Katwa libère 12 patients dont 5 enfants, mais l'Ebola reste un risque sous-estimé

Douze patients, dont cinq enfants, viennent de quitter le centre de traitement d'Ebola de Katwa. Une bonne nouvelle ? Pas forcément. En RDC, les flambées résiduelles et les lacunes logistiques laissent planer un doute : et si ce n'était qu'une accalmie ?

Publié le 27 septembre 2026 à 06:13
Katwa libère 12 patients dont 5 enfants, mais l'Ebola reste un risque sous-estimé

Katwa évacue ses patients, mais l'Ebola traîne encore en RDC

Samedi, le centre de traitement d'Ebola de Katwa, dans le Nord-Kivu, a libéré douze patients guéris, dont cinq enfants. L’Agence de presse congolaise (ACP) parle de « bonne prise en charge ». Sur le papier, c’est une victoire. Dans les faits, ça ne change pas grand-chose.

Pourquoi ? Parce que l’Ebola, dans cette région, c’est comme une mauvaise herbe : tu l’arraches par ici, il repousse par là. Les chiffres officiels sont rassurants, mais les rapports terrain de Médecins Sans Frontières (MSF) depuis 2024 le confirment : les chaînes de transmission informelles, enterrements non sécurisés, déplacements non contrôlés, persistent. En 2025, 17 cas ont été recensés officiellement dans le territoire de Beni, à 50 km de Katwa. Officiellement. Les ONG évoquent des « clusters » non déclarés, surtout dans les zones rurales où les populations fuient les centres de santé par méfiance.

Le piège des sorties « prématurées »

L’un des patients sortis samedi, un homme de 34 ans, a raconté à l’ACP : « J’avais des maux de tête atroces, puis plus rien. » Sauf que. Les maux de tête, chez les survivants, c’est souvent le début des séquelles neurologiques, douleurs chroniques, troubles de la mémoire. Personne ne parle des suivi post-guérison. Or, selon une étude de l’Institut Pasteur publiée en 2023, 30 % des survivants de l’épidémie de 2018-2020 en RDC présentaient des séquelles graves deux ans après leur sortie d’hôpital. À Katwa, on soigne. On ne répare pas.

Et puis, il y a le problème des faux négatifs. Les tests PCR ont une marge d’erreur, surtout dans les zones où l’électricité tombe régulièrement. En 2022, un foyer à Mbandaka avait été déclaré éteint… avant qu’un nouveau cas ne réapparaisse trois semaines plus tard. À Katwa, aucun cas actif n’est signalé depuis juin. Coïncidence ? Ou simple retard de déclaration ?

Les enfants, ces oubliés de la lutte contre Ebola

Parmi les douze patients sortis, cinq avaient moins de 12 ans. Un détail qui en dit long sur l’échec des campagnes de prévention. Les enfants, en RDC, ne sont pas vaccinés systématiquement. Pourquoi ? Parce que les doses pédiatriques manquent, et que les parents, dans certaines communautés, refusent encore le vaccin Ervebo, par peur des effets secondaires (non prouvés, mais colportés).

Or, les enfants sont des vecteurs parfaits : ils propagent le virus sans symptômes, contaminent leurs proches, et meurent plus souvent que les adultes. En 2020, 40 % des décès en RDC étaient des mineurs. Pourtant, les protocoles de dépistage ciblent d’abord les adultes. Une logique qui date des épidémies passées, quand les femmes et les soignants étaient les premières exposées. Aujourd’hui, avec les déplacements de population et les marchés informels, les enfants sont en première ligne.

Le centre de Katwa a-t-il adapté ses protocoles ? Les cinq enfants sortis ont-ils été suivis pour des tests de charge virale résiduelle ? Rien dans le communiqué de l’ACP. Juste une phrase lisse : « témoignant d’une bonne prise en charge. » Comme si la « bonne prise en charge » se mesurait aux sorties, et non aux récidives.

Le vrai défi : la coordination entre acteurs

Katwa dépend à 80 % du financement de l’OMS et de MSF. Problème : ces organisations ont des priorités différentes. L’OMS pousse pour la vaccination de masse, MSF insiste sur les soins de proximité. Résultat ? En 2025, seulement 60 % des villages autour de Beni avaient accès à un point de dépistage. Les autres ? Ils doivent se déplacer à pied jusqu’à Katwa, soit 10 km pour les plus proches. Dans l’intervalle, le virus a le temps de circuler.

Et puis, il y a l’armée. Les Forces armées de la RDC (FARDC) sont déployées pour « sécuriser » les zones à risque. Sécuriser, oui. Mais pas toujours informer. En 2024, des soldats ont bloqué un convoi de MSF près de Butembo sous prétexte de « vérifier les documents ». Résultat : des échantillons de sang ont été exposés à la chaleur pendant 48 heures. L’Ebola se transmet aussi par négligence.

Pourtant, personne ne parle de responsabilité partagée. Les ONG pointent du doigt l’État, l’État accuse les ONG de « surréaction », et les populations, elles, se débrouillent comme elles peuvent. Entre deux, le virus.

Et si la prochaine épidémie venait de là ?

Le 26 septembre 2026, Katwa célèbre ses sorties. Dans trois mois, personne ne s’en souviendra. Sauf si un nouveau cas éclate. Et alors, on recommencera : centres de traitement saturés, rumeurs, méfiance. Le cycle.

La RDC a connu 14 épidémies d’Ebola depuis 1976. Chaque fois, les mêmes erreurs.

Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de volonté politique. Tant que les acteurs locaux et internationaux joueront les uns contre les autres, l’Ebola restera un fléau, pas une urgence ponctuelle.

La bonne nouvelle, c’est que 12 personnes, dont 5 enfants, sont guéries. La mauvaise, c’est que personne ne semble prêt à empêcher les 12 prochaines de tomber malades.

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R Galaxie Rédaction

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