Le concert où Ed Sheeran a parlé de Gaza, enfin, mais trop tard ?
Ed Sheeran était sur scène à Philadelphie, samedi soir, devant 18 000 personnes. Pas pour chanter Shape of You, cette fois. Pour dire que la situation à Gaza était « injustifiable ». Une phrase courte, claquée entre deux couplets, comme un aveu qui dérange. Le public a applaudi. Les réseaux sociaux ont retweeté. Mais ça change quoi, au fond ?
Le chanteur avait déjà annulé un concert avec Macklemore en Israël, en février, sous la pression des militants pro-palestiniens. Cette fois, il assume « des erreurs », un mot faible pour ce qui ressemble à une stratégie de contournement. « Je n’ai pas fait assez pour m’assurer que mes concerts reflétaient mes valeurs », a-t-il lâché, comme si la musique pouvait effacer une absence de position claire pendant des mois.
Pourquoi ce silence ?
Ed Sheeran n’est pas le premier artiste à se réveiller sur Gaza. Mais il est l’un des rares à avoir une audience mondiale et une carrière assez solide pour se permettre de parler haut. Pourtant, entre février et aujourd’hui, il a continué à jouer en Israël, à vendre des places, à toucher des droits. 1,2 milliard de dollars : c’est ce que les concerts en Israël ont rapporté aux artistes occidentaux depuis octobre 2023, selon The Guardian. Des milliards qui financent indirectement un État sous sanctions, des concerts qui passent pour de la neutralité alors que la guerre fait rage.
Sheeran n’est pas un héros. Il est un businessman qui a enfin compris que le risque de boycott (ou de cancel culture, si vous préférez) valait mieux qu’un silence gêné. Mais est-ce que ça suffit ?
Le calcul des stars : parler sans perdre leur public
Les artistes ont deux options : soit ils se taisent et gardent leur audience, soit ils parlent et perdent une partie de leur public. Sheeran a choisi la deuxième. Problème : son public, lui, ne semble pas vraiment choqué. Les fans ont applaudi sa déclaration. Les médias ont repris la phrase « injustifiable » comme une prise de position historique.
Pourtant, personne ne lui demande des comptes. Ni sur les cachets perçus, ni sur les dates annulées en dernière minute, ni sur le fait qu’il ait mis six mois à sortir une déclaration aussi édulcorée. Pourquoi ? Parce que parler de Gaza, aujourd’hui, c’est rentable. Ça fait vendre des disques, ça génère des likes, ça donne une image « engagée » sans vraiment s’engager.
Exemple : Taylor Swift. Elle a annulé un concert à Tel-Aviv en mars, après des mois de pression. Résultat ? Ses ventes ont explosé. Pas de perte financière, juste un coup de pub.
Sheeran fait pareil. Sauf qu’il a attendu que la polémique Macklemore retombe pour sortir son mea culpa. Une stratégie de communication, pas un combat.
Gaza, sujet tabou même pour ceux qui en parlent
Le vrai problème, c’est que personne ne veut vraiment parler de Gaza. Pas les artistes, pas les médias, pas les politiques. Parce que Gaza, c’est compliqué. C’est un sujet qui divise, qui polarise, qui fait peur.
Sheeran a évité le mot « génocide ». Il n’a pas mentionné les 35 000 morts palestiniens (chiffre de l’ONU en juin 2024). Il n’a pas non plus dénoncé le blocus, les hôpitaux bombardés, les enfants affamés. Il a juste dit que c’était « injustifiable », comme si c’était une opinion personnelle et non un constat factuel.
Pourquoi cette prudence ? Parce que parler de Gaza, c’est risquer de perdre une partie de son audience. Parce que c’est parler d’un conflit où l’Occident a des intérêts géopolitiques. Parce que c’est admettre que des artistes comme lui ont profité de la guerre pour remplir leurs poches.
Et après ? Sheeran va-t-il vraiment changer ?
Probablement pas. Parce que les mea culpa, ça se dit une fois. Ensuite, on passe à autre chose. Sheeran va continuer à faire des concerts, à signer des contrats, à toucher des millions.
La vraie question, c’est : est-ce que ça va suffire ?
Non. Parce que Gaza, ce n’est pas un sujet de plus. C’est une urgence humanitaire. Et tant que les artistes se contenteront de déclarations molles, tant que les médias ne feront que reprendre leurs phrases sans les interroger, la machine continuera de tourner.
Sheeran a raison sur un point : la situation est « injustifiable ». Mais une phrase sur scène ne suffira pas à la changer.
La dernière erreur ? Croire que parler, c’est agir.
Ed Sheeran a pris la parole. Maintenant, il faudrait qu’il passe aux actes. Annuler ses futurs concerts en Israël, reverser une partie de ses cachets à des associations humanitaires, exiger des comptes de ses pairs… Mais ça, personne n’en parle.
Parce que Gaza, au fond, dérange trop.