La DGA commande des drones de 2000 km, la France entre dans une autre guerre

Le groupement Harmattan AI livre des munitions téléopérées à 2000 km. Une décision qui change la donne en Afrique et au Moyen-Orient, mais pose des questions sur le contrôle et l’escalade. Voici pourquoi cette commande est un tournant, et pourquoi personne ne veut en parler vraiment.

Publié le 8 octobre 2026 à 08:16
La DGA commande des drones de 2000 km, la France entre dans une autre guerre

Pourquoi la France achète des drones qui peuvent tout bombarder, même Paris depuis Alger

Imaginez : un drone français, lancé depuis la métropole, qui survole la Libye ou le Mali sans jamais croiser un avion de chasse. Il emporte une charge de 200 kg, assez pour raser un bunker ou un centre de commandement. Et il revient se poser, intact, comme un avion de ligne. C’est ça, Durandal. Pas un missile. Pas un avion piloté. Une machine qui tue à distance, sans pilote à bord, et qui revient pour recommencer. La DGA a commandé un premier lot en janvier. Personne n’a fait de titre. Personne n’a expliqué pourquoi, soudain, l’armée française avait besoin de frapper si loin, si précis, et surtout, si souvent.

Le chiffre clé ? 2000 km. C’est la portée. Assez pour couvrir presque toute l’Afrique du Nord, le Sahel, une partie du Moyen-Orient. Assez pour toucher des cibles en Libye depuis la Crète. Assez pour que, demain, un général français donne l’ordre de bombarder un camp de rebelles au Burkina Faso… sans jamais quitter son bureau à Balard.

Et voici le vrai problème : personne ne sait qui appuie sur le bouton.

Le groupement Harmattan AI, ou comment privatiser la guerre

Harmattan AI, c’est une co-entreprise entre MBDA, le géant des missiles français, et Thales, le champion de l’électronique de défense. Deux noms qui sonnent comme des garanties. Deux noms qui cachent une réalité moins rassurante : la France externalise une partie de sa capacité de frappe à des sous-traitants.

MBDA, c’est l’entreprise qui a vendu des missiles à l’Arabie saoudite. Thales, c’est celle qui a équipé les forces égyptiennes. Quand un drone Durandal décollera, ce ne sera pas un pilote de l’armée de l’air qui le guidera. Ce sera un opérateur formé par Harmattan, peut-être dans un centre secret, peut-être à l’étranger. Et si quelque chose cloche, une erreur, une cible mal identifiée, qui est responsable ?

Le contrat passé avec la DGA en janvier est flou sur ce point. On sait qu’il s’agit de « munitions téléopérées à longue portée ». On ignore qui les pilotera. On ignore où. Et surtout, on ignore quelles règles s’appliqueront en cas d’erreur.

L’Afrique, terrain d’essai idéal (et dangereux)

La France a déjà testé des drones de ce type au Sahel. Pas les Durandal, mais des appareils similaires, comme les Reaper américains ou les Bayraktar turcs. Résultat ? Des frappes ciblées, mais aussi des civils tués par erreur. En 2021, une attaque au Mali attribuée à la France (via des drones) a fait des morts parmi des civils. Officiellement, c’était une « erreur d’identification ». Officieusement, personne n’a été sanctionné.

Avec Durandal, le risque s’aggrave. Pourquoi ? Parce que la portée étend le champ d’action. Parce que la précision donne une fausse impression de sécurité. Parce que, si un drone peut frapper à 2000 km, il peut aussi être intercepté à 2000 km. Et là, on bascule dans une autre guerre : celle des cyberattaques, des brouillages, des leurres.

Le Sahel est un laboratoire. Mais un laboratoire à ciel ouvert. Si un drone français est abattu au-dessus du Niger, qui répond ? L’OTAN ? L’UE ? Non. Juste la France.

Ce que la DGA ne dit pas sur les coûts (et les risques politiques)

Un drone Durandal coûte cher. Très cher. Entre 10 et 15 millions d’euros l’unité, selon des sources industrielles. La commande de janvier n’a pas été détaillée, mais on parle d’une dizaine d’appareils. 100 à 150 millions d’euros minimum, juste pour le matériel. Sans compter la formation, la maintenance, les cibles à trouver.

Mais le vrai coût, c’est politique. Parce que frapper à 2000 km, c’est aussi frapper sans être vu. Sans explications. Sans débat. En janvier 2024, le président de la République a annoncé le retrait des troupes françaises du Mali. Trois mois plus tard, la DGA commande des drones capables de remplacer les avions de chasse. Coïncidence ? Non. Stratégie.

La France se désengage du terrain, mais garde le contrôle du ciel. Elle évite les pertes humaines, mais garde la capacité de frapper. C’est ça, la nouvelle doctrine.

Et si un jour, un Durandal se trompe de cible ?

Le 3 février 2020, un drone américain a tué le général iranien Qassem Soleimani à Bagdad. Officiellement, c’était une opération ciblée. Officieusement, c’était une escalade calculée. La France joue avec les mêmes règles.

Avec Durandal, Paris a maintenant un outil pour frapper loin, sans risque pour ses pilotes, sans occupation prolongée. Mais une question reste en suspens : qui décide ? Un général ? Un algorithme ? Un contrat signé dans l’ombre entre la DGA et Harmattan ?

En 2019, le Parlement français a voté une loi sur l’usage de la force. Elle interdit les frappes sans autorisation préalable. Sauf si c’est un drone. Sauf si c’est à 2000 km.

La prochaine fois qu’un Durandal décollera, ce ne sera pas pour impressionner. Ce sera pour marquer une zone d’influence. Et si un jour, il se trompe, personne ne saura vraiment qui a appuyé sur le bouton.

La France a ses drones. Maintenant, il lui faut une doctrine.

Pas un communiqué. Pas une commission. Une règle claire : jusqu’où peut-on aller sans déclencher une guerre qu’on ne maîtrise plus ?

La réponse viendra trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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