Le Nicaragua en surchauffe, les vaccins en panne sèche
Le gouvernement nicaraguayen a publié ses derniers chiffres sans tambour ni trompette. 3109 cas de chikungunya en 2026. Soit près de trois fois plus qu’en 2025, selon les données de l’Institut National de Santé du Nicaragua (INS). Mais le vrai chiffre qui claque, c’est celui-là : 68 % de ces cas en six semaines seulement. Six semaines. Pas six mois. Pas une année. Six semaines pour que près des deux tiers de l’épidémie éclate comme un feu de paille. Et personne ne semble s’en émeouvoir. Pourtant, en 2024, le Brésil a connu une flambée similaire, avec des hôpitaux saturés et des morts évitables. Ici, on parle encore de « gestion maîtrisée ».
Pourtant, le chikungunya, c’est comme la dengue : ça ne s’éteint pas tout seul. Une fois que le virus Aedes aegypti, ce moustique vorace, s’installe, il reste. Et il frappe. En 2023, l’OMS estimait que 4 millions de personnes étaient infectées chaque année dans les Amériques. Quatre millions. Pas des milliers. Des millions. Et cette année, avec le Nicaragua en tête de liste, on peut parier que le compteur va tourner à fond.
Mais le vrai problème, c’est l’absence de vaccin accessible. Oui, il y a des essais cliniques. Oui, des laboratoires comme Valneva (basé en France) travaillent dessus. Mais entre un vaccin en phase 3 et un vaccin sur le marché, il y a un monde. Un monde que le Nicaragua n’a pas le temps d’attendre. En 2026, on est toujours en train de tester. Toujours en train de promettre. Toujours en train de dire : « Dans deux ans, peut-être. » Sauf que dans deux ans, le virus aura déjà changé de forme. Comme il le fait toujours.
Et les recommandations de l’OMS ? Elles existent, bien sûr. Voyageurs : évitez les zones à risque. Utilisez des répulsifs. Portez des vêtements longs. Mais pour les populations locales ? Pour les gens qui n’ont pas les moyens de fuir ou de s’isoler ? La réponse, c’est : « On fait avec. » Comme si c’était une fatalité.
Pourquoi le Nicaragua devient-il l’épicentre ?
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. D’abord, le climat. Les températures plus élevées et les pluies irrégulières, un classique du réchauffement, favorisent la prolifération des moustiques. Ensuite, l’urbanisation sauvage. Managua, la capitale, s’étend sans planification, avec des bidonvilles où l’eau stagnante pullule. Et puis, il y a l’affaiblissement des systèmes de santé. Depuis 2022, le Nicaragua a fermé des cliniques, limogé des médecins, et réduit les budgets de prévention. Résultat : moins de dépistage, moins de sensibilisation, moins de réactivité.
Mais il y a un détail qui saute aux yeux : personne ne parle des vaccins expérimentaux. Pourtant, en 2025, le vaccin de Valneva a montré une efficacité de 89 % dans les essais. Alors pourquoi ne pas l’utiliser en urgence ? Parce que les procédures sont longues. Parce que les pays pauvres n’intéressent pas les laboratoires. Parce que l’argent suit toujours les priorités géopolitiques.
Prenez le cas de la fièvre jaune : un vaccin existe depuis des décennies. Pourtant, en Afrique, des millions de personnes restent non vaccinées par manque de moyens. Le chikungunya, c’est la même histoire. Sauf que là, le virus se propage plus vite. Et que les conséquences sont plus douloureuses : articulations qui gonflent, fièvre qui persiste des semaines, parfois des années. Pas mortel, souvent. Mais dévastateur pour la qualité de vie.
La France, spectatrice ou complice ?
Sur mesvaccins.net, le site officiel du gouvernement français, on trouve des pages entières sur les vaccins, les maladies infectieuses, les calendriers. Mais rien sur le chikungunya. Rien sur les risques pour les voyageurs. Rien sur les zones à éviter. Juste un paragraphe sec : « Pas de vaccin disponible en France. » Comme si c’était une réponse suffisante.
Pourtant, la France a des intérêts directs dans cette crise. D’abord, ses ressortissants. Chaque année, des milliers de Français visitent le Nicaragua, souvent pour des séjours prolongés ou des missions humanitaires. Ensuite, ses laboratoires. Valneva, basé à Saint-Ismier près de Grenoble, est en première ligne sur le vaccin. Alors pourquoi ne pas pousser pour une autorisation d’urgence ? Pourquoi ne pas financer une campagne de vaccination ciblée ?
La réponse est simple : ça ne rapporte rien. Un vaccin contre le chikungunya, ce n’est pas un vaccin contre le Covid. Pas de marché massif. Pas de pression médiatique. Juste une maladie qui frappe les pauvres, loin des caméras. Alors on attend. On regarde. Et on laisse le Nicaragua gérer seul.
Ce que personne ne dit sur les épidémies « contrôlables »
Les autorités nicaraguayennes parlent de « gestion maîtrisée ». Les médias internationaux passent à autre chose. Mais qu’est-ce que ça veut dire, « maîtrisé » ?
Ça veut dire que les hôpitaux ne sont pas saturés. Pour l’instant. Ça veut dire que les morts ne sont pas médiatisées. Pour l’instant. Ça veut dire que les touristes ne se plaignent pas. Pour l’instant.
En 2015, le Chili a connu une épidémie de dengue. Résultat : 500 000 cas. En 2023, le Venezuela a explosé avec le chikungunya. Plus d’un million de cas. Aujourd’hui, le Nicaragua est en train de suivre la même courbe. Sauf que cette fois, le monde regarde ailleurs.
Pourquoi ? Parce que le Nicaragua n’est pas un pays riche. Parce que ses habitants ne crient pas sur les réseaux sociaux. Parce que les épidémies, ça n’intéresse que quand ça touche les Blancs.
Alors, que faire ?
- Exiger des laboratoires qu’ils accélèrent. Pas de « dans deux ans ». Pas de « on y travaille ». Maintenant.
- Financer des campagnes de prévention sur place. Pas des flyers en français pour les touristes, mais des équipes locales, des moustiquaires, des pulvérisations.
- Arrêter de parler de « gestion maîtrisée » quand les chiffres explosent. Si 68 % des cas arrivent en six semaines, ce n’est pas maîtrisé. C’est une catastrophe en marche.
Le Nicaragua n’est pas un cas isolé. La dengue, le zika, le chikungunya : ces maladies reviennent toujours. Et chaque fois, on fait semblant de ne pas voir. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Le vrai problème n’est pas le virus. C’est nous.
On préfère attendre. Attendre que les vaccins arrivent. Attendre que les gens tombent malades. Attendre que les médias s’enflamment. Mais le chikungunya, lui, il n’attend pas.
En 2026, le Nicaragua a déjà son épidémie. En 2027, ce sera peut-être le Honduras. Ou le Costa Rica. Ou la République dominicaine. Et en 2028, ce sera la France. Parce que les moustiques, avec le réchauffement, ne connaissent pas les frontières.
Alors soit on agit maintenant. Soit on paiera plus cher plus tard.
Le choix est simple. Mais personne ne semble prêt à le faire.