AffairesComment la hausse du dirham affecte-t-elle les importateurs et les touristes ?
R Galaxie Rédaction · 6 novembre 2026 à 14:03 · 5 min de lecture
Le dirham s’est apprécié de 0,9 % face au dollar cette semaine, tandis qu’il se dépréciait légèrement face à l’euro. Cette fluctuation influence directement les prix des biens importés et le coût des voyages pour les Marocains. Analyse des mécanismes et des conséquences concrètes.
Des prix à l’importation en tension pour les entreprises locales
Les fluctuations du dirham ont un impact immédiat sur les coûts des produits importés, essentiels pour de nombreux secteurs de l’économie marocaine. Une appréciation de 0,9 % face au dollar signifie que les biens libellés en dollars, comme les matières premières industrielles, les équipements technologiques ou les carburants, deviennent moins chers à l’achat pour les importateurs. À l’inverse, la légère dépréciation de 0,2 % contre l’euro pourrait alourdir le coût des produits européens, notamment les denrées alimentaires, les véhicules ou les biens de consommation courante.
Pour les entreprises dépendantes des importations, cette variation crée une incertitude sur leurs marges. Les secteurs comme l’automobile, l’agroalimentaire ou la pharmacie, où les composants étrangers représentent une part significative des coûts, pourraient voir leurs prix de revient ajustés à la hausse ou à la baisse selon leur devise de référence. Les PME, souvent moins protégées contre les fluctuations, sont particulièrement vulnérables.
Bank Al-Maghrib, qui supervise la politique monétaire, n’a pas mené d’opérations d’adjudication cette semaine, suggérant une gestion passive des réserves de change. Cette absence d’intervention directe laisse le marché déterminer le taux de change, une approche qui peut stabiliser les anticipations des opérateurs économiques à court terme, mais qui limite aussi la capacité à corriger des déséquilibres brutaux.
Le tourisme et les voyages : qui gagne, qui perd ?
Pour les Marocains souhaitant partir à l’étranger, l’appréciation du dirham face au dollar se traduit par un pouvoir d’achat accru. Un voyage aux États-Unis ou dans d’autres destinations dépendant du dollar devient moins coûteux : un billet d’avion ou une nuit d’hôtel aux prix indexés sur cette devise sera plus accessible. À l’inverse, les destinations européennes pourraient voir leurs prix augmenter légèrement pour les voyageurs marocains, en raison de la dépréciation face à l’euro.
À l’inverse, pour les touristes étrangers visitant le Maroc, la situation est moins avantageuse. Un dirham plus fort signifie que leurs devises (dollars, euros) achètent moins de dirhams, réduisant leur pouvoir d’achat local. Les hôtels, restaurants et commerces dépendant des touristes internationaux pourraient subir une baisse de fréquentation si les prix ne sont pas ajustés à la baisse pour compenser.
Les opérateurs du secteur touristique, qui représentent près de 10 % du PIB marocain, doivent donc surveiller de près cette évolution. Une appréciation prolongée du dirham pourrait inciter les touristes à reporter leurs voyages ou à privilégier des destinations où leur monnaie conserve sa valeur.
Un mécanisme de change sous contrôle, mais des incertitudes persistantes
Le taux de change du dirham est déterminé par le marché, avec une intervention limitée de Bank Al-Maghrib pour éviter les volatilités excessives. Contrairement à certaines monnaies fortement contrôlées, le dirham reste relativement flexible, ce qui permet d’absorber les chocs externes sans recourir à des mesures brutales comme un contrôle des changes.
Cependant, cette flexibilité a un coût. Les entreprises et les ménages exposés aux devises étrangères subissent directement les variations, sans filet de protection automatique. Les exportateurs, dont les revenus en devises étrangères sont convertis en dirhams, bénéficient indirectement d’une monnaie plus forte, car leurs gains s’apprécient lors de la conversion. À l’inverse, les importateurs et les consommateurs de produits étrangers supportent le risque.
Bank Al-Maghrib joue un rôle clé en maintenant la stabilité du système financier. Ses réserves de change, estimées à plusieurs dizaines de milliards de dirhams, lui permettent d’intervenir si nécessaire pour lisser les fluctuations. Mais cette semaine, l’absence d’adjudication suggère une volonté de laisser le marché s’ajuster naturellement, dans un contexte où les tensions géopolitiques et les politiques monétaires internationales restent des facteurs d’incertitude.
Quels secteurs résistent, quels secteurs s’adaptent ?
Certains secteurs tirent profit de cette appréciation. Les entreprises exportatrices, comme celles du textile, de l’agriculture ou de l’aéronautique, voient leurs produits devenir plus compétitifs à l’international, car leurs coûts de production en dirhams sont moins élevés pour les acheteurs étrangers. Les investisseurs étrangers pourraient également être incités à placer leurs capitaux au Maroc, attirés par un dirham plus fort et une économie stable.
À l’opposé, les secteurs dépendants des importations énergétiques ou des matières premières, comme les industries lourdes ou les transports, pourraient subir une pression sur leurs coûts. Les ménages, dont une partie des dépenses (électronique, carburant, denrées importées) est libellée en devises, pourraient ressentir une hausse des prix si les commerçants répercutent ces variations.
Les banques et les assureurs, exposés aux risques de change pour leurs clients, doivent aussi ajuster leurs offres. Les prêts ou les contrats libellés en devises étrangères deviennent plus avantageux pour les emprunteurs si le dirham s’apprécie, mais plus risqués en cas de retournement brutal.
Un désaccord persistant : intervention ou laissez-faire ?
Les économistes et les décideurs ne s’accordent pas sur la meilleure réponse à apporter à ces fluctuations. Certains plaident pour une intervention plus active de Bank Al-Maghrib, afin de stabiliser le dirham et protéger les secteurs sensibles, comme l’industrie ou le tourisme. Ils estiment qu’une monnaie trop volatile peut freiner la croissance et décourager les investissements.
D’autres défendent une approche plus libérale, arguant que les interventions artificielles perturbent les signaux du marché et peuvent masquer des déséquilibres structurels. Selon cette vision, la flexibilité du dirham permet d’absorber les chocs externes sans recourir à des mesures coûteuses, comme l’impression monétaire ou le contrôle des capitaux.
Le vrai point de divergence porte sur la capacité du Maroc à résister aux pressions internationales. Une appréciation du dirham peut être perçue comme un signe de confiance dans l’économie nationale, mais elle peut aussi refléter des tensions sur les réserves de change ou une dépendance accrue aux importations. Dans un contexte où les politiques monétaires des grandes puissances (États-Unis, Europe) restent incertaines, la question n’est pas seulement technique : elle engage la crédibilité de la gestion économique du pays.
**Les faits établis ne tranchent pas entre ces deux approches.
Photo : Richard Allaway, CC BY 2.0, via Openverse.
Les banques africaines face à l'impératif numérique selon Amir Ben Yahmed
Les régulateurs américains influencent la chute des géants de l'IA
Ottawa annonce cinq nouvelles aides aux entreprises privées