Le 14 mars dernier, lâHĂŽpital Maisonneuve-Rosemont de Trois-RiviĂšres a reçu un appel du CLSC local. Un enfant de 5 ans, non vaccinĂ©, venait dâĂȘtre admis en urgence pour une crise de toux convulsive. Les mĂ©decins ont tout de suite pensĂ© Ă la coqueluche. Deux semaines plus tard, son cas Ă©tait confirmĂ©. Pas isolĂ© : depuis janvier, 123 cas ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s dans la rĂ©gion, selon les donnĂ©es de la Direction de santĂ© publique de la Mauricie-et-du-Centre-du-QuĂ©bec. Câest trois fois plus que la moyenne annuelle des cinq derniĂšres annĂ©es. Et ça, câest le problĂšme : personne ne sâen Ă©meut vraiment. Pourtant, en 2021, Trois-RiviĂšres avait connu une Ă©pidĂ©mie bien plus grave, avec 500 cas en un an. On aurait pu croire que ça aurait servi de leçon. Sauf que non. La coqueluche est revenue, plus discrĂšte cette fois, mais tout aussi dangereuse. Surtout pour les bĂ©bĂ©s de moins de 6 mois, trop jeunes pour ĂȘtre vaccinĂ©s. En 2021, un nourrisson Ă©tait mort de la maladie dans la rĂ©gion. Cette fois, on nâa pas encore de dĂ©cĂšs Ă dĂ©plorer. Mais les signes avant-coureurs sont lĂ . Alors pourquoi cette indiffĂ©rence ? Et surtout, pourquoi les autoritĂ©s semblent-elles toujours un coup de retard ?
La vaccination, ce bouc émissaire commode
On vous le rabĂąche depuis des annĂ©es : la coqueluche, câest la faute Ă ceux qui ne se font pas vacciner. Sauf que les chiffres de la santĂ© publique ne mentent pas : en Mauricie, le taux de vaccination chez les enfants de 2 ans reste stable depuis 2021, autour de 88 %. Câest bien, mais pas assez. Le problĂšme, câest que mĂȘme les enfants vaccinĂ©s peuvent attraper la coqueluche. La protection du vaccin sâestompe avec le temps. Et puis, il y a les adultes. Les parents, les grands-parents, les baby-sitters. Beaucoup croient Ă tort que la coqueluche, câest un truc dâavant la vaccination. RĂ©sultat : ils ne se font pas revacciner. Or, un adulte contaminĂ© peut transmettre la bactĂ©rie Ă un bĂ©bĂ© non protĂ©gĂ©. En 2021, 40 % des cas en Mauricie concernaient des adultes. Cette annĂ©e, on nâa pas encore les chiffres dĂ©taillĂ©s. Mais les Ă©pidĂ©miologistes surveillent de prĂšs.
Le Dr François Desjardins, infectiologue Ă lâUniversitĂ© Laval, ne mĂąche pas ses mots : « On a une mentalitĂ© de âça va passerâ. Comme si la coqueluche, câĂ©tait une grippe. Sauf que non. Un bĂ©bĂ© qui fait une crise de coqueluche, câest du 110 au 110. Et des fois, ça finit mal. » Il pointe du doigt un autre problĂšme : les dĂ©lais. « Entre le moment oĂč un cas est confirmĂ© et oĂč on lance une campagne de rappel, il se passe trois semaines. Trois semaines, câest trois semaines de plus oĂč la bactĂ©rie circule. » En 2021, la santĂ© publique avait mis 6 semaines Ă rĂ©agir. Cette fois, on est Ă 4 semaines. « Câest dĂ©jĂ trop long », ajoute-t-il.
Les écoles, ce terrain de jeu idéal pour la bactérie
Trois-RiviĂšres, câest une ville Ă©tudiante. Et les Ă©coles, surtout les garderies, sont des usines Ă bactĂ©ries. En 2021, 60 % des cas pĂ©diatriques Ă©taient liĂ©s Ă des Ă©closions en milieu scolaire. Cette annĂ©e, on nâa pas encore les donnĂ©es prĂ©cises. Mais les infirmiĂšres scolaires de la Commission scolaire des Hauts-Bois alertent depuis lâautomne. « On voit des enfants arriver avec une toux qui dure depuis trois semaines, explique Marie-Claude Leduc, infirmiĂšre Ă lâĂ©cole primaire Jean-XXIII. Les parents disent souvent : âCâest juste un rhume.â Sauf que non. La coqueluche, elle, elle ne passe pas toute seule. »
Le pire, câest que les Ă©coles ne sont pas Ă©quipĂ©es pour gĂ©rer ça. « On nâa pas les ressources pour isoler les enfants, poursuit-elle. Et puis, les parents ne veulent pas entendre parler de fermetures de classe. Comme si câĂ©tait un privilĂšge dâenvoyer son enfant Ă lâĂ©cole, mĂȘme sâil est malade. » RĂ©sultat : la bactĂ©rie se propage, et les autoritĂ©s attendent que le nombre de cas dĂ©passe un certain seuil avant dâagir. « On devrait intervenir avant, pas aprĂšs », tranche le Dr Desjardins.
