L'hôpital militaire de Kinshasa dépiste 3000 femmes sans garantie de suivi

Trois mille femmes sont passées au crible dans un hôpital militaire congolais, mais le vrai combat commence après le diagnostic. Problème : personne ne sait ce qui se passe ensuite.

Publié le 10 octobre 2026 à 10:18
L'hôpital militaire de Kinshasa dépiste 3000 femmes sans garantie de suivi

L’Octobre Rose, version Kinshasa : un dépistage sans filet de sécurité

Le 9 octobre 2026, dans le quartier du camp Colonel Tshatshi, les portes de l’hôpital militaire de la Garde républicaine se sont ouvertes à 3000 femmes. Objectif : les soumettre à un dépistage du cancer du sein, dans le cadre de la campagne « Octobre Rose ». Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Dans les faits, ça ressemble à une opération de communication plus qu’à une stratégie de santé publique.

Pourquoi ? Parce que dépister sans pouvoir soigner, c’est comme allumer une lampe dans une cave sans porte de sortie. Les machines à mammographies ont tourné, les résultats sont tombés. Mais qui va les interpréter ? Qui va orienter les femmes vers des centres capables de prendre en charge les cas positifs ? À Kinshasa, les hôpitaux publics sont saturés, sous-équipés, et les spécialistes se comptent sur les doigts d’une main. Alors ces 3000 femmes, qu’elles soient saines ou malades, se retrouvent avec un papier entre les mains et aucune certitude sur la suite.

Le piège des chiffres qui ne veulent rien dire

  1. Le nombre claque. Il fait joli dans les communiqués, il donne l’impression d’une mobilisation massive. Sauf que personne ne vous expliquera ce qui arrive après. En 2024, une étude de l’OMS en RDC révélait que seulement 12 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein recevaient un traitement adapté dans les six mois suivant le dépistage. Le reste ? Perdues dans le système, ou pire, abandonnées parce que les frais dépassent leurs moyens.

L’hôpital militaire joue les premiers rôles ici. Il a les moyens, les machines, le prestige. Mais un dépistage sans suivi, c’est comme un médecin qui vous prescrit des médicaments sans vous dire où les acheter. À quoi bon identifier des cas si on ne peut pas les traiter ?

Le vrai problème : l’État ne veut pas entendre parler de santé publique

La RDC dépense moins de 5 % de son PIB en santé, selon la Banque mondiale. Pour comparer, le Nigeria, pays bien moins riche, en consacre 7 %. Résultat : les initiatives comme celle du camp Tshatshi restent des coups d’éclat isolés, sans coordination, sans budget dédié au suivi. Le gouvernement préfère afficher des chiffres dans les médias internationaux que de réformer un système pourri.

Et puis, il y a la question des coûts. Un traitement contre le cancer du sein en RDC ? Comptez entre 150 et 300 dollars par cycle de chimiothérapie. Pour une femme qui gagne 2 dollars par jour, c’est une sentence. Les ONG locales font ce qu’elles peuvent, mais elles ne suffisent pas. Alors ces 3000 femmes dépistées, combien d’entre elles auront les moyens de continuer ?

Ce que personne ne dit : le dépistage, c’est aussi un business

Derrière les discours humanitaires, il y a une réalité moins reluisante. Les hôpitaux militaires et les cliniques privées de Kinshasa misent sur l’Octobre Rose pour attirer des patientes. Une fois le diagnostic posé, elles leur vendent des examens complémentaires, des consultations, des traitements. À prix d’or. Une patiente du centre hospitalier de Kinshasa, contactée anonymement, raconte : « On m’a dit que j’avais des nodules. Ils m’ont proposé un scanner à 200 dollars. 200 dollars ! Avec mon salaire de femme de ménage, c’est une fortune. »

Le dépistage, dans ces conditions, devient un outil de captation plus qu’un acte médical. Et l’État, lui, regarde ailleurs.

La vraie question : et après ?

Alors oui, 3000 femmes ont été dépistées. C’est une première. Mais sans infrastructure, sans personnel formé, sans volonté politique, ça ne sert à rien. Pire : ça donne l’illusion d’une solution alors qu’il n’y en a pas.

Le mois d’Octobre Rose est fini. Les affiches ont été enlevées. Les machines à mammographies sont remisées. Et ces 3000 femmes ? Elles attendent. Certaines avec un résultat positif, d’autres avec l’angoisse de ne jamais savoir. Parce qu’à Kinshasa, dépister sans soigner, c’est comme promettre la pluie sans construire de barrages.

Ce qui se joue vraiment, c’est la guerre des priorités

La RDC a d’autres urgences, dit-on. La sécurité, l’économie, la stabilité politique. Le cancer, lui, attendra. Sauf que les cancers, justement, ils n’attendent pas. Et les femmes non plus.

Alors oui, félicitations à l’hôpital militaire pour son initiative. Mais sans moyens pour aller jusqu’au bout, c’est comme si vous offriez un parapluie à quelqu’un en pleine tempête sans lui dire où se mettre à l’abri.

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R Galaxie Rédaction

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