dépistage précoce.

Elles ont des stats, des témoignages, des arguments. Mais elles savent une chose : les chiffres, ça ne suffit pas. Il faut du concret. Du tangible. Alors elles pédalent. Et elles racontent.

La recherche avance, mais pas assez vite

Il y a des progrès, c’est vrai. Les tests génétiques sont plus accessibles qu’avant. Les mastectomies préventives sont mieux remboursées. Les associations se battent pour faire bouger les lignes. Mais c’est lent. Trop lent.

En 2024, on en est encore à se demander pourquoi les femmes doivent se battre pour être entendues. Pourquoi les délais d’attente pour une consultation en génétique sont toujours aussi longs. Pourquoi les médecins continuent de dire à des jeunes femmes : « Ne vous inquiétez pas, c’est probablement rien. »

Marion et Élodie, elles, elles ont une théorie. « Le cancer du sein, c’est un truc de femmes. Donc c’est moins grave. Moins urgent. Moins médiatique. » Elles ont raison. Regardez les budgets alloués à la recherche. Regardez le temps qu’il a fallu pour que les mastectomies préventives soient prises au sérieux. Regardez le nombre de femmes qui meurent encore parce qu’on a minimisé leurs symptômes.

La science avance, oui. Mais les mentalités, elles, traînent. Et tant que ce sera le cas, des meufs comme Marion et Élodie continueront de pédaler. Parce que si personne ne le fait, qui le fera ?

Ce qui les attend à Paris, et ce qui devrait nous attendre, nous

Leur arrivée à Paris, c’est dans trois jours. Elles ont prévu une manif devant le ministère de la Santé. Pas une grosse, pas une médiatique. Juste elles, quelques potes, et des pancartes. « BRCA : on en parle ou on attend les morts ? » « Dépistage précoce : stop aux délais. » Des trucs simples, qui claquent.

Elles savent que ça ne changera pas le monde. Pas tout de suite. Mais si une seule femme, en les voyant, décide d’aller se faire dépister plus tôt, elles auront gagné. Si un seul médecin, en entendant leur histoire, arrête de minimiser les symptômes de ses patientes, elles auront gagné.

Parce que c’est ça, le vrai combat. Pas les 1 200 kilomètres. Pas les seins dessinés sur une carte. Mais le fait que, en 2024, il faille encore se battre pour que les cancers féminins soient pris au sérieux. Pour que les mutations génétiques soient dépistées à temps. Pour que les femmes arrêtent de mourir parce qu’on a attendu trop longtemps.

Alors oui, elles pédalent. Et non, elles ne lâcheront pas. Parce que si elles le font pas, qui le fera ?

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R Galaxie Rédaction

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