L'Afrique perd 10 milliards par an à cause de la déforestation

Le Sénégal a des atouts sous-estimés pour attirer les fonds verts. Mais les blocages sont réels. Voici pourquoi les investisseurs hésitent encore, malgré les opportunités concrètes.

Publié le 11 octobre 2026 à 08:03
L'Afrique perd 10 milliards par an à cause de la déforestation

Le piège des promesses non tenues

Le Professeur Théophile Zognou, président du Consortium africain des fonds pour l’environnement (Café), a raison sur un point : le Sénégal a un potentiel énorme pour attirer des investissements dans l’économie durable. Entre les énergies renouvelables, la restauration des écosystèmes côtiers et l’agroforesterie, les opportunités ne manquent pas. Mais attention : ces opportunités ne se matérialiseront pas toutes seules. Il faut des projets concrets, des partenariats crédibles, et surtout, des résultats mesurables.

Or, ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les fonds d’investissement comme Cristal Capital (celui d’Olivier Santi) ne se précipitent pas. Pourquoi ? Parce que les risques sont réels. Un fonds basé à Genève, vous imaginez ? Ils ne viennent pas pour faire de la charité. Ils veulent des rendements, des contrats solides, et des États capables de garantir leurs mises. Problème : le Sénégal, comme beaucoup de pays africains, a du mal à offrir ces garanties. Les lenteurs administratives, la corruption résiduelle, et surtout, l’absence de cadre juridique clair sur la propriété foncière dissuadent les investisseurs.

Prenez l’exemple du projet Great Green Wall : un milliard de dollars promis, des milliers d’hectares à reboiser. Résultat : à peine 15 % des objectifs atteints en 2023 (source : World Bank, rapport 2024). Les bailleurs internationaux se lassent. Les fonds privés, eux, attendent de voir qui va payer si le projet échoue. Et devinez quoi ? Personne ne veut assumer ce risque.

Les capitaux verts existent, mais ils ont des conditions

Olivier Santi, ce Suisse de Cristal Capital, n’a pas tort de souligner que les marchés financiers ne financeront pas n’importe quoi. Il faut des projets bankables, avec des retours sur investissement clairs. Pas des vœux pieux. Pas des discours sur la transition écologique sans plan B.

Alors, qu’est-ce qui bloque ?

  • Les États africains peinent à sécuriser les terres. Sans titre de propriété clair, un investisseur ne mettra pas un centime. Au Sénégal, les conflits fonciers autour des terres agricoles ou des zones côtières sont légion. Résultat : les fonds préfèrent attendre.

  • Les garanties publiques manquent. En Europe, si un projet vert échoue, l’État peut garantir une partie des pertes. Au Sénégal ? Presque jamais. Les banques publiques locales n’ont pas les moyens, et les assureurs privés refusent de couvrir des risques perçus comme trop élevés.

  • La corruption et l’opacité freinent tout. Un rapport de Transparency International (2023) classe le Sénégal 102ème sur 180 pour la perception de la corruption. Un fonds comme Cristal Capital ne viendra pas négocier dans un environnement où l’arbitraire règne encore.

Pourtant, il y a des exceptions.

Prenez Senegal Green Fund (SGF), lancé en 2021 avec le soutien de la Banque africaine de développement. Là, ça marche. Pourquoi ? Parce que le fonds est spécifiquement dédié à la restauration des mangroves et à l’agroécologie. Les projets sont ciblés, les partenariats locaux solides, et les retours sur investissement sont calculés. Résultat : en deux ans, le SGF a levé 30 millions de dollars, une goutte d’eau, mais une première.

Ce que personne ne dit sur les énergies renouvelables

Tout le monde parle des parcs solaires et des éoliennes comme solutions miracles. Erreur.

Oui, le Sénégal a un énorme potentiel solaire (plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an). Oui, des projets comme Séné Solar (20 MW) ou Bargny 2 (25 MW) fonctionnent. Mais attention : ces projets sont souvent subventionnés ou soutenus par des aides publiques. Les investisseurs privés, eux, regardent de près les coûts d’exploitation et la stabilité du réseau électrique.

Problème : le réseau sénégalais est vétuste. Les coupures sont fréquentes, et la maintenance coûte cher. Résultat ? Les fonds privés préfèrent attendre que le gouvernement investisse d’abord dans les infrastructures. Et devinez quoi ? Le gouvernement n’a pas les moyens.

Autre réalité méconnue : les énergies renouvelables ne suffiront pas. Même avec des centaines de mégawatts solaires, le Sénégal aura toujours besoin de gaz et de diesel pour combler les pics de demande. Or, personne ne parle de la transition énergétique comme d’un processus progressif. On veut tout, tout de suite. C’est irréaliste.

La vraie opportunité : l’agroforesterie et la pêche durable

Si vous voulez un secteur où les investisseurs peuvent vraiment gagner de l’argent, regardez l’agroforesterie et la pêche durable.

  • L’agroforesterie : au Sénégal, 40 % des terres arables sont dégradées (FAO). En plantant des arbres en association avec les cultures (comme le niébé ou l’arachide), on augmente les rendements de 30 à 50 % tout en séquestrant du CO₂. Un projet comme celui de Sahel Eco, qui travaille avec des coopératives de femmes, a déjà séduit des fonds européens. Pourquoi ? Parce que c’est rentable, mesurable, et reproductible à grande échelle.

  • La pêche durable : le Sénégal est le 1er exportateur de poisson en Afrique de l’Ouest. Mais la surpêche et la pêche illégale détruisent les stocks. Un fonds comme Cristal Capital pourrait investir dans des quota de pêche durable, en partenariat avec des coopératives locales. Le marché est là : l’UE et la Chine paient cher le poisson durable. Mais il faut des contrôles, des licences claires, et des sanctions contre la pêche illégale.

Le hic ? Ces secteurs demandent des investissements de long terme. Pas des retours rapides. Et les fonds privés aiment les rendements en 3-5 ans, pas en 10-15 ans.

Le Sénégal peut-il enfin attirer les capitaux verts ?

Oui, mais à une condition : arrêter de faire semblant.

  • Arrêtez de promettre sans livrer. Les projets comme le Great Green Wall doivent avoir des échéances vraisemblables, avec des pénalités si les objectifs ne sont pas atteints.
  • Simplifiez les procédures. Un investisseur qui veut planter des mangroves à Saint-Louis ne doit pas perdre 6 mois dans des démarches administratives. Créez un guichet unique pour les projets verts, avec des délais fixes.
  • Garantissez les risques. Si un fonds investit dans une ferme agroforestière et que la sécheresse détruit les récoltes, qui compense ? Il faut un fonds de garantie public, même modeste.
  • Luttez vraiment contre la corruption. Un contrat signé avec un fonctionnaire qui touche une commission ? Fini. Les fonds privés veulent des contrats transparents, avec des audits indépendants.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer ces réformes. Parce que ça coûte cher, ça prend du temps, et ça dérange des intérêts bien établis.

Pourtant, les opportunités sont là. Le Sénégal a le soleil, la mer, et des terres fertiles. Mais sans volonté politique forte et sans cadre juridique clair, les capitaux verts resteront à la porte.

Et pendant ce temps, la déforestation continuera. Les stocks de poisson diminueront. Et les 10 milliards de dollars perdus chaque année ne serviront à rien d’autre qu’à enrichir quelques-uns.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie