Depuis janvier, la coqueluche s’installe dans les écoles de Trois-Rivières

Trente cas déclarés depuis le début de l’année en Mauricie. Une école touchée. Pourtant, les vaccins existent. Alors pourquoi ça recommence ?

Publié le 29 septembre 2026 à 12:23
Depuis janvier, la coqueluche s’installe dans les écoles de Trois-Rivières

Pourquoi les vaccins ne suffisent pas

Le vaccin contre la coqueluche existe depuis les années 1940. Pourtant, entre 2019 et 2023, le Québec a enregistré 1 250 cas (source : Institut national de santé publique du Québec). En 2023, 78 % des cas concernaient des enfants de moins de 10 ans. Alors, où est le problème ?

D’abord, l’immunité. Le vaccin (l’acellulaire, donné avec le DTP) protège bien, mais pas à 100 %. Et son efficacité baisse avec le temps. « Les anticorps disparaissent après 4 à 12 ans », explique le Dr Pierre-Emmanuel Hachey, pédiatre infectiologue. Résultat : un enfant vacciné à 2 ans peut être vulnérable à 10 ans. Sauf si on lui fait un rappel. Or, seulement 30 % des ados québécois de 14 ans sont à jour pour le rappel coqueluche-tétanos-diphtérie (acDT).

Ensuite, il y a les trous dans la raquette. Les bébés de moins de 2 mois ne sont pas vaccinés. « Ils sont protégés par les anticorps maternels, mais ça ne dure pas », précise le Dr Hachey. Et les nourrissons de 2 à 11 mois ne reçoivent qu’une seule dose du vaccin, ce qui les laisse fragiles. Sans compter que la coqueluche circule surtout dans les collectifs : crèches, écoles, camps de jour. Un seul cas non détecté, et le virus se propage.

Pourtant, le protocole est simple : isolement, antibiotiques pour les cas confirmés, rappel vaccinal pour les contacts. Alors pourquoi ça dérape ?

Parce que les parents hésitent.

Les parents qui refusent, ceux qui oublient

À Trois-Rivières, une école primaire a vu 12 élèves tomber malades en un mois. « On a cru à une gastro, puis à la bronchite », raconte une enseignante sous le coup de l’anonymat. « Les enfants revenaient en classe après deux jours d’absence, et hop : trois jours plus tard, c’était le tour d’un autre. » Le directeur a fini par alerter la santé publique. Trop tard pour certains.

Le problème ? Les refus de vaccination.

« On m’a dit que le vaccin contre la coqueluche pouvait causer des convulsions », lance Marie-Claire, mère de deux enfants. « Je l’ai cru. Alors j’ai attendu. » Résultat : son aîné a attrapé la coqueluche à 8 ans. « Il a failli finir à l’hôpital », avoue-t-elle. Aujourd’hui, elle regrette. Mais elle n’est pas la seule.

D’autres parents oublient simplement. « Entre les rappels, les rendez-vous chez le dentiste et les vaccins obligatoires, on finit par négliger celui-là », reconnaît Sophie, une mère de famille. « Personne ne nous a dit que c’était urgent. »

Et puis, il y a ceux qui minimisent. « C’est juste une grosse toux, non ? » La coqueluche, c’est bien plus que ça. C’est une infection qui peut durer des semaines, avec des quintes si violentes qu’elles provoquent des fractures de côte, des syncopes, voire des arrêts respiratoires. « Chez les nourrissons, le taux de mortalité est de 1 à 2 % », rappelle le Dr Hachey. En 2022, un bébé de 3 mois est mort de coqueluche au Québec. Son cas avait été sous-estimé.

L’école, terrain de jeu idéal pour les bactéries

Une classe, c’est comme un incubateur. L’air y est chargé de microbes.

« Un enfant coquelucheux tousse et projette des gouttelettes infectieuses à plus d’un mètre », détaille une étude de l’Université Laval. « Dans une salle de classe, ça suffit pour contaminer 90 % des élèves non immunisés en deux semaines. » À Trois-Rivières, l’école touchée a dû fermer une semaine pour désinfecter les locaux. « On a passé le balai à la javel, aéré en permanence, mais ça ne suffit pas », confie un membre du personnel. « La bactérie, Bordetella pertussis, résiste sur les surfaces pendant des jours. »

Le pire ? Les symptômes mettent 7 à 10 jours à apparaître.

« Un enfant peut être contagieux avant même de tousser », explique le Dr Hachey. « Et une fois qu’il est malade, il l’est pendant trois semaines. » Résultat : le virus a le temps de faire des dégâts avant qu’on ne le détecte.

Pourtant, les solutions existent. Mais elles demandent de la rigueur.

Ce qu’on pourrait faire, mais qu’on ne fait pas

  1. Obliger les rappels vaccinaux pour les ados. La France l’a fait en 2018 : un rappel coqueluche-tétanos-diphtérie (acDT) est devenu obligatoire pour les 11-13 ans. Résultat ? Les cas ont chuté de 40 % en deux ans. Au Québec, on se contente de recommandations. « Si on voulait vraiment protéger les enfants, on imposerait ce rappel », lance un médecin de la santé publique sous couvert d’anonymat. « Mais ça fâche. »

  2. Vacciner les adultes autour des bébés. Une femme enceinte peut transmettre la coqueluche à son nourrisson. « Le vaccin pendant la grossesse réduit de 90 % le risque de coqueluche chez le bébé », selon l’OMS. Pourtant, seulement 15 % des femmes enceintes au Québec se font vacciner. « On n’insiste pas assez », regrette une sage-femme.

  3. Mieux surveiller les écoles. En Ontario, un protocole strict impose l’isolement immédiat des cas suspects et un suivi des contacts. Au Québec, on dépend des signalements spontanés. « Si une école ne dit rien, on ne sait rien », admet un fonctionnaire de la santé publique. « Et quand on sait, c’est souvent trop tard. »

  4. Arrêter de diaboliser le vaccin. « Les études montrent qu’il est sûr », insiste le Dr Hachey. « Mais les rumeurs persistent. » En 2022, une fausse information a circulé sur les réseaux sociaux : « Le vaccin contre la coqueluche causerait l’autisme. » Faux. Totalement faux. Pourtant, ça marche encore.

Ce qui nous attend si on ne change rien

La coqueluche, c’est comme la varicelle : elle ne disparaît jamais vraiment. Elle réapparaît par vagues, tous les 3 à 5 ans. « On est en pleine vague », confirme le Dr Hachey. « Et si on ne fait rien, la prochaine sera pire. »

À Trois-Rivières, les autorités sanitaires surveillent. « On a contacté les familles, distribué des antibiotiques, rappelé l’importance de la vaccination », explique une porte-parole de la Direction de santé publique de la Mauricie. *« Mais ça ne suffira pas. »

Le vrai problème, c’est l’inertie.

On sait ce qu’il faut faire. On a les outils. Mais on ne les utilise pas assez.

Et pendant ce temps, les enfants toussent. Les parents s’inquiètent. Et la bactérie, elle, attend son heure.

La prochaine fois, ce ne sera peut-être pas un cas isolé.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie