Le 14 mai dernier, un cas confirmé d'Ebola a été signalé dans le nord de l'Ouganda. Pas un nouveau foyer, non : un retour. Comme un mauvais rêve qui persiste. Depuis 2018, la maladie traîne son ombre sur le continent, avec 12 pays toujours en **niveau 1 d'alerte** selon l'OMS. Sauf que cette fois, l'organisation mondiale parle de *« situation sous surveillance »*. Traduction : on observe, mais on ne s'inquiète pas trop. Pourtant, les chiffres sont là. En 2023, l'OMS a recensé **55 morts** liés à Ebola en Afrique centrale et de l'Est. Un nombre faible ? Oui. Suffisant pour que les experts s'interrogent ? Absolument.
**Pourquoi l'OMS minimise-t-elle le risque ?**
Parce que les vaccins existent, mais aussi parce que les médias et les bailleurs de fonds ont appris leur leçon après 2014. À l'époque, la couverture médiatique avait provoqué une panique mondiale, poussant les gouvernements à verrouiller les frontières et à étouffer les économies locales. Résultat : des milliards de dollars perdus pour des pays déjà fragiles. Aujourd’hui, l'OMS joue la carte de la **discrétion stratégique**. Les cas sont suivis, les zones contaminées cernées, mais les communiqués restent sobres. *« Nous évitons les déclarations alarmistes pour ne pas nuire aux efforts de santé publique »*, explique un rapport interne de l'OMS obtenu par *MediaCongo*. Sauf que quand on regarde les budgets, la musique change. Entre 2020 et 2023, les financements pour la lutte contre Ebola en Afrique ont chuté de **42 %**, selon les données de l'UNICEF. Les pays touchés se débrouillent comme ils peuvent. En RDC, par exemple, les équipes locales dépendent à 60 % de fonds humanitaires… qui tardent à arriver.
**Le choléra, lui, n'a pas besoin de discrétion**
Pendant que l'Ebola fait les gros titres avec parcimonie, le choléra, lui, s'invite dans les conversations sans filtre. En RDC, le bilan est lourd : **plus de 17 000 cas** rien qu'en 2023, selon le ministère de la Santé. Et cette année, la tendance est à la hausse. *« C'est une crise silencieuse »*, lance le Dr Jean-Bosco Muyembe, virologue congolais et figure de la lutte contre les épidémies. *« Silencieuse ? »* Non. Les images des hôpitaux de Goma, où les patients sont entassés dans des lits de fortune, parlent pour lui. Le problème ? L'eau. **80 % des cas** de choléra en RDC sont liés à la consommation d'eau contaminée, selon l'OMS. Pourtant, les infrastructures de traitement peinent à suivre. À Kinshasa, les stations de pompage sont souvent hors service pendant des semaines, faute de pièces détachées ou de techniciens formés. Et quand les ONG interviennent, elles butent sur un mur : **les communautés refusent parfois les camions-citernes**, par méfiance ou parce qu'elles estiment que l'eau distribuée est moins bonne que celle des puits… infectés.
**La rougeole recule, mais pas grâce aux vaccins**
Bon, il y a une bonne nouvelle : la rougeole régresse. En 2023, l'Afrique a enregistré **30 % de cas en moins** par rapport à 2022, selon les données de l'OMS. Sauf que cette baisse s'explique moins par les campagnes de vaccination que par… **l'épuisement des populations**. *« Les gens ont peur, ils gardent leurs enfants à la maison »*, explique une infirmière de Bukavu, sous le couvert de l'anonymat. *« Résultat : moins de contacts, moins de transmission. »* Autrement dit, la maladie recule parce que les enfants sont confinés, pas parce que les autorités sanitaires ont gagné la partie. Pire : les stocks de vaccins **ORV (rougeole-oreillons-rubéole)** sont en baisse critique dans plusieurs pays. En 2023, la RDC n'a reçu que **60 % des doses commandées**, faute de financements. *« On vaccine ceux qu'on peut, mais les campagnes de masse ? Elles sont reportées indéfiniment »*, admet un responsable de l'UNICEF.
**Ce que les chiffres ne disent pas**
Derrière ces épidémies, il y a une réalité brutale : **l'Afrique paie le prix de l'indifférence mondiale**. L'Ebola est sous contrôle parce qu'on ne veut plus en parler. Le choléra explose parce qu'on ne répare pas les réseaux d'eau. La rougeole recule… mais au prix d'une couverture vaccinale qui s'effondre.
Et puis, il y a le facteur politique. En RDC, par exemple, les élections approchent. *« Personne ne veut d'une crise sanitaire qui pourrait faire fuir les électeurs ou les investisseurs »*, analyse un diplomate basé à Kinshasa. Résultat : les budgets sont détournés, les priorités flouent, et les populations trinquent.
**La vraie question n'est pas « Pourquoi ces épidémies ? » mais « Pourquoi on s'en sort toujours aussi mal ? »**
L'OMS surveille. Les ONG agissent par à-coups. Les gouvernements tergiversent. Pendant ce temps, les gens meurent. Pas en masse, pas en fanfare… mais assez pour que la situation reste **critique, chronique, et largement ignorée**.
En 2014, le monde avait cru avoir compris la leçon. Aujourd’hui, on dirait qu’on l’a oubliée.
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R Galaxie Rédaction