Un produit qui ne dit pas tout
Le problème n’est pas nouveau. Depuis des années, les scandales de « mal-étiquetage » s’enchaînent dans l’agroalimentaire. Mais celui-là, c’est différent. Parce que là, on parle d’une collation végétalienne, un marché en pleine expansion où les consommateurs font confiance aux labels. Et là, l’erreur n’est pas une faute de frappe ou une omission involontaire. C’est un choix. Un ingrédient optionnel, mais présent, et non déclaré.
Comment ça se fait ?
D’abord, parce que les règles sur les « traces » d’allergènes ou d’ingrédients animaux sont floues. La réglementation européenne autorise des seuils de contamination « accidentelle » (moins de 0,1 % pour les allergènes majeurs). Mais un ingrédient ajouté volontairement ? Là, c’est du terrain vague. Les fabricants jouent sur les mots : « traces » peut vouloir dire « résidu », mais aussi « composé fonctionnel ». Et les contrôles ? Ils sont aléatoires. Très aléatoires.
Ensuite, parce que le marché du végétalien explose. Selon une étude de Xerfi (2023), il a crû de 42 % en deux ans en France. Les marques courent après cette clientèle, et certaines prennent des raccourcis. Pas toutes, bien sûr. Mais assez pour que ça dérape.
Et puis, il y a le silence. Personne ne sait combien de boîtes ont été vendues avant que l’alerte ne soit donnée. Les distributeurs refusent de communiquer. Le fabricant, contacté, répond par un communiqué lisse : « Nous prenons cette affaire très au sérieux et retirons immédiatement le produit. » Très au sérieux. Bien sûr. Comme d’habitude.
Le marché fermera les yeux
Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que retirer un produit, c’est coûteux. Rappeler des stocks, c’est perdre de l’argent. Et puis, au fond, qui va vérifier ? Les associations ? Elles manquent de moyens. Les consommateurs ? Ils ne savent pas toujours où regarder. La DGCCRF ? Elle a d’autres dossiers plus urgents.
Prenez l’exemple de Nutri&Co, une marque bio distribuée en France et en Belgique. En 2022, un de leurs produits végétaliens contenait des « arômes naturels » d’origine animale non déclarés. Résultat ? Un rappel ciblé, mais pas de sanction. Pas de nommé, pas de honte. Juste un mail envoyé aux clients « concernés ».
Et ce n’est pas un cas isolé. En 2021, une étude de l’UFC-Que Choisir avait révélé que 1 produit alimentaire sur 10 en France présentait des anomalies d’étiquetage. Parmi eux, des « faux végétaliens », des « sans lactose » contaminés, des « halal » douteux. Pourtant, les sanctions restent rares. Pourquoi ? Parce que la machine broie tout.
Les fabricants savent une chose : si vous ne dénoncez pas, personne ne le fera à votre place.
Ce qui se joue derrière les étiquettes
Derrière ce paquet de collation, il y a un système.
D’un côté, des consommateurs de plus en plus méfiants, qui scannent chaque étiquette avec leur téléphone. De l’autre, des industriels qui misent sur l’effet « tendance » sans toujours respecter les règles. Et au milieu ? Un vide juridique.
Prenez la question des « arômes ». La réglementation européenne autorise les « arômes naturels » d’origine animale (comme la gélatine, la caséine, ou les protéines de lactosérum) sans les déclarer explicitement si leur proportion est « négligeable ». « Négligeable », ça veut dire quoi ? 0,1 % ? 0,01 % ? Ça dépend de qui vous demandez.
Et puis, il y a la pression des coûts. Remplacer un ingrédient animal par une alternative végétale, ça coûte cher. Alors on triche. On utilise des « émulsifiants » ou des « stabilisants » d’origine animale, on les cache sous des noms compliqués (« lécithine de soja » sonne bien, mais la lécithine de soja pure n’existe presque plus, elle est souvent mélangée à des dérivés de lait ou d’œuf).
Le pire ? Les contrôles ne ciblent pas les produits végétaliens en priorité. La DGCCRF a retiré 12 000 produits en 2023, mais combien étaient végan ? Personne ne le sait. Parce que ce n’est pas une priorité.
Pourquoi ça va empirer
Le marché du végétalien, lui, ne va pas ralentir. Au contraire. Selon Nielsen, 33 % des Français ont réduit leur consommation de viande en 2023. Les supermarchés en profitent : les rayons « flexitariens » et « vegan » se multiplient. Mais avec cette croissance, les risques aussi.
Parce que quand la demande explose, les marges se resserrent. Et quand les marges se resserrent, les coins sont coupés. Les petits fabricants, ceux qui misent sur l’éthique, sont submergés par les géants qui veulent « végétaliser » leurs gammes sans changer leurs recettes. Résultat ? Des produits « presque » végétaliens, des étiquettes floues, et des consommateurs en colère.
Ce que vous pouvez faire, vous
Vous voulez éviter de tomber sur un faux végétalien ?
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Lisez les étiquettes comme si votre vie en dépendait. Parce que c’est le cas, pour votre santé et pour vos convictions. « Végétalien » ne veut rien dire si c’est écrit en petit. Cherchez les mentions « sans traces d’allergènes » ou « certifié par une association » (comme la Vegan Society ou EuroVegan).
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Évitez les marques qui trichent. Si une entreprise a déjà eu un problème d’étiquetage, fuyez. Les scandales se répètent. Nutri&Co, Lesieur, Kellogg’s (avec ses céréales « vegan » contenant des « arômes naturels » non déclarés) : ces noms devraient vous mettre la puce à l’oreille.
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Signalez. Si vous tombez sur un produit douteux, prévenez l’UFC-Que Choisir, la DGCCRF, ou les associations comme L214. Plus vous serez nombreux à le faire, plus ils seront obligés de réagir.
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Achetez local et transparent. Les petites marques, les AMAP, les épiceries bio qui détaillent leurs ingrédients : là, au moins, vous savez ce que vous mangez.
La vraie question
Ce n’est pas « Pourquoi ce produit contient-il un ingrédient non végétalien ? » (la réponse, vous la connaissez : « Parce que c’est moins cher. Parce que c’est plus simple. Parce que personne ne vérifie. »).
Non. La vraie question, c’est : « Combien d’autres produits sont comme ça ? »
Parce que si un seul paquet a pu passer à travers les mailles du filet, c’est que le système est pourri. Et que le prochain pourrait être le vôtre.
Pas demain. Aujourd’hui. Dès que vous ouvrirez votre prochain sachet de chips « vegan » ou votre barrette de céréales « bio ».
Alors oui, retirez ce produit des rayons. Mais surtout, retirez votre confiance à ceux qui la jouent fine avec les étiquettes.