L'épidémie d'Ebola en RDC franchit un seuil mortel

Avec 3 901 morts sur 8 067 cas, l'épidémie d'Ebola en RDC entre dans une phase critique. Les failles du système sanitaire, les défiances locales et les silences internationaux aggravent la crise. Pourquoi personne ne semble capable de l'arrêter ?

Publié le 29 septembre 2026 à 12:21
L'épidémie d'Ebola en RDC franchit un seuil mortel

Un bilan qui sonne comme un échec annoncé

Le 23 mai 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un chiffre qui claque comme une gifle : 3 901 morts sur 8 067 cas confirmés. Presque la moitié des personnes contaminées par Ebola en RDC depuis le début de cette énième épidémie ne survivent pas. Et ce n’est pas une surprise. C’est le résultat d’un système qui a échoué à plusieurs niveaux, à répétition.

Pourtant, personne ne s’étonne vraiment. Ni les médias, ni les ONG, ni même les gouvernements. Comme si, depuis 2018, on avait accepté que l’Ebola devienne une fatalité. Une maladie endémique, presque normale, dans une région où les crises sanitaires s’enchaînent sans que personne ne bronche.

Mais cette fois, c’est différent. Parce que ce n’est pas une épidémie qui éclate dans un coin reculé de la forêt congolaise. C’est une crise qui se propage près de Goma, une ville de 2 millions d’habitants, à quelques kilomètres de la frontière rwandaise. Une ville où les marchés sont bondés, où les bus s’entassent, où les gens voyagent sans contrôle. Là, l’Ebola n’est plus une menace lointaine. Il est dans la rue.

Les vaccins existent, mais ils ne suffisent pas

Oui, il y a le vaccin rVSV-ZEBOV, développé par le Merck et utilisé massivement depuis 2019. Oui, il est efficace à plus de 90 % quand il est administré à temps. Oui, l’OMS et les partenaires humanitaires en ont stocké des milliers de doses. Alors pourquoi l’épidémie persiste ?

Parce que vacciner, ce n’est pas juste injecter un produit. C’est convaincre des communautés méfiantes, c’est organiser des campagnes logistiques dans des zones où les routes sont des pistes de boue, c’est payer des équipes qui risquent leur vie chaque jour. Et ça coûte cher. Très cher.

En 2022, le Fonds d’urgence des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a dépensé plus de 120 millions de dollars pour lutter contre Ebola en RDC. 120 millions. Pour une maladie qui tue surtout des adultes, pas des enfants. Priorité aux priorités.

Mais l’argent n’est pas le seul problème. La défiance est pire. Dans certaines régions, les gens refusent le vaccin parce qu’ils croient que c’est un complot occidental. Dans d’autres, les soignants locaux sont menacés par des milices qui contrôlent les zones rurales. Et quand les travailleurs humanitaires se font kidnapper, comme ce fut le cas en 2021, les campagnes s’arrêtent net.

Goma, la bombe à retardement

Goma, c’est le vrai danger. Une ville frontalière, un hub commercial, un carrefour où tout se mélange. Si l’Ebola s’y installe durablement, ce ne sera plus une épidémie locale. Ce sera une crise régionale. Le Rwanda a déjà fermé ses frontières par précaution. L’Ouganda surveille.

Pourtant, les mesures de contrôle sont dérisoires. Pas assez de centres de dépistage, pas assez de personnel formé, pas assez de communication claire. Les gens ne savent pas comment se protéger. On leur dit de se laver les mains, de éviter les contacts avec les malades, mais dans un marché de Goma, où les familles se serrent les unes contre les autres, comment faire ?

Et puis, il y a l’hypothèse d’une souche plus virulente. Les scientifiques de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa étudient une possible mutation du virus. Si le variant devient plus contagieux, plus résistant, tout peut basculer.

L’Europe et les États-Unis regardent ailleurs

En 2014, lors de l’épidémie en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, l’Europe et les États-Unis avaient réagi au quart de tour. Les avions affrétés, les experts envoyés, les milliards débloqués. Pourquoi pas cette fois ?

Parce que l’Afrique centrale, ce n’est pas l’Afrique de l’Ouest. Parce que l’Ebola, ce n’est pas le choléra ou le paludisme. Parce que les médias occidentaux ont tourné la page.

Personne ne veut en entendre parler. Pourtant, si cette épidémie s’étend à Goma, puis au Rwanda, puis en Ouganda… on assistera à une crise humanitaire majeure. Avec des conséquences économiques désastreuses pour toute la région des Grands Lacs.

Alors pourquoi personne ne sonne l’alarme ? Parce que l’Afrique, ça fatigue. Parce que les crises sanitaires, ça use. Parce que les gens ont autre chose à faire.

Ce qui pourrait encore tout faire basculer

Il reste une lueur d’espoir : les traitements. Le mAb114 et le REGN-EB3, deux anticorps monoclonaux développés par Regeneron et testés en 2020, sauvent jusqu’à 90 % des patients s’ils sont administrés tôt. Le problème ? Les stocks sont limités, et leur distribution est chaotique.

Ensuite, il y a la question des cimetières. Dans certaines zones, les corps des victimes ne sont pas enterrés dans des conditions sécurisées. Résultat : des contaminations post-mortem.

Enfin, la fatigue des acteurs locaux. Les ONG sont à bout. Les soignants congolais, sous-payés et mal équipés, abandonnent. Et l’État congolais ? Il est trop occupé à gérer d’autres crises, insécurité, inflation, corruption, pour se concentrer sur Ebola.

Et après ?

Personne ne sait.

Ni quand cette épidémie va s’éteindre. Ni si elle va resurgir ailleurs. Ni si le monde va enfin réagir à temps.

Ce qui est sûr, c’est que 3 901 morts, ce n’est pas un chiffre abstrait. Ce sont des familles détruites, des villages vidés, des enfants orphelins. Et si on ne fait rien maintenant, le bilan va encore monter.

La vraie question n’est pas : « Pourquoi l’Ebola tue-t-il autant en RDC ? »

C’est : « Pourquoi on s’en fiche encore ? »

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R Galaxie Rédaction

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