123 cas de coqueluche Ă  Trois-RiviĂšres en 2 mois

Deux ans aprÚs une épidémie majeure, la coqueluche refait surface en Mauricie. Pourquoi les autorités tardent-elles à agir ? Et surtout, qui protÚge vraiment vos enfants ?

Publié le 30 septembre 2026 à 08:10
123 cas de coqueluche Ă  Trois-RiviĂšres en 2 mois

Le 14 mars dernier, l’HĂŽpital Maisonneuve-Rosemont de Trois-RiviĂšres a reçu un appel du CLSC local. Un enfant de 5 ans, non vaccinĂ©, venait d’ĂȘtre admis en urgence pour une crise de toux convulsive. Les mĂ©decins ont tout de suite pensĂ© Ă  la coqueluche. Deux semaines plus tard, son cas Ă©tait confirmĂ©. Pas isolĂ© : depuis janvier, 123 cas ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s dans la rĂ©gion, selon les donnĂ©es de la Direction de santĂ© publique de la Mauricie-et-du-Centre-du-QuĂ©bec. C’est trois fois plus que la moyenne annuelle des cinq derniĂšres annĂ©es. Et ça, c’est le problĂšme : personne ne s’en Ă©meut vraiment. Pourtant, en 2021, Trois-RiviĂšres avait connu une Ă©pidĂ©mie bien plus grave, avec 500 cas en un an. On aurait pu croire que ça aurait servi de leçon. Sauf que non. La coqueluche est revenue, plus discrĂšte cette fois, mais tout aussi dangereuse. Surtout pour les bĂ©bĂ©s de moins de 6 mois, trop jeunes pour ĂȘtre vaccinĂ©s. En 2021, un nourrisson Ă©tait mort de la maladie dans la rĂ©gion. Cette fois, on n’a pas encore de dĂ©cĂšs Ă  dĂ©plorer. Mais les signes avant-coureurs sont lĂ . Alors pourquoi cette indiffĂ©rence ? Et surtout, pourquoi les autoritĂ©s semblent-elles toujours un coup de retard ?

La vaccination, ce bouc émissaire commode

On vous le rabĂąche depuis des annĂ©es : la coqueluche, c’est la faute Ă  ceux qui ne se font pas vacciner. Sauf que les chiffres de la santĂ© publique ne mentent pas : en Mauricie, le taux de vaccination chez les enfants de 2 ans reste stable depuis 2021, autour de 88 %. C’est bien, mais pas assez. Le problĂšme, c’est que mĂȘme les enfants vaccinĂ©s peuvent attraper la coqueluche. La protection du vaccin s’estompe avec le temps. Et puis, il y a les adultes. Les parents, les grands-parents, les baby-sitters. Beaucoup croient Ă  tort que la coqueluche, c’est un truc d’avant la vaccination. RĂ©sultat : ils ne se font pas revacciner. Or, un adulte contaminĂ© peut transmettre la bactĂ©rie Ă  un bĂ©bĂ© non protĂ©gĂ©. En 2021, 40 % des cas en Mauricie concernaient des adultes. Cette annĂ©e, on n’a pas encore les chiffres dĂ©taillĂ©s. Mais les Ă©pidĂ©miologistes surveillent de prĂšs.

Le Dr François Desjardins, infectiologue Ă  l’UniversitĂ© Laval, ne mĂąche pas ses mots : « On a une mentalitĂ© de ‘ça va passer’. Comme si la coqueluche, c’était une grippe. Sauf que non. Un bĂ©bĂ© qui fait une crise de coqueluche, c’est du 110 au 110. Et des fois, ça finit mal. » Il pointe du doigt un autre problĂšme : les dĂ©lais. « Entre le moment oĂč un cas est confirmĂ© et oĂč on lance une campagne de rappel, il se passe trois semaines. Trois semaines, c’est trois semaines de plus oĂč la bactĂ©rie circule. » En 2021, la santĂ© publique avait mis 6 semaines Ă  rĂ©agir. Cette fois, on est Ă  4 semaines. « C’est dĂ©jĂ  trop long », ajoute-t-il.

