Ed Sheeran efface Macklemore de sa tournée, le rappeur devient un bouc émissaire

Le chanteur britannique annule les premières parties du rappeur américain, connu pour ses prises de position radicales sur la Palestine. Une décision qui révèle les failles d’une industrie musicale en quête de respectabilité, mais aussi les limites de la liberté d’expression quand l’argent entre en jeu. Macklemore, lui, assume : « Je ne ferai pas semblant. »

Publié le 15 septembre 2026 à 06:02
Ed Sheeran efface Macklemore de sa tournée, le rappeur devient un bouc émissaire

Ed Sheeran efface Macklemore de sa tournée, le rappeur devient un bouc émissaire

Le 12 mai dernier, Macklemore a posté un message sur Instagram. Rien de compliqué : une photo de lui, torse nu, avec un bandana palestinien autour du cou. En légende, un texte sec : « Je ne ferai pas semblant. » Trois mots. Pas de menace, pas d’appel à la violence, juste une affirmation. Le genre de phrase qui claque comme un coup de poing dans un débat où tout le monde y va avec des gants. Sauf lui.

Pourtant, deux semaines plus tard, Macklemore était viré de la tournée américaine d’Ed Sheeran. Officiellement, « pour des raisons logistiques ». Officieusement, parce que ses positions sur la Palestine, pro-BDS, critique d’Israël sans nuance, soutien à des groupes classés comme terroristes par certains pays, dérangent. Pas seulement les fans de Sheeran, non. Les sponsors. Les organisateurs. Les labels. Tout ce petit monde qui préfère que le rappeur reste dans son coin, à faire des blagues sur la marijuana et à parler de ses enfants, plutôt que de remuer la merde géopolitique.

Le BDS, ce mot qui fait peur

Le Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) est un mouvement né en 2005 pour pousser à un boycott d’Israël jusqu’à ce que ses politiques envers les Palestiniens changent. Pour ses défenseurs, c’est une lutte légitime. Pour ses détracteurs, c’est de l’antisémitisme déguisé. Macklemore, lui, assume pleinement. En 2017, il a même sorti un titre, « Palestinian American », où il compare la situation des Palestiniens à celle des Noirs aux États-Unis. « Nous sommes tous des Palestiniens maintenant », chante-t-il. Des mots qui ont valu des menaces de mort, des annulations de concerts, et maintenant, une exclusion pure et simple.

Sheeran, lui, a toujours joué la carte de la neutralité. Pas de prise de position publique sur le conflit, quelques tweets timides ici et là, mais rien qui fâche. Sauf que voilà : quand on monte une tournée de 50 dates, avec des sponsors comme Coca-Cola ou Mastercard en ligne de mire, on ne peut pas se permettre un artiste qui fait trembler les actionnaires. Le BDS, c’est le mot qui fait peur. Pas parce que Macklemore appelle à la violence, non. Parce qu’il force les gens à choisir leur camp. Et dans le milieu du spectacle, choisir, c’est toujours risqué.

L’argent parle, la morale se tait

En 2019, le festival Coachella avait déjà annulé la participation de Macklemore après qu’il eut soutenu le BDS. À l’époque, le festival avait expliqué que cela « n’était pas compatible avec les valeurs de diversité et d’inclusion ». Traduction : on ne veut pas pisser contre le vent. Aujourd’hui, c’est la même chose. Sheeran, lui, a sorti un communiqué laconique : « Nous avons pris cette décision après mûre réflexion. » Mûre réflexion, oui. Mais surtout, réflexion comptable.

Le problème, c’est que Macklemore n’est pas un extrémiste. Il est juste honnête. Et dans un monde où tout le monde court après l’algorithme du « like » et la caution des marques, l’honnêteté, ça dérange. Quand le rappeur a annoncé son soutien au BDS en 2017, il avait reçu des menaces. Des fans lui ont écrit pour lui dire qu’il « méritait de mourir ». Des organisateurs de concerts lui ont retourné des chèques. Aujourd’hui, c’est Sheeran qui lui claque la porte au nez.

Ce que ça dit de la musique aujourd’hui

La musique, c’est censé être un espace de liberté. Un endroit où on peut dire ce qu’on pense, sans filtre. Sauf que depuis quelques années, les artistes sont devenus des produits. Des marques. Des influenceurs. Et quand on est une marque, on ne peut pas se permettre de froisser les bonnes personnes. Les bonnes personnes, ce sont les sponsors. Les bonnes personnes, ce sont les médias. Les bonnes personnes, ce sont les gouvernements.

Macklemore, lui, refuse ce jeu. Il assume ses positions, même si ça lui coûte des contrats. Sheeran, lui, joue les équilibristes. Résultat ? Macklemore reste un artiste respecté, même s’il ne fait plus les premières parties de Sheeran. Sheeran, lui, reste un vendeur de rêves, sans jamais avoir à choisir son camp.

La Palestine, ce sujet qui divise même les artistes

Le conflit israélo-palestinien, c’est le dernier tabou de la culture occidentale. On peut parler de tout : du racisme, du sexisme, de l’homophobie. Mais pas de ça. Parce que ça, ça touche à des questions religieuses, historiques, géopolitiques. Et surtout, parce que ça divise. Quand un artiste prend position, il se fait soit encenser, soit lyncher. Macklemore a choisi son camp. Sheeran a choisi le sien : celui de la neutralité confortable.

Pourtant, Macklemore n’est pas seul. Des artistes comme Roger Waters, des groupes comme Rage Against the Machine, des rappeurs comme Talib Kweli ou Killer Mike ont tous, à un moment ou à un autre, pris position. Et ils ont tous subi les conséquences. La différence, c’est que Macklemore, lui, n’a jamais fait de demi-mesure. Il a toujours été clair : « Je suis pro-Palestine. Point. »

Ce que ça change pour les autres artistes

Si Macklemore peut être viré comme ça, sans explication claire, sans débat public, alors c’est que la musique n’est plus un espace de liberté. C’est un business. Un business où les artistes sont des pions, et où les sponsors dictent la loi. Pour les jeunes artistes qui veulent parler de sujets sensibles, le message est clair : « Fais gaffe à ce que tu dis. Parce qu’à un moment, quelqu’un va te virer. »

Sheeran n’est pas un monstre. C’est juste un artiste qui a choisi de ne pas prendre de risque. Macklemore, lui, a choisi d’en prendre. Et aujourd’hui, il paie le prix. La question, c’est : combien d’autres artistes vont suivre son exemple ? Ou vont-ils tous se taire par peur des représailles ?

La fin de l’innocence

Il y a encore dix ans, un artiste pouvait dire ce qu’il voulait. Aujourd’hui, il doit compter les sponsors, les contrats, les annulations. La musique n’est plus un refuge. C’est un marché. Et sur un marché, les produits qui dérangent finissent toujours par être écartés.

Macklemore, lui, s’en fout. Il a déjà dit qu’il continuerait à parler, peu importe les conséquences. Sheeran, lui, a préféré regarder ailleurs. La tournée se fera sans lui. Et les fans, eux, devront se demander : jusqu’où iront-ils pour éviter de froisser les bonnes personnes ?

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R Galaxie Rédaction

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