Un écran, deux systèmes, zéro prise de tête
Le modèle en question s’appelle MRSXWPY, et il ressemble à s’y méprendre à un iPad miniature. 10 pouces, cadre noir, écran tactile réactif. Le prix ? Entre 45 et 50 euros sur Amazon, en promo. Assez pour que même les conducteurs les plus radins craquent. La cerise sur le gâteau ? Il se clipse sur la ventouse du pare-brise, et hop : votre smartphone s’affiche en grand, avec tous les menus de CarPlay ou Android Auto. Plus besoin de regarder son téléphone en conduisant. Plus besoin non plus de trimballer un GPS à 300 euros qui prend la poussière.
Pourtant, il y a un hic. Un gros.
La qualité d’image ? Une blague.
Les avis clients sur Amazon sont sans pitié. « L’écran est flou, même en plein jour », « Les couleurs sont dégueulasses », « Impossible de voir les cartes Google Maps sans plisser les yeux ». Bref, c’est moche. Très moche. Mais les acheteurs s’en fichent. Pourquoi ? Parce que le rapport qualité-prix est imbattable. Un écran de cette taille en magasin coûte au minimum 150 euros. Là, vous avez le même format, avec la même fonctionnalité, pour un dixième du prix.
Sauf que la qualité d’image n’est pas le seul problème. Il y a pire.
Ce que les constructeurs ne veulent pas voir
Les marques automobiles ont mis des années à intégrer des écrans tactiles dans leurs tableaux de bord. Aujourd’hui, même une Clio ou une 208 en a un. Problème : ces écrans sont souvent lents, buggés, et incompatibles avec les dernières mises à jour iOS ou Android. Résultat, les conducteurs se tournent vers des solutions externes, comme celui d’Amazon.
Pour les constructeurs, c’est un cauchemar. Parce que si les automobilistes adoptent massivement ces écrans low-cost, ils n’auront plus aucune raison d’améliorer leurs propres systèmes. Pire : ils perdent le contrôle sur l’expérience utilisateur. Et ça, aucun PDG ne veut l’entendre.
Le vrai danger ? La sécurité.
Officiellement, les fabricants d’écrans tactiles pour voiture rappellent que leur produit « n’est pas conçu pour une utilisation principale en conduite ». Traduction : « On vous vend ça, mais c’est à vos risques et périls ». Sauf que personne ne les écoute. Les conducteurs installent ces écrans, les utilisent pour naviguer, écouter de la musique, voire répondre à des messages. Et les assurances ? Elles commencent tout juste à s’en mêler.
En 2023, une étude de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a révélé que 30 % des accidents mortels impliquant un téléphone concernaient des conducteurs utilisant un écran externe. Un chiffre sous-estimé, selon les experts, car beaucoup d’accidents ne sont pas déclarés comme tels.
Pourtant, les ventes explosent. Amazon affiche « Plus de 10 000 unités vendues en un mois » pour ce modèle. Et les alternatives pullulent. Des marques comme Alpina ou IOGEAR proposent des versions légèrement plus chères (80-120 euros), mais avec la même philosophie : « Ça marche, c’est pas cher, et on s’en fout des défauts ».
Le marché des accessoires a gagné, celui de l’automobile a perdu.
Les constructeurs pourraient riposter en améliorant leurs propres écrans. Mais ça coûterait cher, et ça prendrait du temps. À la place, ils ferment les yeux. Parce qu’au final, peu leur importe que les conducteurs achètent un écran à 50 euros plutôt qu’un GPS à 300 euros. L’important, c’est que la voiture reste un produit de base, et que personne ne réclame des mises à jour logicielles régulières.
Sauf que les conducteurs, eux, ne sont pas dupes. Ils savent très bien ce qu’ils font. Et si demain, ces écrans low-cost deviennent la norme, les constructeurs n’auront plus le choix : soit ils rattrapent leur retard, soit ils disparaissent du marché des accessoires connectés.
La prochaine étape ? L’écran qui remplace le tableau de bord.
Déjà, certaines marques proposent des kits pour transformer une vieille voiture en cockpit high-tech. Un écran tactile, un Raspberry Pi, et hop : vous avez un système de navigation, un autoradio, et même des commandes vocales. Le tout pour moins de 200 euros. Les constructeurs tremblent. Parce que si les automobilistes prennent l’habitude de bricoler leur tableau de bord, plus personne ne voudra acheter une nouvelle voiture avec un écran intégré pourri.
Pour l’instant, les ventes d’écrans low-cost restent marginales. Mais la tendance est là. Et elle ne va pas s’arrêter.
Le jour où Amazon proposera un écran à 30 euros, ce sera la fin du marché des GPS haut de gamme. Et personne ne bronchera.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas la qualité de l’image. C’est que les conducteurs ont compris qu’ils n’avaient plus besoin des constructeurs pour innover. Et ça, ça fait peur.