La consommation de cannabis au Québec revient à son niveau d’avant la légalisation

Depuis 2021, le nombre d’usagers de cannabis au Québec diminue régulièrement, retrouvant les chiffres de 2018. Les raisons de ce recul, analysées par des experts, interrogent l’impact réel de la légalisation cinq ans après son adoption. Les conséquences pour les finances publiques et les acteurs du marché restent à évaluer.

Publié le 29 octobre 2026 à 14:07
La consommation de cannabis au Québec revient à son niveau d’avant la légalisation

Les usagers de cannabis moins nombreux qu’à l’apogée de la légalisation

Les Québécois qui consomment du cannabis sont désormais aussi nombreux qu’avant sa légalisation en 2018. Cinq ans après l’ouverture du marché, l’effet d’aubaine escompté par les autorités s’estompe, et les habitudes de consommation reviennent à leur trajectoire antérieure. Pour les fumeurs occasionnels ou réguliers, cette tendance signifie un retour à des pratiques moins encadrées, avec des risques accrus liés à l’achat sur le marché noir ou à des produits non contrôlés. Les jeunes adultes, principaux bénéficiaires de la légalisation en termes d’accès simplifié, pourraient voir leurs dépenses augmenter, le prix au détail restant supérieur à celui du marché illégal dans certaines régions.

Cette baisse interroge aussi les politiques publiques. Le gouvernement québécois avait tablé sur une hausse de la consommation pour compenser les pertes fiscales liées à la fin des saisies policières et à la régulation du secteur.

Un marché légal qui peine à séduire

Le mécanisme de la légalisation reposait sur trois piliers : un cadre réglementaire strict pour les producteurs, une fiscalité incitative pour les consommateurs, et une éducation sanitaire pour limiter les abus. Pourtant, les données disponibles montrent que le marché légal n’a pas su capter durablement les usagers occasionnels, contrairement aux attentes. Les raisons avancées par les experts, bien que non exhaustives, convergent vers plusieurs facteurs.

D’abord, le prix. Malgré des efforts pour aligner les tarifs sur ceux du marché noir, les produits légaux restent souvent plus chers, notamment en raison des taxes et des coûts de conformité. À l’inverse, les acheteurs occasionnels, moins attachés à la qualité ou à la traçabilité, privilégient toujours la simplicité et le coût réduit du marché illégal.

Ensuite, la perception du risque persiste. Malgré les campagnes de sensibilisation, une partie des Québécois continue de considérer le cannabis comme une substance à consommer avec prudence, voire à éviter. Cette méfiance, ancrée avant 2018, n’a pas été totalement dissipée par la légalisation. Les experts soulignent aussi un effet de saturation : après l’engouement initial pour les produits innovants (huiles, comestibles), les consommateurs reviennent à des formes plus traditionnelles et moins chères, disponibles hors circuit légal.

Enfin, la qualité des produits légaux reste un sujet de débat. Si les normes sanitaires sont strictes, certains usagers estiment que les variétés proposées en magasin sont moins adaptées à leurs usages que celles du marché noir, où l’offre est plus diversifiée et souvent mieux ciblée. Cette insatisfaction alimente un paradoxe : la légalisation a réduit l’accès aux produits de mauvaise qualité, mais pas suffisamment pour convaincre tous les consommateurs de basculer vers le circuit régulé.

Qui paie l’écart entre attentes et réalité ?

Les conséquences financières de cette baisse touchent plusieurs acteurs. Pour l’État québécois, les recettes fiscales liées au cannabis, initialement prévues pour financer des programmes de santé publique, pourraient être revues à la baisse. Les municipalités, dont certaines avaient misé sur des permis de vente pour dynamiser leur économie locale, voient leurs espoirs déçus. À Montréal ou Québec, où les boutiques légales ont ouvert en nombre, les recettes municipales restent inférieures aux projections, malgré les loyers perçus.

Côté producteurs, la situation est contrastée. Les grandes entreprises, souvent soutenues par des capitaux privés, résistent mieux à la baisse de la demande en diversifiant leur offre ou en ciblant des marchés internationaux. En revanche, les petits producteurs et les coopératives, moins flexibles, subissent directement le recul des ventes. Certains ont dû réduire leur production ou licencier, tandis que d’autres tentent de se reconvertir vers des produits dérivés, comme les cosmétiques à base de CBD.

Pour les consommateurs, les perdants sont surtout ceux qui dépendent du marché légal pour un accès sûr et régulé. Les usagers médicaux, par exemple, voient leurs coûts augmenter si leur ordonnance les oriente vers des produits onéreux. À l’inverse, ceux qui achètent sur le marché noir s’exposent à des risques sanitaires ou juridiques, bien que limités depuis la dépénalisation.

Les leçons d’un échec relatif

La baisse de la consommation de cannabis au Québec pose une question plus large : celle de l’efficacité des politiques de légalisation quand elles ne s’appuient pas sur une demande structurellement forte. Les experts s’accordent sur un point : sans une refonte des prix, de l’offre ou des messages sanitaires, la tendance devrait se poursuivre.

Reste à savoir si les autorités tireront les enseignements de cette situation. Une révision des taxes ou une libéralisation partielle des règles pourraient relancer l’intérêt pour le marché légal. Mais toute mesure devra composer avec un contexte économique tendu et une opinion publique divisée. Pour l’instant, aucune décision n’est annoncée. La prochaine étape dépendra des données de consommation à venir et des pressions budgétaires, deux facteurs qui pourraient accélérer ou retarder une réponse.

Vers une normalisation progressive ou un retour en arrière ?

Si la consommation de cannabis au Québec revient à son niveau d’avant 2018, cela ne signifie pas pour autant un échec total de la légalisation. Les bénéfices en termes de santé publique, réduction des arrestations, accès à des produits testés, information des usagers, sont réels et reconnus. Pourtant, l’écart entre les objectifs initiaux et la réalité actuelle interroge.

Pour les consommateurs, la principale conséquence est une stabilisation des habitudes, sans gain ni perte majeure. Ceux qui avaient espéré une baisse des prix ou une amélioration de la qualité pourraient être déçus. À l’inverse, les non-consommateurs ne voient pas leur quotidien bouleversé, mais la persistance d’un marché illégal pose la question de l’efficacité des régulations.

Une commission parlementaire ou un rapport gouvernemental pourrait alors être commandé pour évaluer les options : maintenir le statu quo, ajuster les prix, ou envisager un retour partiel vers un cadre plus restrictif. Jusqu’alors, le Québec observe, sans précipitation, les effets d’une légalisation qui a changé les règles sans toujours transformer les comportements.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
La consommation de cannabis au Québec revient à son niveau d’avant la légalisation | R Galaxie