Le port d'Abidjan étouffe le coton africain, les prix s'effondrent

La nouvelle campagne cotonnière démarre en Afrique de l’Ouest, mais le port d’Abidjan, congestionné, bloque les ventes de l’ancienne récolte. Résultat : des stocks qui pourrissent, des paysans qui attendent, et un marché qui vacille. Pourquoi personne ne bouge ?

Publié le 16 octobre 2026 à 12:03
Le port d'Abidjan étouffe le coton africain, les prix s'effondrent

Le port d’Abidjan étouffe le coton africain, les prix s’effondrent

En ce moment, quelque part dans les entrepôts du port ivoirien, des balles de coton moisissent. Pas une, pas deux, mais des milliers. La campagne 2023-2024 vient de démarrer en Afrique de l’Ouest, mais le vrai problème, c’est l’ancienne récolte. Celle qui, théoriquement, a été vendue. Sauf que vendue ne signifie pas écoulée. Et là, c’est le blocage.

Le port d’Abidjan, poumon du coton ouest-africain, est saturé. Les conteneurs s’entassent, les grues tournent au ralenti, et les armateurs grognent. Résultat : les acheteurs étrangers, Chinois, Indiens, Européens, font la sourde oreille. Ils attendent. Ils veulent des prix plus bas. Parce que le coton reste coincé en Côte d’Ivoire, les cours s’effondrent. Et les paysans, eux, n’ont toujours pas été payés.

Le chiffre qui fait mal : 1,2 million de tonnes bloquées

Selon les dernières estimations de la COMPAGNIE DE GESTION DU PORT AUTONOME D’ABIDJAN (PAA), près de 1,2 million de tonnes de coton sont toujours en attente d’exportation. Un volume colossal, surtout quand on sait que la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso (deuxième producteur régional) misent sur cette fibre pour leurs devises. Le Burkina, d’ailleurs, a déjà réduit ses achats de carburant à cause des retards de paiement liés au coton. Et personne ne bronche.

Pourtant, ce n’est pas la première fois. En 2022, le même scénario s’était joué. Les stocks avaient fini par être bradés à perte, au grand dam des producteurs. Cette année, la situation est pire. Pourquoi ? Parce que la demande mondiale faiblit, et que les acheteurs jouent les durs. Ils savent que le coton africain est en difficulté. Alors ils attendent.

Les paysans paient toujours

Côté champs, l’impatience monte. Au Burkina, les coopératives cotonnières comme SOCOBA (Société Cotonnière du Burkina) ont déjà commencé à distribuer des avances aux paysans pour la nouvelle campagne. Mais pour l’ancienne récolte ? Rien. Les contrats sont signés, mais l’argent tarde. Trop tarde.

Le problème, c’est que le système est verrouillé. Les États garantissent les prix, les coopératives achètent le coton, mais si le port ne dégage pas, la chaîne se grippe. Et cette fois, la congestion n’est pas passagère. Elle dure depuis des mois.

Ce que les régulateurs ne disent pas

Officiellement, tout va bien. La Commission de la CEDEAO pour le Coton (CCA) parle de « fluidification progressive ». Les gouvernements ivoirien et burkinabè assurent que « les solutions sont en cours ». Mais sur le terrain, les acteurs connaissent la réalité.

Un responsable logistique anonyme du port d’Abidjan résume : « On nous dit d’accélérer, mais avec quels moyens ? Les grues sont en panne, les dockers en grève, et les armateurs refusent de payer les surcoûts. »

Et puis, il y a le vrai sujet : la dépendance. L’Afrique de l’Ouest exporte 80 % de son coton par Abidjan. Si le port s’effondre, c’est toute la filière qui s’effondre avec. Personne ne veut en parler, mais tout le monde le sait.

La Chine et l’Inde jouent avec le feu

Côté acheteurs, la stratégie est claire : faire pression. La Chine, premier importateur mondial de coton, a déjà réduit ses commandes. L’Inde, deuxième client, négocie des prix dérisoires. Résultat : les stocks africains s’accumulent, et les cours s’effondrent.

Prenez le cas du coton burkinabè : en 2022, il se vendait à 1,20 dollar la livre. Aujourd’hui, avec la congestion, les offres tournent autour de 0,90 dollar. Une chute de 25 % en six mois. Les coopératives burkinabè, déjà fragilisées par les crises politiques, ne peuvent pas tenir ce rythme.

Et la nouvelle récolte dans tout ça ?

Pourtant, la saison 2024-2025 a déjà commencé. Au Burkina, les paysans plantent. En Côte d’Ivoire, les coopératives préparent les contrats. Mais personne ne sait comment écouler le stock actuel. Alors on avance à l’aveugle.

Un producteur du Sahel résume, amer : « On nous dit de produire plus, mais où on va vendre tout ça ? À ce rythme, dans deux ans, on sera tous ruinés. »

Le vrai problème : personne ne veut assumer

Le port d’Abidjan est un goulot d’étranglement. Les gouvernements africains n’ont pas les moyens d’investir dans des infrastructures alternatives. Les armateurs occidentaux préfèrent attendre pour faire baisser les prix. Et les acheteurs asiatiques misent sur la crise pour rabaisser les coûts.

Résultat : le coton africain est pris en étau. D’un côté, des paysans qui attendent leur dû. De l’autre, des marchés qui spéculent sur leur désespoir.

La solution ? Elle est politique

La seule façon de sortir de cette impasse, c’est de casser la dépendance à Abidjan. Construire d’autres ports, diversifier les routes d’export, ou même envisager des usines de transformation locale pour éviter la dépendance aux marchés extérieurs. Mais ça prend du temps. Et du temps, le coton africain n’en a plus.

En attendant, les balles pourrissent. Les paysans attendent. Et les prix continuent de tomber.

La prochaine fois, ce ne sera pas que le coton.

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R Galaxie Rédaction

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