Mercredi après-midi, vers 15h30. Un drone tourne en rond au-dessus de l’aéroport de Charleroi-Bruxelles Sud. Pas un jouet d’enfant, non : un appareil équipé d’une caméra, repéré par les contrôleurs aériens. Trop près des pistes. Trop près des entrepôts logistiques où transitent des pièces sensibles. Trop près, surtout, des sites industriels voisins liés à la défense. Les autorités ont réagi vite : interception, saisie, et maintenant, des questions qui traînent. Pourquoi ce drone était là ? Qui l’a piloté ? Et surtout : comment un survol aussi proche d’un hub aussi stratégique a-t-il pu passer entre les mailles du filet ?
Un incident qui en dit long sur les limites du système
On va vous dire que c’est un cas isolé. Un bricoleur, un gamin, un amateur de selfies aériens. Peut-être. Mais Charleroi n’est pas n’importe où. L’aéroport, c’est le troisième de Belgique en trafic cargo. Et à quelques kilomètres, le site de SABCA, l’un des rares constructeurs européens d’avions militaires, tourne à plein régime. Sans compter les sous-traitants de l’aéronautique et de la défense qui pullulent dans la région. Un drone, même banal, qui survole ce secteur, c’est comme si on faisait des photos avec son téléphone devant le QG de l’OTAN à Bruxelles. Sauf que là, personne ne panique.
Pourtant, les règles sont claires. En Belgique, les drones de plus de 250 grammes doivent être déclarés, et leur utilisation est interdite à moins de 120 mètres d’un aéroport. Sauf dérogation. Sauf si on est dans la zone tampon d’un site sensible. Sauf si… Bref. Le drone en question, selon les premières investigations, n’était pas enregistré. Mais est-ce une première ? Non. En 2022, un autre appareil avait été intercepté près de l’aéroport d’Anvers, avec une charge suspecte à bord. Résultat des courses : les autorités avaient durci les contrôles… pendant trois mois. Puis plus rien.
La défense belge, un colosse aux pieds d’argile ?
Prenez UMONS, l’université publique de Mons, qui forme une partie des ingénieurs travaillant sur des programmes militaires classifiés. Ou ME, le groupe industriel qui équipe les chars et les véhicules blindés belges. Ou encore SABCA, dont les hangars regorgent de prototypes pour l’armée. Autour de Charleroi, la défense belge est une économie à part. Une économie qui, selon une étude de l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) publiée en 2023, représente plus de 1,2 milliard d’euros par an pour la région. Assez pour attirer des regards. Pas seulement ceux des concurrents étrangers.
Alors, pourquoi cette surveillance si laxiste ? Les budgets, déjà. La Belgique dépense 1,2 % de son PIB en défense, bien loin des 2 % promis par l’OTAN. Résultat : les moyens pour traquer les drones intrusifs sont limités. À Charleroi, comme ailleurs, on mise sur des radars vieillissants et des patrouilles au sol qui, avouons-le, ne font pas le poids face à un appareil silencieux et discret.
Et puis, il y a la question des priorités. Un drone qui tourne au-dessus d’un parking de supermarché, ça ne fait pas la une. Un drone près d’un site militaire ou d’un aéroport stratégique, ça, c’est une autre affaire. Sauf que les moyens alloués ne distinguent pas les deux cas. En 2022, la Belgique comptait seulement 12 inspecteurs dédiés à la surveillance des drones pour tout le pays. Douze. Pour 11 millions d’habitants. Pour des milliers de kilomètres de côtes, de frontières floues, et des sites sensibles disséminés un peu partout.
Le vrai problème : on ne sait pas qui tire les ficelles
Revenons à ce drone de mercredi. Qui l’a envoyé ? Un voleur ? Un espion ? Un test pour évaluer les failles du système ? Les autorités belges éludent. *