Le Centre de lecture de Mao était bondé, ce samedi 12 septembre. Pas pour une fête, pas pour une cérémonie politique, mais pour une séance de sensibilisation sur le choléra et le paludisme. Un sujet qui devrait mobiliser. Pourtant, l’assistance était clairsemée. À peine 150 personnes sur les 300 places disponibles. Et ça, ça dit tout.
Pas de discours larmoyant. Pas de chiffres sortis de nulle part. Juste un constat : 30 % des cas de choléra dans le Kanem ne sont pas déclarés, selon les données de l’OMS pour la région en 2025. Le paludisme, lui, tue encore 12 enfants de moins de 5 ans chaque semaine dans la préfecture. Les chiffres ? Ils existent. Mais ils ne suffisent pas à faire bouger les lignes.
Pourquoi les gens ne viennent pas ?
Parce que la maladie est invisible. Parce que les symptômes du choléra, diarrhées, vomissements, sont confondus avec une simple gastro. Parce que le paludisme, lui, frappe sans crier gare, et que beaucoup croient encore aux remèdes traditionnels. La Commune de Mao et les Plateformes de Jeunes ont organisé cette session. L’AJED-K et la délégation sanitaire étaient là aussi. Mais sans pression, sans sanctions, sans conséquences réelles, les messages de prévention glissent.
Un jeune homme, assis au fond de la salle, a levé la main : « Moi, je bois l’eau du puits comme tout le monde. Si je tombe malade, je prendrai du paracétamol. C’est tout. » Personne n’a osé lui répondre. Pourtant, c’est ça, le problème. La sensibilisation, c’est bien. Mais sans suivi, sans contrôle, sans moyens concrets, ça ne sert à rien.
Les associations font ce qu’elles peuvent
Les Plateformes de Jeunes et de Femmes du Kanem ne sont pas des ONG riches. Elles n’ont pas de budget pour des campagnes médiatisées, pas de réseaux pour forcer les gens à écouter. Elles dépendent des subventions locales, des dons, et de la bonne volonté des autorités. Or, la Commune de Mao, malgré ses efforts, peine à financer des campagnes de désinfection des points d’eau. Résultat : les puits contaminés restent ouverts, et les moustiques prolifèrent.
Un exemple ? Le puits de Dorodji, à 10 km de Mao. Il est fermé depuis deux ans, mais les habitants continuent d’y puiser. Pourquoi ? Parce que c’est plus proche que le puits « officiel » à 5 km. Parce que personne ne vient vérifier. Parce que la peur du choléra ne pèse pas plus lourd que l’habitude.
Le paludisme, cette vieille connaissance qui tue encore
Le choléra fait peur. Le paludisme, lui, est banalisé. « C’est une maladie de saison, on s’y fait. » Faux. En 2025, le paludisme a tué 1 200 personnes dans le Kanem, selon le dernier rapport de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). 1 200 morts évitables.
Pourtant, les moustiquaires ? Peu distribuées. Les sprays anti-moustiques ? Trop chers pour la plupart. La délégation sanitaire du Kanem a un stock de 5 000 moustiquaires en réserve. Elles sont là, somewhere. Mais elles ne sont pas livrées.
Un médecin de la délégation, qui a préféré rester anonyme, a lâché, amer : « On nous donne des objectifs. On nous donne des moyens en papier. Mais sur le terrain ? On se débrouille. »
Ce qui ne marche pas, et ce qui pourrait fonctionner
Les séances de sensibilisation ? Utile, mais insuffisant. Les amendes pour non-respect des règles d’hygiène ? Inexistantes. Les campagnes de vaccination contre le choléra ? Organisées une fois par an, quand la saison des pluies commence. Trop tard.
Ce qui marcherait ?
- Des sanctions claires : Fermeture immédiate des puits contaminés, amendes pour les commerçants qui vendent de l’eau non potable.
- Un suivi réel : Des agents de santé dans chaque village, pas juste à Mao. Pas des visites ponctuelles, mais une présence permanente.
- Des solutions concrètes : Des forages propres à moins de 500 mètres de chaque village. Des moustiquaires gratuites, distribuées maison par maison, avec un suivi pour s’assurer qu’elles sont utilisées.
Mais qui va payer ? Les subventions internationales ? Elles arrivent par vagues, jamais assez. Le gouvernement ? Il a d’autres priorités. Les associations locales ? Elles sont à bout de ressources.
Le vrai problème : personne ne veut assumer
Le choléra et le paludisme ne tuent pas seulement par négligence. Ils tuent parce que personne ne veut prendre la responsabilité de les éradiquer.
- La Commune de Mao dit manquer de moyens.
- L’État promet des aides qui ne viennent jamais.
- Les associations font ce qu’elles peuvent, mais sans soutien, elles s’épuisent.
Résultat ? À Mao, ce samedi, les gens sont venus écouter. Certains ont pris des flyers. Peu ont changé leurs habitudes.
La prochaine saison des pluies approche. Et avec elle, les diarrhées, les fièvres, les morts.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : si rien ne change, les chiffres de 2025 seront dépassés en 2026.