Le 12 mars, CoreWeave a vu sa dette classée « décotée » par les agences de notation. Traduction : les créanciers misent sur une faillite, ou au mieux un sauvetage de dernière minute. Pourtant, le même jour, le PDG de l’entreprise, Omid Malekan, annonçait un nouveau tour de financement de 1,4 milliard de dollars pour ses data centers. Personne n’a sourcillé. Personne n’a demandé : « Mais à quoi bon ? » Pourtant, la réponse est là , sous nos yeux. Et elle est simple : personne ne sait vraiment si l’IA rapporte un jour assez pour couvrir ces dettes pharaoniques.
Le casino où les règles n’existent pas
Les casinos, c’est interdit de pleurer. Surtout quand vous venez de perdre 50 millions en une nuit. CoreWeave n’est pas un casino, c’est pire : c’est un pari où les croupiers sont les mêmes que les joueurs. NVIDIA, Microsoft, Google, ces géants dépensent des milliards pour louer des serveurs chez CoreWeave, qui à son tour emprunte des sommes folles pour acheter du matériel. Le problème ? Aucun des deux camps ne peut prouver que ça marche.
Prenez NVIDIA. En 2023, l’entreprise a dépensé 50 milliards de dollars en capex (investissements physiques). Combien de ces machines tournent aujourd’hui à plein régime pour des clients payants ? Personne ne le sait. Les rapports trimestriels parlent de « demande record », mais les bénéfices nets de l’IA restent marginaux. Pourtant, les actionnaires applaudissent. Pourquoi ? Parce que le marché a peur de rater le train.
Et puis il y a Microsoft, qui a injecté 10 milliards dans son partenariat avec Mistral AI en quelques mois. Pour quoi faire ? « Pour dominer l’IA en Europe », disent-ils. Dominer quoi ? Un marché qui n’existe pas encore. Les revenus de l’IA pèsent encore moins de 1% du chiffre d’affaires de Microsoft. Pourtant, les analystes de Wall Street continuent de valoriser l’action comme si demain serait différent.
Les fournisseurs d’électricité regardent ailleurs
Derrière CoreWeave et ses congénères (Hewlett Packard, Ampere, etc.), il y a un autre problème : l’électricité. Les data centers consomment autant que des villes entières. En 2023, l’IA a représenté 0,2% de la consommation électrique mondiale (source : IEA). Un chiffre dérisoire ? Pas quand on sait que les prévisions tablent sur une multiplication par 10 d’ici 2030.
Sauf que les régulateurs ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que les États subventionnent ces infrastructures au nom de la « souveraineté technologique ». En France, le gouvernement a débloqué 1,5 milliard pour des data centers « stratégiques ». En Allemagne, 3 milliards ont été promis pour attirer les géants du cloud. Personne ne demande si ces usines à gaz seront rentables.
Le pire ? Les fournisseurs d’électricité savent que ça va mal finir. EDF a prévenu : « La demande en électricité pour l’IA pourrait dépasser nos capacités d’ici 2027 ». Traduction : soit on rationne, soit on fait payer les particuliers pour sauver les data centers. Personne ne veut en parler.
Le moment où les marchés vont réaliser l’arnaque
Il y a un détail qui cloche. Les dettes des fournisseurs de calcul IA ne sont pas les seules à être décotées. Regardez CoreWeave, HPE, ou même les obligations des data centers spécialisés : toutes ont vu leur notation chuter en six mois. Pourtant, les emprunts continuent. Pourquoi ? Parce que les investisseurs institutionnels n’ont pas le choix.
- Les fonds souverains (Arabie Saoudite, Chine) doivent placer leur argent quelque part. L’IA, c’est « le secteur de demain », disent les consultants. Alors ils achètent, même à perte.
- Les banques (JPMorgan, Goldman Sachs) structurent ces dettes en produits « high-yield ». Plus le risque est grand, plus les intérêts sont juteux. Personne ne veut être le premier à sonner l’alerte.
Mais il y a un seuil. Quand les taux d’intérêt monteront encore, ou quand une faillite majeure éclatera, les marchés vont réaliser une chose simple : personne ne sait si ces machines rapportent quoi que ce soit.
Ce qui se passe quand les bulles éclatent
En 2000, les dot-com ont brûlé 5 000 milliards de dollars d’investissements. En 2008, les subprimes ont fait s’effondrer des banques entières. Aujourd’hui, l’IA accumule les mêmes signes avant-coureurs :
- Des dettes opaques : CoreWeave a levé 3,5 milliards en 2023 sans business model clair.
- Des valorisations déconnectées : Une startup comme Mistral AI vaut 2 milliards, alors qu’elle ne facture presque rien.
- Un effet de mode : Les VC (capital-risqueurs) injectent des fonds « pour ne pas rater le bateau », pas parce que les comptes sont solides.
La différence avec les crises passées ? Cette fois, l’État est complice. Les plans de relance européens et américains financent ces infrastructures sans contrepartie. Si ça explose, ce sera pire que 2008.
La vraie question : et après ?
CoreWeave va-t-il faire faillite ? Peut-être. Mais le problème, ce n’est pas CoreWeave. C’est que personne n’a jamais vraiment cru que ces machines allaient rapporter.
L’IA, c’est comme un casino : on joue parce que les autres jouent. Jusqu’à ce que les jetons manquent. Quand ça arrivera, les investisseurs se réveilleront en sursaut. Trop tard.
Alors oui, il est interdit de pleurer dans un casino. Mais dans ce cas-là , personne n’a les larmes aux yeux. Personne ne veut voir la vérité.