La Chine double ses parcs solaires, ses centrales Ă  charbon aussi

Pékin mise sur le solaire et l’éolien, mais construit toujours plus de centrales à charbon. Résultat : un bilan énergétique qui divise les experts. Voici pourquoi cette stratégie cache un problème bien plus profond.

Publié le 17 octobre 2026 à 14:10
La Chine double ses parcs solaires, ses centrales Ă  charbon aussi

Le 12 mars 2024, la Chine annonçait un record : 12,4 gigawatts de nouvelles capacités solaires installés en un seul mois. Un chiffre qui donne le vertige. Pourtant, le même jour, dans le désert de Gobi, une nouvelle centrale à charbon sortait de terre. 2,5 GW de puissance supplémentaire, financés par la Banque mondiale jusqu’en 2023. Deux faces d’une même pièce ? Pas tout à fait. La Chine joue un double jeu énergétique, et ça ne trompe personne : elle veut la transition verte, mais sans lâcher son addiction au charbon. Pourquoi ? Parce que l’économie chinoise ne peut pas se permettre un effondrement brutal. Et que Pékin a une vision à long terme : dominer les deux marchés, celui des énergies propres et celui des énergies sales. Le tout en gardant la main sur ses usines, ses mines et ses travailleurs. Pas de morale, pas de transition douce. Juste une stratégie brutale : être le premier sur tous les fronts, même si ça signifie brûler du charbon aujourd’hui pour vendre des panneaux solaires demain à l’Europe et aux États-Unis. Le paradoxe ? Il est assumé. Et il marche, pour l’instant. Mais à quel prix ?**

Le solaire explose, mais pas assez vite pour le charbon

En 2023, la Chine a installé 350 GW de capacités solaires et éoliennes, soit plus que le reste du monde réuni. Un exploit. Pourtant, ce même pays a aussi mis en service 100 GW de nouvelles centrales à charbon sur la même période. Comment expliquer cette contradiction ? Parce que le charbon, c’est le carburant de l’industrie chinoise. Sans lui, pas de sidérurgie, pas d’acier, pas de ciment. Et sans tout ça, pas de gratte-ciel, pas de routes, pas de croissance. Pékin a fixé un objectif : atteindre 2 400 GW de renouvelables d’ici 2030. Un chiffre colossal. Mais en parallèle, le pays compte toujours sur le charbon pour 55 % de son mix énergétique. Résultat : les émissions de CO₂ ont rebondi de 4 % en 2023, après trois années de baisse. La Chine pollue plus que les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde réunis. Et personne ne semble vraiment s’en soucier à Pékin. Pourquoi ? Parce que la transition énergétique chinoise n’est pas un choix écologique. C’est une question de souveraineté. Le pays veut contrôler sa propre énergie, sans dépendre du gaz russe ni du pétrole moyen-oriental. Le solaire et l’éolien, c’est bien. Mais le charbon, c’est l’assurance-vie de l’industrie chinoise. Et tant pis si ça fait grincer des dents à Glasgow ou à Bruxelles.

Un détail souvent oublié : la Chine est aussi le premier exportateur de panneaux solaires. Elle vend ses modules à l’Europe, aux États-Unis, à l’Afrique. Mais pour produire ces panneaux, il faut de l’électricité. Et cette électricité, elle vient encore trop souvent du charbon. C’est le paradoxe chinois : le pays qui pollue le plus vend aussi les outils pour réduire les émissions ailleurs. Une hypocrisie ? Pas vraiment. Une stratégie ? Absolument. Pékin mise sur deux tableaux : devenir le leader des énergies propres tout en gardant le contrôle sur les énergies fossiles. Et ça marche. Les marchés financiers adorent. Les actionnaires des mines de charbon chinois non plus.

Les marchés ferment les yeux, les régulateurs aussi

Si vous regardez les cours de la bourse de Shanghai, vous ne verrez pas de panique. Les actions des géants du charbon comme Shenhua Energy ou China Energy Investment sont stables, voire en hausse. Pourquoi ? Parce que les investisseurs savent une chose : la Chine ne lâchera pas le charbon avant 2040, voire 2050. Même avec ses promesses de neutralité carbone. Et les régulateurs occidentaux ? Ils ferment les yeux. L’Union européenne achète massivement des panneaux solaires chinois, malgré les subventions massives accordées par Pékin à son industrie verte. Résultat : l’Europe dépend à 80 % de la Chine pour ses panneaux solaires. Une dépendance dangereuse. Parce que si demain la Chine décide de taxer ses exportations de renouvelables, l’Europe sera dans la merde. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les politiques européens préfèrent fermer les yeux sur le charbon chinois plutôt que de voir leurs industries locales s’effondrer. C’est le dilemme occidental : soit on accepte la pollution chinoise, soit on perd nos emplois. Les dirigeants européens ont choisi la première option. Les citoyens aussi, indirectement, en achetant des voitures électriques fabriquées avec de l’électricité issue du charbon.