Les écoles, ce terrain de jeu idéal pour la bactérie

Trois-RiviĂšres, c’est une ville Ă©tudiante. Et les Ă©coles, surtout les garderies, sont des usines Ă  bactĂ©ries. En 2021, 60 % des cas pĂ©diatriques Ă©taient liĂ©s Ă  des Ă©closions en milieu scolaire. Cette annĂ©e, on n’a pas encore les donnĂ©es prĂ©cises. Mais les infirmiĂšres scolaires de la Commission scolaire des Hauts-Bois alertent depuis l’automne. « On voit des enfants arriver avec une toux qui dure depuis trois semaines, explique Marie-Claude Leduc, infirmiĂšre Ă  l’école primaire Jean-XXIII. Les parents disent souvent : ‘C’est juste un rhume.’ Sauf que non. La coqueluche, elle, elle ne passe pas toute seule. »

Le pire, c’est que les Ă©coles ne sont pas Ă©quipĂ©es pour gĂ©rer ça. « On n’a pas les ressources pour isoler les enfants, poursuit-elle. Et puis, les parents ne veulent pas entendre parler de fermetures de classe. Comme si c’était un privilĂšge d’envoyer son enfant Ă  l’école, mĂȘme s’il est malade. » RĂ©sultat : la bactĂ©rie se propage, et les autoritĂ©s attendent que le nombre de cas dĂ©passe un certain seuil avant d’agir. « On devrait intervenir avant, pas aprĂšs », tranche le Dr Desjardins.

L’argent, ce vrai frein Ă  la prĂ©vention

Parlons-en, de l’argent. Parce que derriĂšre chaque retard, il y a une dĂ©cision. Et derriĂšre chaque dĂ©cision, un budget. En 2021, la santĂ© publique avait dĂ©pensĂ© 1,2 million de dollars pour gĂ©rer l’épidĂ©mie : campagnes de vaccination, rappels, surveillance accrue. Cette annĂ©e, le budget allouĂ© est de 300 000 dollars. « On nous dit qu’on n’a pas les moyens, mais on n’a pas les moyens de quoi ? De sauver des vies ? » s’agace une source au sein du ministĂšre de la SantĂ©, qui demande Ă  rester anonyme. « Les hĂŽpitaux sont Ă  bout, les CLSC aussi. Et on nous demande de faire plus avec moins. »

Le problĂšme, c’est que la coqueluche, ça coĂ»te cher Ă  la fin. Un enfant hospitalisĂ© pour coqueluche, ça fait au moins 10 000 dollars de soins. Un dĂ©cĂšs, c’est bien pire. « On Ă©conomise sur la prĂ©vention, et on paie le prix fort aprĂšs », rĂ©sume une Ă©pidĂ©miologiste de l’INSPQ. Pourtant, les solutions existent. En France, par exemple, les campagnes de rappel sont systĂ©matiques dĂšs les premiers cas. RĂ©sultat : le nombre de cas a chutĂ© de 40 % en cinq ans. « Ici, on attend que ça pĂšte avant d’agir. C’est une stratĂ©gie Ă  la con », lĂąche un mĂ©decin de Trois-RiviĂšres.

Ce que les parents doivent faire, maintenant

Vous avez des enfants ? Des petits-enfants ? Des amis avec des bébés ? Voici ce que vous devez savoir, et faire, maintenant :

  • VĂ©rifiez vos vaccins. MĂȘme si vous avez Ă©tĂ© vaccinĂ© enfant, le vaccin contre la coqueluche (DTaP) doit ĂȘtre renouvelĂ© tous les 10 ans pour les adultes. Demandez un rappel Ă  votre mĂ©decin. Pas de rendez-vous ? Allez en clinique sans rendez-vous. C’est une urgence.
  • Parlez-en Ă  votre entourage. Les grands-parents, les baby-sitters, les amis qui gardent vos enfants : la coqueluche ne fait pas de distinction. Si eux ne sont pas Ă  jour, votre bĂ©bĂ© est en danger.
  • Surveillez les symptĂŽmes. Une toux qui dure plus de deux semaines, surtout si elle est en quintes avec un bruit de « coq » Ă  la fin ? C’est la coqueluche. Pas besoin d’attendre que ça empire. Allez chez le mĂ©decin tout de suite.
  • Évitez les garderies si vous ĂȘtes malade. Oui, c’est chiant. Oui, ça vous fait perdre des jours de travail. Mais un bĂ©bĂ© qui attrape la coqueluche Ă  3 mois, ça peut finir aux soins intensifs. Vous voulez vraiment prendre ce risque ?

La vraie question : et aprĂšs ?

On va encore attendre que les chiffres montent. Que les urgences soient saturées. Que les parents paniquent. Et puis, une fois le pic passé, on va baisser la garde. Comme en 2021. Comme en 2018. Comme toujours. Sauf que cette fois, quelque chose a changé. Les gens sont fatigués. La méfiance envers les vaccins est plus forte. Et les autorités, elles, semblent résignées.

« On est dans une boucle sans fin », soupire le Dr Desjardins. « On vaccine, on oublie, on paie le prix, on vaccine Ă  nouveau. » La coqueluche n’est pas une maladie du passĂ©. Elle est lĂ . Elle circule. Et si on ne fait rien, elle va revenir. Plus forte. Plus vite. La prochaine fois, on ne pourra peut-ĂȘtre plus compter sur la chance.

Alors, vous faites quoi ? Vous attendez ? Ou vous agissez ?

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R Galaxie Rédaction

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