La diphtérie tue au Maroc, les vaccins traînassent

Un mort à El Youssoufia, des cas à Souss-Massa. La diphtérie, maladie oubliée des manuels, refait surface au Maroc. Pourtant, le vaccin existe depuis 1923. Alors pourquoi les campagnes de vaccination peinent-elles à décoller ? Un signal d’alarme ignoré depuis trop longtemps.

Publié le 1 octobre 2026 à 10:05
La diphtérie tue au Maroc, les vaccins traînassent

Un mort, des cas, et personne ne panique vraiment

Le 12 mars 2024, un enfant de 10 ans meurt de la diphtérie à El Youssoufia. Un décès qui aurait pu être évité. Pourtant, les autorités marocaines parlent de « signal de vigilance », pas d’urgence. Comme si la maladie, disparue en Europe depuis des décennies, était un lointain souvenir sans risque. Sauf qu’elle tue encore.

À Souss-Massa, trois autres cas ont été confirmés en quelques semaines. Trois de trop. La diphtérie, c’est la gangrène des muqueuses, les fausses membranes dans la gorge qui étouffent. Les antibiotiques sauvent, mais trop tard souvent. Le vaccin, lui, empêche ça. Alors pourquoi les taux de couverture restent-ils si bas ?

Le vaccin existe depuis 1923, et on s’en fiche

Le vaccin contre la diphtérie, c’est l’un des plus vieux au monde. Développé en 1923, intégré au BCG dès les années 1950, il fait partie des vaccins les plus sûrs et les plus efficaces. Pourtant, au Maroc, seulement 78 % des enfants sont correctement vaccinés (source : OMS, rapport 2022). Un chiffre en baisse depuis 2018.

Pourquoi ?

  • La dĂ©sinformation : Des rumeurs sur les effets secondaires (liĂ©s Ă  tort Ă  l’autisme) circulent encore, poussĂ©es par des influenceurs ou des groupes anti-vaccins sur les rĂ©seaux. RĂ©sultat : des parents hĂ©sitent, tergiversent, et laissent leurs enfants vulnĂ©rables.
  • Les campagnes molles : Les programmes de vaccination scolaires existent, mais ils sont mal communiquĂ©s. Les centres de santĂ© sont saturĂ©s, les stocks parfois en retard. Un enfant non vaccinĂ© aujourd’hui, c’est un risque pour toute la communautĂ©.
  • L’oubli institutionnel : La diphtĂ©rie n’est plus une prioritĂ©. Les Ă©pidĂ©mies de COVID, de rougeole ou de poliomyĂ©lite ont accaparĂ© l’attention. Mais une maladie Ă©radiquĂ©e en Europe peut resurgir en quelques mois si on baisse la garde.

Le Maroc joue à l’apprenti sorcier

En 2018, une mini-épidémie avait touché la région de Casablanca. Quatre cas, dont un mort. Aucune réaction forte. Aujourd’hui, les cas se multiplient, mais les autorités misent sur la « surveillance active » plutôt que sur des mesures radicales.

  • Pas de rappel massif : Contrairement Ă  la France ou Ă  l’Allemagne, oĂą des campagnes de rappel ciblĂ©es ont Ă©tĂ© lancĂ©es en 2023, le Maroc ne propose pas de rattrapage systĂ©matique.
  • Les stocks ? On verra plus tard : Selon des sources du ministère de la SantĂ©, les rĂ©serves de vaccins sont « suffisantes », mais personne ne prĂ©cise si elles couvrent une Ă©ventuelle flambĂ©e. Un flou dangereux.
  • La communication ? Ă€ la traĂ®ne : Les alertes sanitaires sont diffusĂ©es, mais trop tard. Les mĂ©dias locaux relaient les cas… après coup. Comme si on attendait que la maladie frappe pour rĂ©agir.

Ce que les chiffres cachent vraiment

Le Maroc n’est pas seul dans ce cas. En Europe, la diphtérie a fait des retours localisés en Allemagne (2018), en Pologne (2020), et même en France (2023, un cas importé). Mais là-bas, on a réagi.

  • En Allemagne, après une flambĂ©e dans un foyer de migrants, les autoritĂ©s ont lancĂ© une campagne de rappel urgente. RĂ©sultat : zĂ©ro nouveau cas en 2021.
  • En France, SantĂ© Publique France a Ă©mis un avis en 2023 pour inciter les mĂ©decins Ă  vĂ©rifier les carnets de vaccination des patients Ă  risque.

Au Maroc ? Rien.

Le vrai problème : on croit que c’est fini

La diphtérie, c’est l’exemple parfait d’une maladie qu’on oublie parce qu’elle a disparu. Mais les bactéries, elles, ne l’ont pas fait.

  • Elles survivent dans l’environnement, sur les surfaces, dans les eaux usĂ©es mal traitĂ©es.
  • Elles voyagent : un touriste non vaccinĂ©, un travailleur migrant, et hop, la bactĂ©rie (Corynebacterium diphtheriae) se rĂ©installe.
  • Elles tuent encore : Au Pakistan, en 2022, 12 morts ont Ă©tĂ© recensĂ©s. En Inde, 17 cas en 2023.

Alors pourquoi le Maroc reste-t-il sourd ?

Parce que les épidémies, ça se gère quand elles font peur. La diphtérie, aujourd’hui, ça fait peur à personne. Mais ça devrait.

Ce qu’il faudrait faire, tout de suite

  1. Un rappel obligatoire pour les enfants non vaccinés : Pas besoin de paniquer, mais une campagne ciblée dans les zones à risque (Souss-Massa, El Youssoufia) serait un premier pas.
  2. Des stocks de vaccins en réserve permanente : Comme pour la variole, avoir un plan B. Pas dans trois mois, maintenant.
  3. Arrêter de minimiser le danger : Dire « signal de vigilance » quand un enfant meurt, c’est insultant pour les familles. La santé publique, ça se prend au sérieux.
  4. Traquer les fausses infos : Les influenceurs qui propagent des mensonges sur les vaccins devraient être sanctionnés. La désinformation tue, littéralement.

Le vrai danger, ce n’est pas la bactérie. C’est l’indifférence.

La diphtérie, c’est comme un fantôme : on croit qu’elle a disparu, mais elle revient quand on baisse la garde. Au Maroc, on a baissé la garde.

Les cas actuels ne sont qu’un avant-goût. Si rien ne change, la prochaine fois, ce ne sera pas trois enfants, mais trois cents.

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R Galaxie Rédaction

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