La France hexagonale ignore l'alerte des moustiques

En septembre 2023, les cas de chikungunya, dengue et Zika explosent dans l'hexagone. Pourtant, les vaccins manquent, les recommandations sont floues, et les autorités tergiversent. Voici ce que vous devez savoir avant que l'hiver ne passe.

Publié le 28 septembre 2026 à 14:16
La France hexagonale ignore l'alerte des moustiques

Les chiffres qui clignotent en rouge

En Guyane, l’épidémie de chikungunya bat des records. 1 200 cas confirmés depuis le début de l’année, contre 600 sur toute l’année 2022 (source : ARS Guyane, août 2023). En Martinique, la dengue a fait 3 morts depuis juin. Et en métropole ? Les données sont lisses, presque rassurantes. Pourtant, en 2019, 12 cas de dengue autochtone avaient été détectés dans le Var. Personne n’en a parlé. Personne n’a tiré la sonnette d’alarme. Résultat : aujourd’hui, les laboratoires sont saturés, les médecins généralistes ignorent souvent les symptômes, et les vaccins ? Il n’y en a pas. Enfin, presque.

Pour la dengue, un vaccin existe, mais il est réservé aux adultes de 18 à 60 ans, avec un historique d’infection prouvé. Autrement dit, si vous n’avez jamais eu la dengue, vous êtes bon. Pour le chikungunya, rien. Pour Zika, encore moins. Le seul vaccin en développement, l’Oxford Zika vaccine, est encore en phase de tests cliniques. On en est où ? À attendre. Comme d’habitude.

Et puis il y a le problème des stocks. En 2021, la France a commandé 500 000 doses du vaccin contre la dengue (Qdenga, de Valneva). Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Personne ne sait. Le ministère de la Santé refuse de communiquer. Pourtant, en 2022, l’Agence européenne du médicament (EMA) a restreint son usage après des effets secondaires graves chez certains patients. Traduction : on a un vaccin qui marche, mais qui peut faire plus de mal que de bien. Alors on attend. On tergiverse. On laisse les moustiques faire leur travail.

Le vrai problème ? Les médecins.

Un généraliste en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) m’a raconté : « Un patient arrive avec une fièvre à 40°, des douleurs articulaires atroces, et me dit : ‘Docteur, je viens de la Réunion.’ Je pense tout de suite dengue ou chikungunya. Sauf que si le patient est né en métropole, je n’y pense même pas. » Pourquoi ? Parce que les recommandations officielles sont floues. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) préconise des mesures de prévention (moustiquaires, répulsifs, élimination des eaux stagnantes), mais pas de dépistage systématique. Résultat : les cas sont sous-diagnostiqués, les chaînes de transmission se forment, et personne ne bronche.

Pire : les hôpitaux ne sont pas préparés. À Marseille, le CHU a reçu 15 cas de dengue en juillet. Quinze. En une seule semaine. Les services d’urgences ont dû improviser des protocoles. Personne n’avait anticipé. Personne n’a jugé utile de former le personnel.

Pourquoi cette négligence ?

Parce que la France hexagonale a une drôle de relation avec les maladies tropicales. On les considère comme un problème d’outre-mer. Comme si les moustiques tigres, eux, avaient signé un traité pour rester cantonnés en Guyane ou en Martinique. Or, depuis 2010, l’espèce est implantée dans 60 départements. 60. Et les épidémies, comme les feux de forêt, ne connaissent pas les limites des régions.

Il y a aussi le poids des lobbies. Les industriels des répulsifs et des moustiquaires font des affaires en doré. Les laboratoires pharmaceutiques, eux, n’ont aucun intérêt à développer des vaccins pour des maladies qui touchent surtout les pays pauvres. Alors on improvise. On attend. On laisse les épidémiologistes courir après les chiffres.

