L'IA corrige les examens en Valais, les profs disparaissent des copies

À Sion, l’École Ardévaz utilise une intelligence artificielle pour noter les élèves. Résultat : les enseignants n’ont plus qu’à valider des notes générées par algorithme. Mais derrière ce gain de temps, une question simple : qui paie le prix de cette automatisation ?

Publié le 8 octobre 2026 à 06:14
L'IA corrige les examens en Valais, les profs disparaissent des copies

L'IA qui note mieux que les profs ? Pas si sûr.

En théorie, l’outil est précis. Il repère les fautes de syntaxe, évalue la structure d’un raisonnement, et même, selon ses concepteurs, « détecte les copies collées ». En pratique, les enseignants de l’École Ardévaz reconnaissent qu’il gagne du temps. Mais personne ne mesure encore le coût invisible. Celui d’un rapport humain qui s’effrite. Celui d’une pédagogie qui se résume à des feedbacks standardisés, copiés-collés pour des centaines d’élèves. Un professeur de maths, qui a demandé à rester anonyme, résume : « Avant, je pouvais expliquer à un élève pourquoi sa démonstration était fausse. Maintenant, je lui dis juste : ‘L’IA a mis 12/20, et voici trois points à améliorer.’ Sans entrer dans le détail. » L’IA ne discute pas. Elle ne console pas. Elle ne comprend pas.

Et puis, il y a le piège des biais. L’algorithme a été formé sur des copies de lycéens suisses, majoritairement francophones. Un élève allophone, ou issu d’un système éducatif différent, a toutes les chances de se faire pénaliser. « L’outil ne sait pas reconnaître un style d’écriture qui n’est pas le sien », explique une enseignante de philosophie. « Un élève qui écrit avec des tournures orales, ou qui a appris le français en trois ans, sera systématiquement noté en dessous de sa valeur réelle. » Personne ne contrôle ces écarts. Personne ne les corrige.

Le business derrière la machine à noter

L’École Ardévaz n’est pas la seule à externaliser la correction vers l’IA. En France, des plateformes comme Khan Academy ou Scoala utilisent déjà des outils similaires. Mais en Valais, le projet est plus ambitieux : l’école veut étendre le système à tous les examens d’ici deux ans. Le directeur pédagogique, contacté pour cet article, évoque « une évolution naturelle ». « Les technologies doivent servir l’éducation, pas l’inverse », assure-t-il. Sauf que personne ne précise qui paie pour cette « évolution ».

Derrière Ardévaz, une startup genevoise, DeepGrade, a développé l’algorithme. Ses tarifs ? Entre 5 et 15 francs par copie corrigée, selon la complexité. Pour une école comme Ardévaz, qui accueille 1 200 élèves, le budget annuel pour la correction par IA dépasse les 30 000 francs. « Moins cher qu’avec des profs », reconnaît un responsable. Mais à quel prix ? Celui d’une éducation où l’humain devient un simple validateur de notes. Où le dialogue pédagogique se réduit à des cases cochées.

Et si l’IA se trompe ? Personne n’est responsable.

En 2022, une étude de l’Université de Lausanne a montré que 30 % des notes attribuées par des algorithmes similaires contenaient des erreurs majeures, soit parce que l’outil avait mal interprété une réponse, soit parce qu’il avait surpondéré un critère subjectif (comme « l’originalité » d’une copie). À Ardévaz, on nie le problème. « Nos tests montrent que l’erreur marginale est inférieure à 5 % », affirme un porte-parole. Sauf qu’aucune étude indépendante n’a vérifié ces chiffres. Et surtout, personne n’explique ce qui se passe quand l’IA se plante.

Prenez le cas d’un élève de terminale, noté 6/20 à une dissertation d’histoire grâce à l’algorithme. Le professeur a validé la note sans relire. L’élève, en colère, demande une révision. Réponse de l’école : « La décision appartient à l’IA. » « On nous dit de faire confiance à la machine, mais quand ça ne va pas, on nous renvoie vers elle », s’agace un parent. L’IA devient ainsi un bouc émissaire commode.

Le vrai enjeu : et après ?

L’École Ardévaz n’est qu’un laboratoire. Mais si demain, toutes les écoles suisses adoptent ce système, qui sera encore là pour expliquer, motiver, ou simplement écouter un élève en difficulté ? Les profs, eux, seront relégués à des tâches administratives, planifier des cours, mettre à jour des bases de données, former les élèves à « bien écrire pour l’IA ». Le métier d’enseignant se transformera en celui de technicien de la notation.

Le pire ? Personne ne semble s’en offusquer. Ni les parents, trop occupés à célébrer le « gain de temps ». Ni les autorités, qui ferment les yeux sur l’expérimentation. Ni même les syndicats d’enseignants, trop prudents pour critiquer une innovation qui pourrait, un jour, leur coûter leur emploi.

L’IA corrige les examens. Mais c’est le système éducatif tout entier qui se fait avoir.

La prochaine étape : l’IA qui décide des redoublements

À Ardévaz, la machine ne se contente pas de noter. Elle propose aussi des parcours personnalisés, c’est-à-dire qu’elle suggère quels chapitres relire, quels exercices refaire. Bientôt, elle décidera peut-être des redoublements. « Pourquoi pas ? », lance un responsable. « Si l’algorithme détecte des lacunes répétitives, il peut recommander une année supplémentaire. » Sauf que personne n’a demandé aux élèves leur avis.

Et si l’IA se trompe ? Si elle classe un élève brillant dans la catégorie « faible potentiel » parce qu’elle a mal interprété ses résultats ? Qui conteste ? Qui répare ? Personne.

Parce que quand la machine note, corrige et décide, il n’y a plus de place pour le doute. Juste pour l’obéissance.

La dernière question reste entière : et si, demain, l’IA ne se contente plus de corriger… mais de remplacer ?

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R Galaxie Rédaction

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