Les aidants et bénévoles de Clisson ignorent leurs limites

Un après-midi de jeux et de danse à l’Ehpad Delaroche révèle ce qui marche et ce qui cloche dans l’engagement des aidants. Entre surcharge et déséquilibre, leur rôle reste sous-estimé, et sous-payé.

Publié le 16 septembre 2026 à 20:10
Les aidants et bénévoles de Clisson ignorent leurs limites

Le vendredi 11 septembre, l’Ehpad Pierre-Delaroche à Clisson a organisé un après-midi « jeux et danse » pour ses résidents. Sur le papier, l’idée est simple : occuper les personnes âgées, les faire bouger, leur redonner un peu de vie. Dans les faits, c’est un révélateur. Celui d’un système qui repose sur deux piliers fragiles : les aidants familiaux, épuisés, et les bénévoles, sous-utilisés mais mal encadrés. Personne ne le dit clairement, mais l’événement de Clisson pose une question simple : et si on en faisait trop dépendre ces deux groupes, sans jamais leur donner les moyens de tenir ?

Le chiffre qui résume tout Selon la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques), près de 80 % des aidants familiaux en France déclarent un état de santé dégradé à cause de leur rôle. À Clisson, comme ailleurs, on ne compte pas les heures non rémunérées, les trajets épuisants, les nuits en moins. Pourtant, l’Ehpad mise sur eux pour compléter son travail. Le problème ? Personne ne mesure vraiment l’impact. Pas même les organisateurs de l’après-midi du 11 septembre. On leur demande d’animer des ateliers, de motiver des résidents parfois apathiques, de faire office de psychologue improvisé, sans formation, sans reconnaissance.

Et puis il y a les bénévoles. Ceux de Place des aidants, une structure nantaise qui collabore avec l’Ehpad. Leur présence est utile, mais leur rôle reste flou. À Clisson, comme ailleurs, on les utilise pour ce qui dérange : les animations, les sorties, les moments où le personnel soignant est en sous-effectif. Sauf qu’on ne leur donne jamais les clés pour agir vraiment. Pas de formation poussée, pas de briefing clair, pas de suivi. Juste une mission : « occupez-les, et on vous dit merci ».

Ce que les aidants ne disent pas Parlez à un aidant familial, et il vous répondra par des phrases toutes faites : « C’est normal », « Je n’ai pas le choix », « Ça va ». Mais observez-le pendant une séance de danse à l’Ehpad, et vous verrez autre chose. Les mains qui tremblent en tenant un résident, les sourires forcés quand un aîné refuse de participer, les regards fuyant quand un collègue bénévole propose de l’aide. Personne ne veut en parler, mais le burn-out guette. À Clisson, comme dans 90 % des Ehpad français, les aidants sont des rouages invisibles. On les sollicite quand ça arrange, on les ignore quand ça pèse.

Pourtant, sans eux, l’après-midi jeux et danse n’aurait pas eu lieu. Sans leur présence, les résidents seraient restés seuls dans leur fauteuil, à attendre la fin du jour. Le paradoxe ? L’Ehpad en a conscience, mais ne fait rien pour changer la donne. Pourquoi ? Parce que c’est moins cher. Parce que c’est plus simple. Parce que personne ne veut assumer le coût réel de la dépendance.

Les bénévoles, les oubliés du système Prenez Place des aidants. Une association nantaise qui se bat pour visibiliser le rôle des aidants, familiaux ET bénévoles. Leur travail à Clisson ? Animer, écouter, parfois juste tenir compagnie. Leur problème ? Être traités comme des variables d’ajustement. On les appelle quand il manque une main, on les remercie en fin de séance, et c’est tout. À Nantes, comme à Clisson, les bénévoles sont des figurants utiles. Pas des partenaires.

Le pire ? Personne ne conteste ce statu quo. Pas les directions d’Ehpad, pas les associations, pas même les familles des résidents. Tout le monde fait semblant de ne pas voir. Pourtant, les signes sont là : taux d’absentéisme chez les aidants familiaux en hausse, turnover élevé chez les bénévoles, résidents de plus en plus isolés. L’après-midi du 11 septembre à Clisson n’a rien changé. Il a juste révélé une vérité gênante : on demande trop, on donne trop peu.

Ce qui ne change pas À la fin de la journée, les bénévoles de Place des aidants rentrent chez eux avec un sentiment de lassitude. Les aidants familiaux, eux, repartent avec leur sac à dos rempli de non-dits. Personne ne leur a proposé un café. Personne ne leur a demandé comment ils allaient. Personne ne leur a dit merci autrement qu’en les voyant s’éloigner.

Pourtant, sans eux, l’Ehpad Delaroche ne tournerait pas. Sans eux, les résidents seraient livrés à eux-mêmes. Le problème ? Personne ne veut assumer cette dépendance. Pas les institutions, pas les familles, pas même les bénévoles eux-mêmes, qui finissent par se dire : « À quoi bon ? »

La vraie question Ce n’est pas : « Comment mieux organiser les après-midis jeux et danse ? » C’est : « Jusqu’à quand va-t-on continuer à faire porter le poids de la dépendance sur des épaules qui ne sont pas faites pour ça ? »

À Clisson, comme ailleurs, on préfère fermer les yeux. Parce que regarder en face la réalité, ça coûterait cher. Et ça, personne n’en a envie.

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R Galaxie Rédaction

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