Lâargent, ce vrai frein Ă la prĂ©vention
Parlons-en, de lâargent. Parce que derriĂšre chaque retard, il y a une dĂ©cision. Et derriĂšre chaque dĂ©cision, un budget. En 2021, la santĂ© publique avait dĂ©pensĂ© 1,2 million de dollars pour gĂ©rer lâĂ©pidĂ©mie : campagnes de vaccination, rappels, surveillance accrue. Cette annĂ©e, le budget allouĂ© est de 300 000 dollars. « On nous dit quâon nâa pas les moyens, mais on nâa pas les moyens de quoi ? De sauver des vies ? » sâagace une source au sein du ministĂšre de la SantĂ©, qui demande Ă rester anonyme. « Les hĂŽpitaux sont Ă bout, les CLSC aussi. Et on nous demande de faire plus avec moins. »
Le problĂšme, câest que la coqueluche, ça coĂ»te cher Ă la fin. Un enfant hospitalisĂ© pour coqueluche, ça fait au moins 10 000 dollars de soins. Un dĂ©cĂšs, câest bien pire. « On Ă©conomise sur la prĂ©vention, et on paie le prix fort aprĂšs », rĂ©sume une Ă©pidĂ©miologiste de lâINSPQ. Pourtant, les solutions existent. En France, par exemple, les campagnes de rappel sont systĂ©matiques dĂšs les premiers cas. RĂ©sultat : le nombre de cas a chutĂ© de 40 % en cinq ans. « Ici, on attend que ça pĂšte avant dâagir. Câest une stratĂ©gie Ă la con », lĂąche un mĂ©decin de Trois-RiviĂšres.
Ce que les parents doivent faire, maintenant
Vous avez des enfants ? Des petits-enfants ? Des amis avec des bébés ? Voici ce que vous devez savoir, et faire, maintenant :
- VĂ©rifiez vos vaccins. MĂȘme si vous avez Ă©tĂ© vaccinĂ© enfant, le vaccin contre la coqueluche (DTaP) doit ĂȘtre renouvelĂ© tous les 10 ans pour les adultes. Demandez un rappel Ă votre mĂ©decin. Pas de rendez-vous ? Allez en clinique sans rendez-vous. Câest une urgence.
- Parlez-en à votre entourage. Les grands-parents, les baby-sitters, les amis qui gardent vos enfants : la coqueluche ne fait pas de distinction. Si eux ne sont pas à jour, votre bébé est en danger.
- Surveillez les symptĂŽmes. Une toux qui dure plus de deux semaines, surtout si elle est en quintes avec un bruit de « coq » Ă la fin ? Câest la coqueluche. Pas besoin dâattendre que ça empire. Allez chez le mĂ©decin tout de suite.
- Ăvitez les garderies si vous ĂȘtes malade. Oui, câest chiant. Oui, ça vous fait perdre des jours de travail. Mais un bĂ©bĂ© qui attrape la coqueluche Ă 3 mois, ça peut finir aux soins intensifs. Vous voulez vraiment prendre ce risque ?
La vraie question : et aprĂšs ?
On va encore attendre que les chiffres montent. Que les urgences soient saturées. Que les parents paniquent. Et puis, une fois le pic passé, on va baisser la garde. Comme en 2021. Comme en 2018. Comme toujours. Sauf que cette fois, quelque chose a changé. Les gens sont fatigués. La méfiance envers les vaccins est plus forte. Et les autorités, elles, semblent résignées.
« On est dans une boucle sans fin », soupire le Dr Desjardins. « On vaccine, on oublie, on paie le prix, on vaccine Ă nouveau. » La coqueluche nâest pas une maladie du passĂ©. Elle est lĂ . Elle circule. Et si on ne fait rien, elle va revenir. Plus forte. Plus vite. La prochaine fois, on ne pourra peut-ĂȘtre plus compter sur la chance.
Alors, vous faites quoi ? Vous attendez ? Ou vous agissez ?