La rentrée française étouffe dans le silence des alertes absentes.

Les rhumes reviennent en force avec la rentrée, mais les autorités minimisent encore le risque. Pourquoi cette fois-ci, les symptômes ressemblent étrangement à ceux de 2020, et pourquoi on n’en parle pas comme avant ?

Publié le 17 septembre 2026 à 22:10
La rentrée française étouffe dans le silence des alertes absentes.

Les chiffres qui mentent par omission

Le 12 septembre, Santé publique France publiait un rapport : « Hausse des consultations pour infections respiratoires aiguës ». Traduction : les gens vont voir leur médecin parce qu’ils éternuent, toussent, ont mal à la gorge. « C’est la rentrée, c’est normal », a commenté un porte-parole du ministère. Sauf que les données de l’Assurance maladie, elles, sont plus parlantes. Entre la mi-août et la mi-septembre, les remboursements pour « affections respiratoires aiguës » ont bondi de 23 % par rapport à 2023. Pas de vague, donc. Juste « une circulation habituelle des virus », comme le répète Santé publique France depuis des semaines. Problème : en 2020, à la même période, les hospitalisations pour Covid avaient explosé. Cette année, les services de réanimation de Caen et de Rennes signalent une « augmentation des cas de bronchiolite chez les enfants ». « On voit des petits de 2 ans avec des symptômes compatibles avec le VRS, le virus respiratoire syncytial », explique le Dr. Laurent Vidal, pneumologue à l’hôpital de Cherbourg. « Mais on n’a pas les moyens de tout tester. Alors on traite, et on croise les doigts. »

Pourtant, les laboratoires privés notent une hausse des tests positifs pour RSV, rhinovirus, et même SARS-CoV-2. « On a des patients qui reviennent positifs au Covid après deux ans d’absence totale de dépistage », confie une biologiste de Lyon, sous couvert d’anonymat. « Ils n’ont pas de symptômes graves, mais ils contaminent. Et personne ne leur dit : ‘Attention, vous pouvez encore transmettre.’ »

Le piège de la lassitude

En 2020, les Français avaient peur. En 2024, ils ont la gueule de bois. « On en a marre des masques, des gestes barrières, des variants », résume une infirmière en EHPAD près de Rouen. « Alors on fait semblant de rien. » Résultat : les comportements ont changé. Plus de télétravail imposé, plus de fermetures de salles de sport. Les gens se serrent la main, s’embrassent, toussent sans se couvrir. « On a normalisé le risque », analyse le sociologue François Gemenne. « Le Covid est devenu une vieille connaissance. On ne crie plus au feu quand on voit la fumée. »

Les autorités surfent sur cette fatigue. « La population est immunisée, les outils de protection existent », assure Olivier Véran dans une interview à Europe 1. Sauf que l’immunité collective, ça n’existe pas vraiment. Et que les outils de protection ? « Les stocks de masques FFP2 ont été réduits de 70 % depuis 2022 », révèle une source au sein de la Direction générale de la santé. « On nous dit de nous équiper, mais les pharmacies sont à sec. »

L’affaire des données manquantes

Le vrai problème, c’est ce qu’on ne mesure plus. En 2020, on testait massivement. Aujourd’hui ? « Les tests PCR sont réservés aux personnes à risque ou aux cas graves », précise le Dr. Vidal. « On ne sait plus qui circule, ni à quelle vitesse. » Pire : la surveillance des variants a été réduite. « On ne séquence presque plus les souches », confie une épidémiologiste de l’Institut Pasteur. « On ne voit pas ce qui vient. »

Résultat : impossible de savoir si on est face à une simple reprise saisonnière… ou à un nouveau variant plus contagieux. « En 2022, Omicron a pris tout le monde au dépourvu parce qu’on ne le surveillait plus », rappelle Gemenne. « Aujourd’hui, on recommence. »

Ce que les hôpitaux cachent

À l’hôpital de Saint-Lô, les services de pédiatrie sont saturés. « On a des enfants en réanimation pour des bronchiolites, comme en 2019 avant le Covid », témoigne une pédiatre. « Sauf qu’on n’a pas les lits. Et qu’on n’a pas les moyens de les isoler correctement. » Même son de cloche à l’hôpital de Caen : « On voit des adultes avec des pneumonies atypiques. On traite avec des antibiotiques, mais on ne sait pas toujours ce qu’on soigne. »

Pourtant, les chiffres officiels ne reflètent pas cette tension. « Les hospitalisations pour infections respiratoires sont stables », assure Santé publique France. « Stables » : un mot qui sonne faux quand on voit les files d’attente aux urgences. « On nous demande de ne pas alerter la population », soupire une interne. « Comme si on pouvait faire semblant que tout va bien. »

La vraie question : et après ?

Si rien ne change, on va droit vers une saison hivernale compliquée. « Avec la grippe qui arrive, le RSV, et peut-être un nouveau variant de Covid, on va avoir le melon », prévient le Dr. Vidal. « Sauf que cette fois, on n’aura pas les outils pour gérer. »

Les autorités comptent sur « l’immunité naturelle » et « la vigilance individuelle ». Traduction : « Débrouillez-vous. » Sauf que la vigilance individuelle, ça ne suffit plus. Pas quand les masques manquent, pas quand les tests coûtent une fortune, pas quand les hôpitaux sont à la ramasse.

La rentrée a sonné. Les symptômes aussi. Mais personne ne veut entendre l’évidence : on est en train de répéter les mêmes erreurs qu’en 2020. Sauf qu’on n’a plus les leçons à tirer.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie