Cooperl utilise le CO2 pour étourdir les porcs, L214 dénonce une méthode contestée

Une vidéo diffusée par l’association L214 révèle des pratiques d’étourdissement au dioxyde de carbone dans l’abattoir de la Cooperl en Ille-et-Vilaine. La méthode, jugée cruelle par des vétérinaires, suscite un débat sur les normes d’abattage en France, alors que l’entreprise rejette les accusations comme une manœuvre militante.

Publié le 29 octobre 2026 à 16:03
Cooperl utilise le CO2 pour étourdir les porcs, L214 dénonce une méthode contestée

Un procédé d’étourdissement sous haute tension

Reste à savoir si la méthode utilisée par la Cooperl pour étourdir les porcs avant abattage, déjà critiquée dans d’autres pays européens, résistera aux pressions croissantes des associations de protection animale et des consommateurs.

Une méthode controversée déjà encadrée en Europe

L’étourdissement au dioxyde de carbone (CO₂), utilisé dans l’abattoir de Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), est une technique autorisée en France depuis 2013, sous réserve que les animaux ne souffrent pas. Pourtant, cette méthode divise les experts. En Suède et en Norvège, où elle est interdite, les autorités sanitaires estiment qu’elle provoque une asphyxie prolongée, visible sur des vidéos similaires à celle diffusée par L214. En France, l’Union française des vétérinaires pour une médecine libre et responsable (UFVMLR) a déjà appelé à son interdiction, invoquant un risque de conscience altérée chez les animaux.

La réglementation européenne impose un étourdissement préalable à l’abattage, mais ne précise pas la méthode. La France, comme d’autres États membres, laisse donc aux industriels le choix des procédés, sous contrôle des services vétérinaires. Or, selon un rapport de la Cour des comptes de 2024, ces contrôles restent insuffisants pour garantir une application uniforme des règles.

Qui décide des méthodes d’abattage ?

La Cooperl, première coopérative agricole française, applique une procédure validée par les services de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), dépendant du ministère de l’Agriculture. Les normes en vigueur autorisent le CO₂ à condition que l’animal ne reprenne pas conscience avant la saignée. Pourtant, les images publiées par L214 montrent des porcs s’agitant plusieurs dizaines de secondes après l’injection gazeuse, un délai incompatible avec les critères officiels.

L’entreprise argue que ces séquences sont « déformées » et que ses protocoles respectent les exigences légales. Pourtant, en 2022, un rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) avait déjà souligné que le CO₂ pouvait entraîner des « réactions de panique » chez certains animaux, sans pour autant remettre en cause la méthode. La question de son efficacité dépend donc de l’interprétation des textes, et non d’une interdiction claire.

Un débat qui dépasse la technique

Derrière la polémique technique se profile un clivage plus large : celui de la place de l’animal dans l’industrie agroalimentaire. D’un côté, des vétérinaires et des personnalités comme l’écrivaine Marie Darrieussecq ou le musicien Moby défendent une approche « bien-être animal », estimant que les méthodes actuelles ne sont plus acceptables pour les consommateurs. De l’autre, les professionnels de la filière, comme la Cooperl, soulignent la nécessité de concilier éthique et rentabilité, dans un secteur où les marges sont serrées.

Pourtant, les coûts d’un étourdissement électrique ou mécanique, jugés plus humains, peuvent augmenter de 10 à 15 % le prix du kilogramme de viande. La Cooperl, comme d’autres grands groupes, doit donc arbitrer entre exigences éthiques et compétitivité.

Que dit la loi française ?

En France, l’abattage sans étourdissement préalable est interdit depuis 1995, mais les modalités de l’étourdissement restent floues. Le décret du 18 décembre 2013 précise que les animaux doivent être « insensibilisés » avant la saignée, sans détailler les procédés. Les services vétérinaires, chargés des contrôles, disposent de pouvoirs d’injonction en cas de non-respect, mais leur action dépend souvent des signalements.

L214, qui a déjà obtenu plusieurs condamnations pour diffusion d’images choquantes, mise cette fois sur la pression médiatique pour accélérer un changement de pratique. La Cooperl, pour sa part, invoque une « stratégie militante » et rappelle que ses abattoirs sont régulièrement inspectés.

Et après ? Les consommateurs et les éleveurs face à leurs choix

Si la vidéo de L214 relance le débat, les solutions restent incertaines. Une interdiction pure et simple du CO₂ imposerait des investissements lourds aux abattoirs, avec un impact direct sur le prix de la viande. À l’inverse, maintenir le statu quo pourrait fragiliser la confiance des consommateurs, déjà ébranlée par les scandales sanitaires récents.

La question n’est pas seulement technique : elle interroge la capacité de la filière à anticiper les attentes sociétales. En France, où le secteur est plus fragmenté, une transition similaire prendrait des années.

Un enjeu qui dépasse la Cooperl

L’affaire illustre les tensions entre une industrie agroalimentaire sous pression et des attentes croissantes en matière d’éthique animale. Alors que les scandales se multiplient, les consommateurs attendent des garanties, tandis que les éleveurs et les abattoirs réclament des règles claires. Le ministère de l’Agriculture, souvent tiraillé entre défense des filières et respect du bien-être animal, devra trancher.

Pour l’instant, aucune mesure concrète n’est annoncée. Reste à savoir si les acteurs du secteur seront prêts à en payer le prix.

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R Galaxie Rédaction

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