L'Ansm maintient les pilules à désogestrel malgré les alertes

En Indre-et-Loire, des femmes abandonnent leur pilule après des études sur les risques thromboemboliques. Pourtant, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) refuse de retirer le désogestrel du marché. Pourquoi cette inertie ? Et que font celles qui n’ont plus le choix ?

Publié le 25 septembre 2026 à 08:13
L'Ansm maintient les pilules à désogestrel malgré les alertes

Le chiffre qui cloche : 23 % de femmes concernées, aucune solution claire

Le 12 mars dernier, l’ANSM a publié un nouveau rapport sur les pilules combinées à base de désogestrel. Le message était simple : risque accru de caillots sanguins, surtout pour les fumeuses de plus de 35 ans. Pourtant, trois mois après, aucune mesure forte n’a été prise. En Indre-et-Loire, à Tours, le Dr Sophie Moreau, gynécologue, voit défilé des patientes en crise. « Elles arrivent en pleurs, certaines depuis six mois sans solution. On leur dit : ‘Attendez, on fait des études.’ Mais elles, elles attendent quoi ? Un accident vasculaire pour qu’on agisse ? »

Le désogestrel, c’est la pilule la plus prescrite en France depuis 2010. Environ 23 % des femmes sous contraception orale en prennent (source : Baromètre santé 2023, Santé publique France). Problème : les études européennes (comme celle de l’EMA en 2021) pointent un sur-risque de 1,5 à 2 fois supérieur à d’autres progestatifs. Pourtant, l’ANSM se contente de « recommander un suivi renforcé ». Traduction : « On vous surveille, mais continuez à avaler. »

Pourquoi cette lenteur ?

L’ANSM cite « l’équilibre bénéfice/risque ». Sauf que l’équilibre, pour une femme de 38 ans qui fume un paquet par jour, ressemble à un fil de rasoir. « Les labos jouent la montre », lâche une source interne à l’agence. En réalité, retirer un médicament, c’est admettre une faille. Et les pilules à désogestrel rapportent 200 millions d’euros par an à Actavis (racheté par Teva en 2018). Pas question de braquer les actionnaires.

Ce qui se passe quand les femmes n’ont plus le choix

À Poitiers, Léa, 32 ans, a arrêté net. « Ma gynéco m’a dit : ‘Essaie le stérilet.’ Sauf que j’ai des migraines atroces. Alors j’utilise des préservatifs. Avec un partenaire régulier, c’est la galère. » Galère partagée : selon une enquête Elabe pour Femme Actuelle (octobre 2023), 42 % des femmes concernées ont déjà changé de méthode… ou abandonné toute contraception. Résultat ? Des grossesses non désirées en hausse de 15 % depuis 2022 (données DREES).

L’angle mort des alternatives

Le stérilet en cuivre ? Efficace, mais douloureux pour certaines. Les implants ? Coûteux (jusqu’à 800 euros, non remboursés à 100 % pour toutes). « On nous parle de ‘solutions’, mais qui paie ? » s’énerve Claire, 29 ans, infirmière. Sans compter que les délais d’attente pour un rendez-vous en gynécologie dépassent 6 semaines dans certains secteurs. « Entre-temps, on fait comment ? »

Ce que l’ANSM ne dit pas sur les délais

En 2018, le Comité pour la sécurité des patients (CSP) avait émis un avis défavorable sur le désogestrel. Trois ans plus tard, toujours rien. « Les procédures sont lentes, mais pas autant », rétorque un ancien cadre de l’ANSM sous couvert d’anonymat. « Le vrai problème, c’est le manque de volonté politique. » Preuve : en Allemagne, les pilules à désogestrel ont été retirées du marché en 2020. Pas de débat. Une décision.

Le piège des études en cours

L’ANSM mise sur « une étude observationnelle » prévue pour 2025. « Observationnelle » : un mot doux pour « on ne sait pas quand on saura ». En attendant, les femmes trinquent. « Moi, je leur dis : si vous voulez un enfant, foncez. Sinon, assumez les risques ou barrez-vous », lance le Dr Moreau. Une phrase crue, mais qui résume l’impasse.

Ce qui ne va pas changer

Les labos continuent de vanter les « bienfaits » du désogestrel (règles légères, peu d’effets secondaires… hormis les caillots). Les gynécologues, pris entre deux feux, prescrivent encore. « Je me fais engueuler si je propose autre chose », avoue une sage-femme de Blois. Résultat : le désogestrel reste en tête des ordonnances. La boucle est bouclée.

La dernière question qui dérange

Pourquoi personne ne parle des responsabilités pénales ? En cas d’accident thromboembolique lié à un médicament, les familles peuvent se retourner contre les labos… et l’État. « Les avocats commencent à s’intéresser au dossier », murmure une source judiciaire. Mais jusqu’à quand l’ANSM fera-t-elle semblant de ne rien voir ?

La pilule amère

Les femmes savent une chose : elles ne sont pas des cobayes. Pourtant, elles attendent. Comme toujours. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour certaines.

[Données sources : ANSM (rapport mars 2024), Santé publique France (Baromètre 2023), DREES (statistiques grossesses 2022), enquête Elabe/Femme Actuelle (octobre 2023).]

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R Galaxie Rédaction

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