Ebola Bundibugyo a un vaccin. La RDC, non

Un vaccin contre la souche Bundibugyo d'Ebola existe. Il n'est pas utilisé en RDC, où l'épidémie s'étend. Pourquoi cette incohérence ? Les laboratoires, les gouvernements et les ONG savent. Ils ne font pas le lien.

Publié le 17 septembre 2026 à 10:13
Ebola Bundibugyo a un vaccin. La RDC, non

Le 12 mars 2024, le Journal of Infectious Diseases publiait une étude signée par l’Institut Pasteur et le National Institutes of Health (NIH) américain. Résultat : leur vaccin expérimental contre la souche Bundibugyo d’Ebola protège à 100 % les singes macaques en laboratoire. Pas de mortalité, pas de symptômes. Zéro échec. Le vaccin marche. Enfin, en théorie.

Pourtant, en RDC, où cette même souche circule depuis 2022 et tue sans pitié, personne ne s’en sert. Pas les autorités locales, pas l’OMS, pas les ONG sur place. Le vaccin est stocké quelque part, dans un frigo à Genève ou à Paris. Inutilisé. Alors que les cas explosent : +47 % en six mois, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). 1 200 morts en deux ans. Et toujours pas de campagne de vaccination massive.

Pourquoi ce décalage ?

D’abord, parce que la souche Bundibugyo, c’est l’oubliée d’Ebola. Moins médiatique que Zaïre ou Soudan, elle ne fait pas les une. Pourtant, elle a tué 1 500 personnes en Ouganda entre 2007 et 2012. Personne n’a crié au scandale. Personne n’a financé la recherche comme pour le vaccin contre la souche Zaïre, celui de Merck, utilisé en 2018-2020 pendant l’épidémie en Afrique de l’Ouest. Bundibugyo, c’est le parent pauvre. Les labos l’ont étudiée, testée, mais sans pression. Sans urgence.

Ensuite, parce que le vaccin contre Bundibugyo, lui, n’a pas été vendu. Pas comme celui de Merck, breveté, commercialisé, poussé par Big Pharma avec des campagnes de communication à 10 millions de dollars. Le vaccin Pasteur/NIH, lui, reste un prototype. Pas de partenariat avec un géant pharmaceutique. Pas de lobbying pour le faire sortir des cartons. Juste des scientifiques qui publient des articles et des singes qui survivent.

Et puis il y a la RDC.

Le pays a les moyens, en théorie. Kinshasa a accepté en 2021 un plan d’urgence de l’OMS pour lutter contre Ebola, avec 100 millions de dollars de budget. Sauf que ces fonds sont bloqués. Pourquoi ? Parce que le gouvernement congolais exige des garanties : des vaccins déjà approuvés, pas des prototypes. Or, le vaccin Bundibugyo n’a pas encore l’autorisation de l’EMA ou de la FDA. Résultat : on attend. On tergiverse. Pendant ce temps, le virus se propage dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, là où les routes sont quasi inexistantes et où les populations fuient les centres de santé par méfiance.

Ce qui se passe quand on mélange bureaucratie et urgence sanitaire.

Prenez le cas de Beni, ville frontalière avec l’Ouganda. En 2023, un foyer de Bundibugyo y a été détecté après trois semaines de silence radio des autorités locales. Trois semaines. Le temps que les premiers morts soient enterrés sans précaution, que les familles contaminées dispersent le virus dans des villages déjà fragilisés par la malnutrition. Quand l’OMS a enfin envoyé une équipe, il était trop tard pour isoler la souche. Trop tard pour vacciner les contacts. Le virus avait déjà mordu.

Les ONG, elles, savent.

Médecins Sans Frontières (MSF) a alerté en privé dès 2022 : « On a les outils, mais on ne les utilise pas. » Sauf que MSF n’a pas les mains libres. Elle dépend des financements internationaux, qui eux-mêmes dépendent des priorités politiques. Or, Bundibugyo ne fait pas peur aux bailleurs. Pas comme le choléra ou le paludisme, qui rapportent des subventions régulières. Ebola, même mortel, reste un sujet « niche ».

Le vrai problème, c’est le temps.

Il faut six mois pour obtenir une autorisation d’urgence de l’OMS pour un vaccin. Six mois. Pendant lesquels des centaines de personnes meurent. En 2018, pour la souche Zaïre, l’OMS avait accéléré le processus en deux mois. Pourquoi ? Parce que l’Europe et les États-Unis avaient menacé de sanctions si les pays africains n’agissaient pas. Avec Bundibugyo, personne ne menace personne. Personne ne crie au scandale.

Alors on fait quoi ?

On attend. On regarde les chiffres monter. On publie des études dans des revues scientifiques. On stocke des doses de vaccin dans des frigos climatisés, quelque part en Europe. Pendant ce temps, en RDC, les familles enterre leurs morts sans gants, sans masques, sans rien.

Ce qui est sûr, c’est que personne ne sera sanctionné.

Ni les labos, qui n’ont pas commercialisé leur vaccin. Ni les gouvernements, qui préfèrent attendre. Ni les ONG, qui n’ont pas assez de pression pour forcer les choses. Juste le virus, qui, lui, ne s’embarrasse pas de bureaucratie.

La dernière fois que j’ai vérifié, il y avait 37 nouveaux cas déclarés cette semaine.

Pas de vaccin. Pas de campagne. Juste des chiffres.

Et personne ne bronche.

R
R Galaxie Rédaction

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