Corintis refroidit la Silicon Valley et personne n’en parle vraiment

La startup vaudoise Corintis rafle un deuxième Top100 Swiss Startup Award, mais son vrai défi ? Faire comprendre aux géants américains pourquoi leurs data centers surchauffent. Pendant ce temps, les investisseurs suisses regardent ailleurs. Voici pourquoi ça change tout, et pourquoi ça ne change rien.

Publié le 10 septembre 2026 à 08:03
Corintis refroidit la Silicon Valley et personne n’en parle vraiment

Le jour où la Suisse a inventé un refroidissement que personne ne veut utiliser (encore)

En 2023, Corintis a remporté son deuxième Top100 Swiss Startup Award. Deux ans de suite. Un palmarès qui, sur le papier, devrait faire pâlir d’envie les scale-ups genevoises. Pourtant, si vous demandez à un investisseur vaudois ce que fabrique vraiment cette boîte, il vous répondra probablement : « C’est quoi, déjà ? ». Pourtant, leur technologie pourrait résoudre un problème qui fait trembler les data centers américains : la surchauffe des puces électroniques. Sauf que personne, là-bas, ne les écoute vraiment. Pourquoi ?

Corintis a mis au point un système de refroidissement pour semi-conducteurs qui, selon leurs propres tests, consomme 90 % d’énergie en moins que les solutions classiques. Assez pour intéresser des noms comme Nvidia ou Intel, qui dépensent des milliards en climatisation pour leurs serveurs. Sauf que quand vous arrivez aux États-Unis avec une tech suisse, vous tombez sur deux obstacles : le premier, c’est l’inertie des géants ; le second, c’est l’ego des startups locales.

Le paradoxe suisse : on récompense, mais on ne finance pas

Le Top100 Swiss Startup Award est un classement sérieux. Organisé par Swisscom et CTI, il reflète l’état de santé de l’écosystème helvétique. Corintis y figure deux fois d’affilée, et pourtant, son dernier tour de table a été bouclé à 12 millions de francs, une somme dérisoire pour une tech qui pourrait bouger des montagnes (littéralement, celles de data centers).

Pourquoi ce décalage ? Parce que la Suisse, malgré ses labos de pointe, a un problème de culture risk-taking. Les fonds locaux jouent la sécurité : ils préfèrent miser sur des clones suisses de Notion ou des fintechs qui vendent du rêve plutôt que sur des solutions industrielles lourdes à déployer. Corintis, elle, a besoin de 100 millions supplémentaires pour industrialiser sa tech. Où les trouver ? Pas à Zurich, en tout cas.

Et puis, il y a le syndrome du « made in Switzerland ». Les investisseurs américains adorent les startups suisses… jusqu’à ce qu’il faille passer à l’échelle. Là, ils se disent : « On a déjà nos Nvidia, nos Tesla, nos Apple. À quoi bon importer un truc qui vient de Lausanne ? ». Sauf que Corintis ne vend pas un gadget, elle vend une alternative à la crise climatique des data centers. Un marché qui pèse plus de 100 milliards de dollars par an, selon IDC.

L’Amérique et son complexe du « on sait tout »

Côté États-Unis, le problème est différent : les géants ont déjà leurs solutions, même si elles sont inefficaces. Google, Microsoft, Amazon, tous dépensent des fortunes en refroidissement classique (eau, fluides caloporteurs, etc.). Résultat ? Leur empreinte carbone explose. En 2023, les data centers américains ont émis plus de CO₂ que toute l’industrie aérienne mondiale, selon The Shift Project.

Pourtant, quand Corintis leur propose une alternative, ils répondent : « On a nos partenariats avec CoolIT Systems ou Asetek. Merci, mais passez votre chemin. ». Problème : ces solutions-là ne marchent pas à 100 %. Elles consomment toujours trop, et elles ne résolvent pas le cœur du problème, la densité de chaleur dans les puces modernes.

Corintis, elle, a breveté une méthode qui utilise des micro-canaux et une circulation d’air optimisée pour évacuer la chaleur sans gaspiller d’énergie. Des tests en labo ? Ils tiennent la route. Des clients prêts à signer ? Presque aucun.

Pourquoi ? Parce que changer un écosystème entier, c’est compliqué. Les data centers sont comme des cathédrales high-tech : une fois construits, on ne les touche plus. Et les décideurs ? Ils ont des bonus liés à la croissance des revenus, pas à la réduction de l’empreinte carbone.

La Suisse joue les arbitres sans jouer

Alors, où est le vrai problème ? Dans le fait que la Suisse a externalisé son risque. Elle forme les ingénieurs, elle brevette les techs, elle gagne des prix… mais elle ne prend pas les décisions qui fâchent. Corintis pourrait s’imposer comme un acteur clé du refroidissement mondial. À la place, elle reste coincée entre deux mondes : trop petite pour les États-Unis, trop ambitieuse pour la Suisse.

Prenez IBM Zurich, par exemple. Dans les années 1980, ils dominaient le marché des semi-conducteurs. Aujourd’hui ? Ils sous-traitent tout à Taïwan. La Suisse a perdu son leadership dans l’industrie lourde. Corintis pourrait le lui redonner, si quelqu’un osait lui donner les moyens.

Ce que personne ne dit sur l’avenir des data centers

Voici le vrai scoop : dans cinq ans, la crise énergétique des data centers sera pire qu’aujourd’hui. Les puces seront encore plus gourmandes, les réglementations climatiques encore plus strictes, et les solutions actuelles seront devenues obsolètes.

Corintis a une longueur d’avance. Sauf que personne ne veut être celui qui aura parié sur une startup vaudoise plutôt que sur un autre fonds VC de Menlo Park.

Alors oui, félicitations à Corintis pour son deuxième prix. Mais la vraie question, c’est : qui va enfin lui donner les clés pour passer à l’échelle ? Parce que sans ça, leur technologie restera un joli labo suisse… alors qu’elle pourrait sauver des milliards de kilowattheures par an.

Et ça, c’est le vrai gâchis.

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R Galaxie Rédaction

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