Depuis janvier, les écoles bordelaises alertent sur la cinquième maladie

Bénin mais contagieux, le mégalérythème épidémique refait surface dans les écoles. Pourtant, les parents paniquent encore. Pourquoi cette méconnaissance persiste-t-elle ?

Publié le 23 septembre 2026 à 20:24
Depuis janvier, les écoles bordelaises alertent sur la cinquième maladie

Un mail circule dans les boîtes des parents d’élèves. Objet : « Alertes sanitaires, Cas confirmés de mégalérythème épidémique ». À Bordeaux, plusieurs établissements ont envoyé ce message en janvier. Pas de quoi s’affoler, selon les pédiatres. Juste une maladie d’enfant, sans gravité, qu’on appelle aussi la « cinquième maladie » ou « syndrome des joues giflées ». Pourtant, les réactions sont les mêmes chaque fois : « Mon enfant a de la fièvre ? On court chez le médecin. » « Il a des rougeurs ? On lui donne des antihistaminiques par précaution. » Bref, on panique. Alors que cette infection virale, causée par le parvovirus B19, disparaît toute seule en une à deux semaines. Le vrai problème, ce n’est pas la maladie. C’est l’angoisse qu’elle déclenche, et la désinformation qui l’alimente.

Pourquoi les parents ont encore peur d’un virus inoffensif

Les écoles bordelaises ne sont pas les premières à lancer des alertes. Chaque année, entre 50 000 et 100 000 cas sont déclarés en France, selon Santé publique France. Pourtant, personne n’en parle. Pas dans les médias, pas dans les consultations pédiatriques, sauf quand un enfant revient avec des joues rouges comme après une claque. « C’est une maladie d’hiver, mais on la voit aussi au printemps, explique le Dr. Sophie Martin, pédiatre à Bordeaux. Les parents la confondent souvent avec une allergie ou une réaction vaccinale. »

Le symptôme le plus visible ? Une éruption rouge sur les joues, d’où son surnom. Mais avant ça, l’enfant peut avoir un peu de fièvre, des maux de tête, et une fatigue passagère. Pas de quoi justifier une nuit blanche. Pourtant, les forums en ligne regorgent de messages du style « Mon enfant a ça, que faire ? » avec des réponses du genre « Moi, je lui ai donné du Doliprane et ça a passé ». Problème : le Doliprane ne sert à rien. La maladie se soigne… toute seule. Le seul vrai risque ? Pour les femmes enceintes non immunisées, car le parvovirus peut, dans de très rares cas, affecter le fœtus. Mais là encore, les médecins insistent : « Surveillez les symptômes, mais ne vous précipitez pas aux urgences pour une éruption cutanée. »

Pourquoi les écoles alertent-elles encore en 2024 ?

Si la cinquième maladie est connue depuis des siècles, pourquoi les établissements scolaires envoient-ils toujours des mails d’alerte ? Parce que les parents ne savent pas que c’est bénin. « On préfère prévenir que guérir, même si tout le monde sait que c’est sans danger, confie une directrice d’école de Mérignac. Mais un mail rassurant, ça passe moins bien qu’une alerte. »

Le paradoxe ? Les pédiatres eux-mêmes ne prennent pas toujours le temps d’expliquer. « On voit un enfant avec des joues rouges, on lui dit : ‘C’est la cinquième maladie, ça va passer’, et on passe à autre chose, raconte le Dr. Martin. On n’a pas l’habitude de faire des discours rassurants. » Résultat : les parents, livrés à eux-mêmes, cherchent des réponses sur Internet. Et Internet, comme d’habitude, amplifie la peur.

Ce que les médecins ne disent pas assez

  1. Ça ne se traite pas. Pas d’antibiotiques, pas d’antiviraux, pas de crèmes miracles. Juste du repos et de l’eau.
  2. Ça ne laisse pas de séquelles. Même les rougeurs disparaissent en quelques jours.
  3. Votre enfant ne sera pas exclu de l’école. Le parvovirus B19 se transmet par les gouttelettes, mais une fois qu’un enfant est contaminé, il est déjà contagieux avant même d’avoir des symptômes. Autant dire que si votre enfant l’a, c’est déjà trop tard pour l’éviter.

Le seul vrai conseil ? Lavez-vous les mains. Parce que, oui, c’est une maladie contagieuse. Mais pas grave. Le vrai danger, c’est la surmédicalisation.

Pourquoi cette méconnaissance persiste ?

Parce que les maladies d’enfants, on en parle peu. La varicelle, oui, parce qu’elle laisse des traces. La rougeole, oui, parce qu’elle est grave. Mais la cinquième maladie ? Elle n’intéresse personne. Pourtant, elle touche autant d’enfants que les autres. « On a l’impression que les maladies bénignes n’ont pas leur place dans les discussions sanitaires, regrette le Dr. Martin. Comme si seul ce qui fait peur méritait qu’on en parle. »

Et puis, il y a l’effet « je-suis-pas-un-con ». « Mon enfant a des rougeurs ? Je vais chez le médecin, parce que si je me trompe, on va me dire que je n’ai pas fait assez. » Sauf que le médecin, lui, sait très bien que c’est la cinquième maladie. Il vous le dira peut-être. Peut-être pas. Parce que prendre cinq minutes pour rassurer, c’est du temps en moins pour soigner les vraies urgences.

Ce que les parents devraient retenir

  • Vos enfants ne sont pas en danger. Même si les joues sont rouges, même si l’enfant se plaint un peu, ça va passer.
  • Ne donnez pas de médicaments inutiles. Le paracétamol, c’est pour la fièvre. Pas pour une éruption virale.
  • Ne paniquez pas si votre enfant est exclu de la crèche ou de l’école. La cinquième maladie ne justifie pas une quarantaine. Elle justifie… rien.
  • Si vous êtes enceinte et que vous tombez sur un enfant contaminé, consultez. Mais sans précipitation. Le risque est faible, et la plupart des femmes sont déjà immunisées.

Le vrai problème, ce n’est pas le parvovirus. C’est l’habitude qu’on a prise de tout médicaliser, de tout craindre, et de ne plus faire confiance aux médecins quand ils disent « ça va passer ».

Et si on arrêtait de faire des montagnes avec des mouches ?

La cinquième maladie, c’est comme la varicelle ou la gastro : ça fait partie de l’enfance. Pas besoin d’en faire un drame. Pas besoin de spammer les parents d’alertes inutiles. Ce qu’il faudrait, c’est une campagne d’information claire, sans alarmisme. « Votre enfant a des joues rouges ? C’est la cinquième maladie. Laissez-le se reposer. » Point.

Mais bon. À quand la prochaine alerte scolaire pour une maladie sans gravité ? Probablement dès que les premiers cas de gastro de l’année seront déclarés. Parce que, visiblement, on préfère prévenir que guérir. Même quand prévenir ne sert à rien.

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R Galaxie Rédaction

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