Un problème qui s’étire sans solution
La Belgique n’est pas en première ligne. Pas encore. Mais elle n’est pas non plus à l’abri. Les drones hostiles, ceux qui ne sont pas des livraisons de pizza ou des jouets pour riches, se multiplient. L’OTAN en a comptabilisé 12 en Europe depuis janvier. Douze. Pas des milliers. Pas une invasion. Juste assez pour que les militaires commencent à gratter leur tête. Pourtant, la réponse reste molle. Pourquoi ? Parce que personne ne veut assumer. Ni les États, ni l’UE, ni même l’OTAN. Chacun attend que l’autre bouge. Bernard Quintin le reconnaît à demi-mot : « Nous travaillons avec nos partenaires européens pour coordonner nos réponses. » Traduction : on se renvoie la patate chaude.
Le vrai problème, c’est que ces drones ne sont pas une menace immédiate. Pas encore. Mais ils le deviennent quand on regarde les chiffres. Selon le Centre d’analyse des menaces aériennes (CATAM), basé à Bruxelles, 60 % des pays européens n’ont aucun système capable d’intercepter un drone armé. Zéro. Rien. La Belgique fait partie des 40 % qui en ont un, un vieux système français, acheté en 2018, qui a déjà du mal à suivre les avions de ligne. Alors un drone ? Même pas en rêve.
Ce que la Belgique prépare (ou pas)
Quintin parle de « renforcement des capacités de détection ». En clair : plus de radars. Plus d’analystes. Plus de « coordination ». Mais pas de missiles. Pas de chasseurs dédiés. Pas de doctrine claire. « Nous ne sommes pas en guerre» a-t-il répété hier. Sous-entendu : « Alors on ne se prend pas au sérieux. » Sauf que la guerre, parfois, commence par des drones. Pas des bombes. Pas des chars. Juste des machines qui tournent au-dessus de nos têtes, filmant, écoutant, attendant leur heure.
Le dispositif belge, c’est du bricolage. On ajoute des capteurs ici, on forme quelques soldats là, on signe des accords avec la France et l’Allemagne pour « partager les données ». Mais personne ne dit comment on tire. Comment on abat. Comment on répond. Parce que répondre, ça veut dire choisir. Et choisir, ça veut dire assumer.
L’Europe, ce géant aux pieds d’argile
L’UE a un fonds pour la défense. 7,9 milliards d’euros sur sept ans. Assez pour acheter des avions, des navires, des missiles. Assez pour presque tout. Sauf pour une chose : une réponse unifiée aux drones. Pourquoi ? Parce que l’Europe, quand elle parle défense, parle comme un vieux couple qui se dispute pour savoir qui va payer l’addition. « C’est à vous de faire ça. » « Non, c’est à vous. » « On va voir. »
Prenez l’exemple du système Eurodrone, ce drone de surveillance censé être opérationnel en 2025. Coût : 2,5 milliards. Pays impliqués : France, Allemagne, Espagne, Italie. Résultat : des retards, des désaccords sur les missions, et une question qui tue : « Et si on doit l’utiliser pour abattre un drone ennemi ? Qui appuie sur le bouton ? » Personne ne veut trancher. Personne ne veut être responsable.
La Belgique, elle, attend. Elle observe. Elle note. Elle prépare des plans. Mais des plans sur la comète, comme on dit. Parce que quand un drone hostile passe à 50 kilomètres de vos côtes, vous avez deux options : soit vous le laissez filer en espérant qu’il ne reviendra pas, soit vous assumez que la menace est réelle. Bernard Quintin a choisi la première. Pour l’instant.
Le vrai danger : l’effet domino
Le 4 avril 2023, un drone a frôlé le Parlement européen à Strasbourg. Personne n’a réagi. Personne n’a crié au scandale. Juste un rapport interne, classé secret défense. Pourquoi ? Parce que si on commence à parler, il faut agir. Et agir, ça veut dire dépenser. Ça veut dire admettre que l’Europe n’est pas invulnérable.
La Belgique, elle, joue la carte de la prudence. « Nous ne sommes pas en situation de crise» répète Quintin. Mais la crise, parfois, ne frappe pas quand on s’y attend. Elle arrive quand les autres pays autour de vous ont déjà tiré. Quand la France a abattu un drone russe près de la Crimée. Quand l’Estonie a menacé de faire de même. Quand la Suède a déployé des systèmes anti-drone à Malmö, à 30 kilomètres de la frontière danoise.
La Belgique regarde. Elle attend. Elle note. Mais elle n’est pas à l’abri. Un jour, un drone va passer trop près. Un jour, il va filmer quelque chose qu’il ne devrait pas filmer. Un jour, il va peut-être même attaquer. Et ce jour-là, la question ne sera plus « Pourquoi on n’a rien fait ? », mais « Pourquoi on a attendu si longtemps ? »
Conclusion : l’Europe dort, et les drones veillent
Bernard Quintin a raison sur un point : la menace n’est pas immédiate. Pas encore. Mais elle grandit. Et quand elle grandira assez, il sera trop tard pour les demi-mesures. L’Europe a le choix : soit elle se réveille maintenant, soit elle se réveillera dans le chaos. La Belgique, pour l’instant, mise sur le statu quo. C’est un pari. Un pari dangereux.
Et vous, vous pariez sur quoi ?