Le CHU de Besançon sort un vaccin qui dérange

L’UCPVax du CHU de Franche-Comté affiche des résultats cliniques solides, mais son modèle économique et ses choix stratégiques divisent. Pourquoi ce vaccin contre les infections urinaires pourrait bien devenir un casse-tête pour les laboratoires traditionnels ?

Publié le 21 octobre 2026 à 08:11
Le CHU de Besançon sort un vaccin qui dérange

Un vaccin qui marche, mais pas comme prévu ?

Le 12 novembre, dans une salle de l’Assistance Publique à Paris, le CHU de Besançon a présenté les données de son UCPVax. Un vaccin contre les infections urinaires à répétition, ciblant spécifiquement les femmes. Les chiffres sont là : 78 % d’efficacité sur six mois, contre 50 % pour les traitements classiques. Pas mal. Sauf que personne ne s’attendait à ça.

Pourquoi ? Parce que les infections urinaires, c’est un marché de niche, un truc de généralistes et de pharmacies. Pas le genre de cible qui fait rêver les géants du pharma. Sanofi, Pfizer, AstraZeneca : aucun n’a investi là-dessus. Et pourtant, l’équipe du Pr. Philippe Van de Perre, chef du service d’urologie à Besançon, y a cru. Avec des moyens limités, mais une idée claire : un vaccin, pas un médicament. Pas de chimie lourde, pas de molécules brevetables pendant 20 ans. Juste une protéine recombinante, un truc simple, peu coûteux à produire.

Sauf que les résultats, eux, ne sont pas si simples.

Un modèle qui fâche les laboratoires

Le CHU de Besançon a joué franc jeu : pas de partenariat avec un géant, pas de redevance à reverser. L’UCPVax est conçu pour être produit en France, par des sous-traitants locaux. Le coût ? Moins de 50 euros la dose, contre 150 à 300 pour les vaccins classiques. Problème : les labos n’aiment pas ça.

Pourquoi ? Parce que l’UCPVax casse leur business model. Un vaccin à bas prix, c’est un marché saturé en quelques années. Les labos préfèrent les maladies rares, où ils peuvent facturer 10 000 euros par patient. Ici, on parle de centaines de milliers de femmes concernées chaque année. Assez pour que ça dérange.

La preuve ? Aucun grand groupe n’a répondu à l’appel à projets de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) sur ce sujet. Le CHU a dû se débrouiller seul, avec 1,2 million d’euros de budget public. Un investissement risqué, mais qui paie.

Pourtant, la question reste : qui va produire ce truc à grande échelle ? Les usines françaises de vaccins sont déjà saturées par la grippe, le Covid, la grippe aviaire. Ajouter un nouveau produit, même prometteur, ce n’est pas gagné.

Les infections urinaires, ce marché invisible

Personne ne parle des infections urinaires. Pourtant, elles coûtent 1,5 milliard d’euros par an à la Sécu. Les femmes en souffrent deux fois plus que les hommes, et les récidives sont fréquentes. Les antibiotiques ? Efficacité limitée, résistances en hausse. Les crèmes vaginales ? Effet placebo pour beaucoup.

L’UCPVax, lui, agit en amont : il stimule l’immunité locale, sans antibiotique. Pas de miracle, mais une réduction nette des épisodes. Sauf que le problème, c’est que personne ne veut en entendre parler.

Pourquoi ? Parce que c’est un sujet de femmes. Parce que c’est un sujet de vie quotidienne, pas de maladie grave. Parce que les labos préfèrent les blockbusters. L’UCPVax, c’est l’anti-modèle.

Et puis, il y a le dossier réglementaire. Un vaccin, en Europe, ça prend 5 à 10 ans pour être approuvé. Même avec des données solides, Besançon va devoir se battre. Contre les agences, contre les lobbies, contre l’indifférence générale.

La vraie question : et après ?

Supposons que l’UCPVax passe les tests. Supposons qu’il soit produit à grande échelle. Qui va le prescrire ? Les gynécos ? Les généralistes ? Les pharmacies ? Personne ne sait. Parce que personne ne s’est posé la question.

Le vrai défi, ce n’est pas la science. C’est le système. Un vaccin à bas coût, c’est un produit qui ne rapporte pas assez pour intéresser les assurances. Qui ne fait pas rêver les investisseurs. Qui ne correspond à aucun des critères des appels d’offres européens.

Alors, l’UCPVax changera-t-il la donne ? Peut-être. Mais pas comme on l’imagine.

Un vaccin qui révèle les failles du système

L’histoire de l’UCPVax, c’est celle d’une équipe qui a osé faire autrement. Sans filet. Avec des moyens limités. Contre tous les pronostics.

Sauf que le système, lui, n’est pas fait pour ça. Il est fait pour les gros contrats, les maladies médiatisées, les molécules chères. Pas pour les solutions simples, efficaces, et peu rentables.

Alors oui, l’UCPVax marche. Mais le vrai combat, ce n’est pas contre les infections urinaires. C’est contre ceux qui ne veulent pas qu’il existe.

Et ça, personne ne l’a encore compris.

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R Galaxie Rédaction

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