Ce qui change (ou pas) en 2023

Cette année, une nouveauté : l’ARS Île-de-France a lancé un plan de surveillance renforcée des moustiques. Objectif ? Détecter les foyers tôt. Problème : le budget est dérisoire, et les moyens humains insuffisants. À Paris, on compte 3 agents dédiés pour tout le territoire francilien. Trois. Pour des millions d’habitants. Et des millions de points d’eau stagnante.

Autre « avancée » : la mise en place de pièges à moustiques dans certains départements. Sauf que ces pièges coûtent cher, et que leur efficacité est limitée. À Nice, la ville en a installé 500. Résultat ? Zéro impact mesurable sur les populations de moustiques tigres. Preuve que l’argent est mieux dépensé ailleurs.

Le piège des recommandations

Le ministère de la Santé recommande : « Protégez-vous des piqûres, surtout au lever et au coucher du soleil. » Traduction : fermez vos fenêtres, mettez du DEET, et croisez les doigts. Parce que si vous attrapez la dengue, vous aurez de la fièvre, des douleurs, et peut-être des complications hémorragiques. Le chikungunya, lui, laisse des séquelles articulaires à vie. Zika ? Chez l’adulte, c’est souvent bénin. Chez la femme enceinte, ça peut provoquer des malformations fœtales graves.

Pourtant, les femmes enceintes ne sont pas spécifiquement alertées. Pourquoi ? Parce que les campagnes de prévention ciblent les voyageurs. Or, 80 % des cas de dengue en métropole sont désormais autochtones (source : Santé publique France, 2022). Autrement dit, on ne voyage plus pour attraper ces maladies. On les attrape chez soi.

Ce que les autorités ne vous diront pas

En 2019, une étude de l’Institut Pasteur a montré que les moustiques tigres en France étaient capables de transmettre la dengue. Preuve scientifique. Réaction des pouvoirs publics ? Un communiqué laconique. En 2021, une autre étude a révélé que les souches de dengue circulant en métropole étaient devenues plus virulentes. Réaction ? Silence radio.

Pourquoi ce mutisme ? Parce que reconnaître l’ampleur du problème, c’est admettre l’échec des politiques publiques. C’est admettre que la France n’est pas préparée. Que les hôpitaux ne le sont pas. Que les médecins non plus. Et que, dans ce pays, on préfère attendre que le problème explode avant d’agir.

Que faire, vous, si vous vivez dans une zone à risque ?

  1. Ne comptez pas sur les vaccins. Ils n’existent pas, ou ils sont inutiles. Alors protégez-vous. Vêtements longs, moustiquaires, répulsifs (le DEET reste le plus efficace).

  2. Surveillez les symptômes. Fièvre soudaine + douleurs articulaires = alerte rouge. Allez chez le médecin immédiatement. Pas la peine d’attendre.

  3. Signalez les points d’eau stagnante. Vos voisins ont un bac d’eau, une soucoupe sous un pot de fleurs ? Parlez-leur. Un moustique tigre pond jusqu’à 300 œufs dans 3 mm d’eau. Trois millimètres.

  4. Ne croyez pas que ça ne vous concernera pas. En 2010, on vous aurait dit que la dengue en métropole, c’était du jamais vu. Aujourd’hui, c’est une réalité. Demain, ce sera pire.

Le vrai danger : l’hiver

Les moustiques tigres hibernent en hiver. Problème : les souches de virus, elles, ne disparaissent pas. Elles attendent. Et au printemps prochain, elles seront toujours là. Avec, peut-être, des variants plus résistants. Plus agressifs.

En 2010, on a sous-estimé le problème. En 2020, on a fait semblant de ne pas voir. En 2023, on tergiverse encore. Pourtant, la Guyane a déjà connu des épidémies de chikungunya avec 10 000 cas en quelques mois. À ce rythme, la métropole pourrait suivre. Sauf que, cette fois, les médias ne s’en occuperont pas. Parce que ce ne sera plus une histoire de DOM-TOM. Ce sera une histoire de votre ville. De votre quartier. De votre famille.

Alors oui, protégez-vous. Mais surtout, ne comptez pas sur les autres pour le faire à votre place.

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R Galaxie Rédaction

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