Pourquoi Toronto a vu des drones… et des mécontents

Un spectacle de drones pour un robot conversationnel. L’idée était marketing. La réalité ? Une pub géante dans le ciel, des riverains en colère, et une question qui dérange : jusqu’où peut-on empiéter sur l’espace public ?

Publié le 12 septembre 2026 à 16:10
Pourquoi Toronto a vu des drones… et des mécontents

Un spectacle pour qui, déjà ?

PC Health a dépensé 1,2 million de dollars canadiens (environ 880 000 euros) pour ce feu d’artifice numérique, selon des sources internes citées par The Globe and Mail. Le montant ? À peu près le budget annuel d’une petite clinique familiale en Ontario. À peu près aussi utile, d’ailleurs. Le robot conversationnel qu’ils lancent ? Un truc capable de répondre à des questions basiques sur les rendez-vous et les ordonnances. Rien qui ne tienne pas dans trois lignes de code open-source. Alors oui, le spectacle était beau. Mais beau pour qui ?

  • Pour les actionnaires, peut-être. Une vidéo virale, des likes sur LinkedIn, et hop : l’image d’une entreprise « innovante ».
  • Pour les passants ? Zéro. Sauf si vous étiez là, les yeux levés, à vous demander pourquoi votre ville ressemble de plus en plus à un décor de film de science-fiction low-cost.
  • Pour la ville ? Rien du tout. Toronto a déjà assez de problèmes avec la pollution lumineuse, les gratte-ciels qui bouchent l’horizon, et maintenant voilà qu’on ajoute des drones qui tournent comme des mouches autour d’une assiette. Personne n’a rien demandé.

Et puis il y a les riverains. Ceux qui habitent près du centre-ville, ceux qui ont passé leur soirée à regarder par leur fenêtre en se demandant si c’était une attaque ou une pub. Ceux qui ont appelé la mairie pour se plaindre. Ceux que personne n’a écoutés, parce que le spectacle était « temporaire », parce que c’était de l’art », parce que « l’innovation, ça se paie ».

Le problème ? Personne ne leur a jamais demandé leur avis. Comme d’habitude.

L’espace public, ce terrain vague

Toronto n’est pas la première ville à se faire bombarder de pubs géantes dans le ciel. À Dubaï, ils ont des écrans géants accrochés aux gratte-ciels. À Las Vegas, les casinos clignotent comme des néons en pleine crise existentielle. Mais là, c’est différent. Ici, on ne colle rien sur un mur. On prend l’air.

Et ça, c’est une première. Parce que l’espace aérien au-dessus des villes n’appartient à personne… et à tout le monde à la fois. Officiellement, c’est la ville qui gère les autorisations. Officieusement ? C’est le plus offrant qui gagne. PC Health a payé. Donc PC Health a eu son spectacle. Point.

Mais qui décide, au fond ? Qui a le droit de transformer le ciel en écran publicitaire ? Qui a le droit de décider que votre vue, votre nuit, votre horizon peuvent être monétisés comme un espace de parking ou une page Facebook ?

À Toronto, la mairie a donné son feu vert sous conditions : pas de drones après 22h, pas de survol des hôpitaux, et surtout, pas de répétition. Une fois, c’est un spectacle. Deux fois, c’est une habitude. Trois fois, c’est une invasion.

Sauf que personne ne parle de la prochaine fois. Parce que PC Health a déjà annoncé qu’ils recommenceraient pour d’autres lancements. Parce que quelqu’un, quelque part, a calculé que le coût d’un spectacle de drones était moins cher qu’une campagne TV. Parce que l’innovation, c’est aussi ça : trouver des moyens de vous coller des pubs sans que vous puissiez les éviter.

Le robot qui ne parle pas, mais les drones, si

Le robot conversationnel de PC Health, lui, ne fait pas grand-chose. Il répond à des questions basiques, il rappelle des rendez-vous, et il a l’air content de lui. Mais le vrai message, ce n’est pas lui. C’est le spectacle. Le vrai message, c’est : « Regardez comme on est forts, on peut même écrire dans le ciel. »

Et ça, c’est un problème. Parce que l’innovation n’est pas qu’une question de technologie. C’est une question de pouvoir. Qui contrôle l’espace ? Qui décide ce que vous voyez ? Qui décide ce que vous ne voyez pas ?

PC Health ne vend pas un robot. Ils vendent une illusion. Celle d’une technologie si avancée qu’elle peut sauter par-dessus les règles, les lois, et même votre regard.

Et le pire ? Ça marche. Parce que personne ne bronche. Parce que les gens sont trop occupés à regarder leur téléphone pour lever les yeux. Parce que quand on vous vend du rêve, vous achetez sans discuter.

Ce que personne ne dit sur les drones

Il y a un détail que personne ne mentionne dans les articles sur le sujet. Les drones, ça pollue. Pas seulement l’air (même si les batteries lithium-ion, ça laisse des traces). Non : ça pollue l’espace mental.

Vous vous souvenez, vous, de la dernière fois où vous avez vu un drone dans le ciel ? Probablement pas. Parce que votre cerveau a appris à les ignorer. Comme les pubs sur les murs, comme les écrans dans le métro. On s’habitue à tout. Même à l’invasion.

Mais imaginez si c’était le contraire. Imaginez si, demain, Toronto se réveillait avec des graffitis géants dans le ciel, écrits par des militants, des artistes, des gens en colère. Imaginez si des drones dessinaient des slogans contre le gouvernement, contre les banques, contre les robots qui remplacent les infirmières. Est-ce que ce serait toujours « de l’art » ? Est-ce que ce serait toujours « temporaire » ?

Non. Ça deviendrait une menace.

Et c’est ça, le vrai problème. Quand l’espace public n’appartient plus à personne, il finit par appartenir à ceux qui ont les moyens de le prendre.

La prochaine fois, ce sera pire

PC Health va recommencer. Parce que ça marche. Parce que personne ne les arrêtera. Parce que l’innovation, c’est aussi ça : pousser les limites jusqu’à ce que quelqu’un crie au scandale.

Et le scandale ? Il viendra. Pas aujourd’hui. Pas demain. Mais un jour, quelqu’un regardera en l’air et se dira : « Mais c’est quoi ce bordel ? »

Parce que le vrai danger, ce n’est pas les drones. C’est l’idée que vous pouvez regarder ailleurs. Que vous pouvez fermer les yeux. Que vous pouvez continuer à marcher, à travailler, à consommer, pendant que quelqu’un, quelque part, décide à votre place ce que vous avez le droit de voir.

Alors la prochaine fois que vous leverez les yeux à Toronto, demandez-vous une chose : qui a écrit ce message dans le ciel ? Et surtout… qui l’a payé ?

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R Galaxie Rédaction

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