Un exemple concret : la centrale de Ningxia, dans le nord-ouest de la Chine, a ajouté 10 GW de charbon en 2023. Pourtant, la région est aussi un géant du solaire. Coïncidence ? Non. Pékin stimule les deux filières en parallèle. Parce que le charbon, c’est du cash rapide. Et le solaire, c’est l’avenir. Mais l’avenir, ça prend du temps. Trop de temps pour un pays qui veut dépasser les États-Unis d’ici 2035.

Le vrai problème : la Chine ne veut pas jouer selon les règles

La Chine a ses propres règles. Et elles ne ressemblent à celles d’aucun autre pays. Pas de taxe carbone interne forte. Pas de fermeture brutale des centrales à charbon. Pas de dépendance aux énergies fossiles étrangères. Juste une transition à la chinoise : rapide pour les renouvelables, lente pour le charbon, mais surtout contrôlée par l’État. Le résultat ? Un système où l’écologie et l’industrie se mélangent sans se contrarier. Pas de débat public. Pas de manifestations. Juste des chiffres qui montent : plus de solaire, plus de charbon, plus d’exportations.

Le vrai danger, c’est que ce modèle commence à séduire d’autres pays. L’Inde, par exemple, suit le même chemin : construction massive de centrales à charbon tout en développant ses renouvelables. L’Afrique aussi, avec des projets comme la centrale à charbon de Kenyatta au Kenya, financée par la Chine. Le message est clair : si vous voulez de l’industrie, il faut du charbon. Et si vous voulez du charbon, il faut fermer les yeux sur la pollution.

Mais il y a un hic : la Chine elle-même commence à sentir les limites de son modèle. Les pics de pollution à Pékin et Shanghai sont de retour. Les pénuries d’eau menacent ses centrales thermiques. Et les coûts du solaire et de l’éolien deviennent de plus en plus compétitifs face au charbon. Pourtant, Pékin ne recule pas. Pourquoi ? Parce que changer de stratégie, c’est admettre une faiblesse. Et la Chine ne fait jamais ça. Elle ajuste, elle triche, elle attend. Mais elle ne lâche rien.

Ce que ça signifie pour le reste du monde

Pour l’Europe, c’est simple : vous êtes coincés. Vous voulez la transition verte ? Il faut importer des panneaux chinois. Vous voulez garder vos emplois industriels ? Il faut importer du charbon… ou fermer vos usines. Pas le choix. Pour les États-Unis, c’est un peu la même histoire : la Chine domine le marché des terres rares, essentielles pour les batteries et les éoliennes. Sans elle, pas de transition. Résultat : Washington ferme les yeux sur les subventions chinoises, comme sur les droits de l’homme. Parce que l’énergie, c’est plus important. Pour les pays émergents, c’est pire : la Chine leur propose un modèle tout prêt : charbon + renouvelables. Pas de débat, pas de transition douce. Juste du concret. Et ça marche. L’Inde, l’Indonésie, le Vietnam… tous copient Pékin. Parce que c’est le seul modèle qui marche à grande vitesse.

Le vrai problème, c’est que personne ne sait comment sortir de ce piège. Les Occidentaux veulent la transition, mais sans le charbon chinois. Les Chinois veulent la transition, mais sans lâcher le charbon. Et les pays pauvres veulent l’industrie, mais sans pollution. Qui va payer le prix ? Les citoyens, bien sûr.

La dernière ironie : alors que l’Europe et les États-Unis se déchirent sur les normes environnementales, la Chine écrase tout le monde sur son propre terrain. Elle vend du solaire, elle construit du charbon, elle pollue, elle exporte ses technologies… et personne ne peut rien y faire. Parce que le monde a besoin d’elle. Même si elle ne joue pas selon les règles.

Alors, que faire ?

Rien. Pour l’instant. Parce que la Chine a 10 ans d’avance. Et que personne n’a trouvé comment la rattraper. Pas sur le charbon. Pas sur le solaire. Pas sur les batteries. Elle est partout. Et elle ne compte pas s’arrêter.

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R Galaxie Rédaction

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