Le dernier bilan tombe comme un couperet : 4 381 morts, 9 066 cas confirmés. Ces chiffres, publiés par les autorités sanitaires congolaises, ne sont plus des alertes. Ce sont des constats. Et pourtant, le monde regarde ailleurs. L’OMS a réduit ses équipes sur place, les ONG se retirent une à une, et les promesses de vaccins tardent à se concrétiser sur le terrain. La RDC est en train de se débrouiller seule avec Ebola, et ça, c’est une première depuis des décennies.
Pourquoi l’OMS se désengage-t-elle ?
Officiellement, c’est la « situation sécuritaire ». Les attaques contre les travailleurs humanitaires se multiplient dans le Nord-Kivu et l’Ituri. En réalité, c’est plus simple : Ebola ne fait plus peur. Pas assez, en tout cas, pour justifier des milliards dépensés et des vies risquées. En 2014, l’épidémie en Afrique de l’Ouest avait mobilisé tout le monde. Aujourd’hui ? Silence radio. Même le vaccin, pourtant prometteur, peine à être distribué massivement. Pourquoi ? Parce que les laboratoires priorisent d’autres marchés. Parce que les bailleurs de fonds ont d’autres urgences. Parce que, au fond, Ebola ne tue plus des Occidentaux.
Le Dr Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais qui a découvert le virus en 1976, l’a résumé sans détour : « On nous a abandonnés. » Ses mots résonnent comme un reproche, mais aussi comme une évidence. La RDC, pays le plus touchée par la maladie depuis son apparition, se retrouve seule face à une épidémie qui dure depuis plus de deux ans. Les centres de traitement ferment les uns après les autres. Les stocks de médicaments s’épuisent. Et les morts, eux, continuent de s’accumuler.
Les vaccins, cette fausse solution
On nous a vendu le vaccin comme la panacée. Erreur.
Merck a bien produit des doses, mais à quel prix ? 400 dollars par injection, soit un budget faramineux pour un pays où le PIB par habitant est de 500 dollars par an. Résultat : seulement 300 000 doses ont été administrées, sur des millions de personnes exposées. Pourquoi un tel gaspillage ? Parce que les laboratoires préfèrent vendre à prix d’or plutôt que de livrer en urgence. Parce que les gouvernements occidentaux n’ont pas want à payer. Parce que, encore une fois, ça ne les concerne pas.
Pire : le vaccin n’est efficace qu’à 100 % si on l’injecte dans les 24 heures après le contact. Or, dans les zones rurales, les patients mettent des jours à atteindre un centre de santé. À quoi bon un vaccin si on ne peut pas l’utiliser à temps ?
La RDC paie le prix de l’indifférence
Pendant ce temps, à Beni, Butembo ou Katwa, les familles enterrent leurs proches sans même avoir accès à des tests rapides. Les cimetières débordent. Les rumeurs circulent : « C’est la malédiction. C’est la sorcellerie. » Parce que personne ne vient expliquer. Personne ne vient aider. L’État congolais, déjà à bout, ne peut pas tout assumer.
Et puis il y a l’autre problème : la méfiance. Les communautés refusent les équipes médicales, accusées d’être des espions ou des porteurs du virus. Qui peut les blâmer ? Quand on voit les promesses non tenues, les promesses oubliées, la colère monte. Comment leur en vouloir ?
Ce que personne ne dit
Les médias internationaux ont tourné la page. Les ONG ferment leurs bureaux. L’OMS réduit ses effectifs. Mais Ebola, lui, ne part pas.
Pourtant, il y a des solutions. Pas des vaccins à 400 dollars, non. Mais des campagnes de sensibilisation locales, des centres de traitement décentralisés, une logistique adaptée aux réalités du terrain. Tout ça existe. Mais ça coûte moins cher de regarder ailleurs.
La RDC a déjà perdu plus de 4 000 vies. Combien faudra-t-il de morts pour que le monde daigne enfin réagir ? La réponse, on la connaît déjà.
L’OMS abandonne. Et Ebola gagne.