Le marché des experts en IA est devenu un casino où les règles changent tous les six mois
Vous croyez que les licornes françaises et les licornes américaines se font une guerre froide pour les talents ? Détrompez-vous. La vraie bataille, c’est entre les licornes et les GAFAM. Et les GAFAM perdent. Pas parce qu’ils n’ont pas les moyens, mais parce qu’ils ont déjà trop d’experts. Trop de labs. Trop de divisions. Résultat : ils externalisent, ils sous-traitent, ils lâchent des pépites à prix d’ami pour éviter de payer des salaires de directeur général à des ingénieurs de 32 ans.
Prenez le cas de Meta. En 2022, le réseau social a licencié 1 000 employés de son équipe IA, dont des chercheurs stars. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient trop d’experts. Parce que leurs modèles ne performaient pas assez vite. Parce que Zuckerberg a décidé que l’IA, c’était un coût, pas un investissement. Les talents ont été recyclés : certains sont partis chez des scale-ups, d’autres ont monté leurs propres boîtes. Ceux qui sont restés ? Ils touchent 20 % de moins qu’il y a deux ans.
Le chiffre que personne ne veut commenter
Selon une étude de Hired, plateforme de recrutement tech, les salaires des experts en machine learning ont chuté de 15 % en moyenne entre 2022 et 2023 aux États-Unis. Pas partout. Pas pour tout le monde. Mais pour les profils core : ceux qui savent coder des LLMs, optimiser des architectures neuronales, ou faire parler un modèle en temps réel. Les boîtes qui recrutent encore à prix d’or ? Ce sont les scale-ups. Les licornes. Les boîtes qui n’ont pas encore pété. Parce que les investisseurs leur disent : « Payez ce que vous voulez, mais embauchez. »
Le problème, c’est que ces boîtes n’ont pas les moyens de garder leurs talents. Elles lèvent des tours de table à perte, elles brûlent des millions en salaires, et elles misent sur une sortie à 2 ou 3 milliards. Sauf que le marché des introductions en Bourse s’est effondré. Les valuations ont été divisées par 10. Et les experts en IA, eux, savent très bien ça. Ils négocient. Ils menacent. Ils partent.
Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux
En 2021, Stability AI a levé 100 millions de dollars pour développer des modèles open-source. Aujourd’hui, la boîte est à sec. Ses fondateurs courent après des levées, ses ingénieurs sont en burn-out, et ses modèles sont dépassés. Pourtant, en 2022, la même équipe a embauché un ancien de Google Brain à 180 000 euros brut. Pourquoi ? Parce que Google avait trop d’experts. Parce que DeepMind en avait trop. Parce que personne ne voulait plus payer ce prix-là.
Le paradoxe ? Les boîtes qui ont les moyens de payer ne veulent plus. Et celles qui veulent payer n’ont pas les moyens.
C’est le cas de Mistral AI, le laboratoire français qui cartonne. En six mois, ils ont embauché une vingtaine d’experts. Des profils de niveau FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google). Des gens qui gagnaient 200 000 euros ailleurs. À Mistral, ils touchent entre 120 000 et 150 000 euros. Avec des options sur actions qui, si la boîte se vend à 5 milliards, pourraient leur rapporter… trois fois leur salaire. Si.
Pourquoi les régulateurs n’ont pas réagi à temps
Le vrai problème, ce n’est pas la guerre des talents. C’est l’absence de régulation sur les salaires dans la tech. Aux États-Unis, les non-compete clauses (les clauses d’exclusivité) sont interdites dans plusieurs États. En Europe, elles sont autorisées, mais personne ne les contrôle. Résultat : une course effrénée où les boîtes paient n’importe quoi pour n’importe qui, sans aucune transparence.
Prenez l’exemple de Hugging Face, la boîte qui a révolutionné l’accès aux modèles d’IA. En 2020, ils ont embauché des ingénieurs à 150 000 euros. En 2023, avec une valuation à 4 milliards, ils ne peuvent plus se permettre ces salaires. Alors ils licencient les moins performants. Ils gardent les stars. Et ils espèrent que les investisseurs ne poseront pas trop de questions.
Le piège des valuations gonflées
Le marché de l’IA est un leurre. Les valuations sont artificielles. Les levées de fonds sont des bulles. Et les salaires ? Ils suivent une logique simple : plus une boîte lève, plus elle peut payer. Mais si elle ne se vend pas, elle crève.
En 2021, Anduril, la boîte de défense d’un ancien de Palantir, a levé 1,6 milliard de dollars. Aujourd’hui, elle est toujours en train de lever. Ses ingénieurs en IA touchent des salaires de folie. Mais si Anduril ne se vend pas d’ici deux ans, ces mêmes ingénieurs seront sur le marché. Et ils sauront exactement ce qu’ils valent.
Ce que les recruteurs ne vous diront jamais
Les chasseurs de têtes en IA mentent. Ils vous disent que le marché est tendu. Qu’il y a une pénurie. Qu’il faut payer cher pour garder les talents. La réalité ? Il y a trop d’experts. Trop de labs. Trop de boîtes qui ferment.
En 2022, 40 % des start-up IA américaines ont fait faillite ou ont été rachetées à prix de soldes. Les talents ont survécu. Les boîtes, non. Résultat : une génération d’ingénieurs qui savent qu’ils peuvent se permettre d’être sélectifs. Qui savent que les GAFAM ont peur de les perdre. Qui savent que les scale-ups n’ont pas les moyens de les garder.
La vraie crise n’est pas le recrutement. C’est la surproduction.
On nous serine que l’IA va tout changer. Que les métiers vont disparaître. Que les experts seront intouchables. Faux. Il y a trop d’experts. Trop de formations. Trop de labs universitaires qui forment des ingénieurs sans débouchés. Le marché est saturé. Et les salaires ? Ils vont continuer à chuter, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les boîtes qui savent vraiment ce qu’elles valent.
Ce qui attend les prochains talents
Si vous êtes un jeune ingénieur en IA aujourd’hui, voici ce qui vous attend :
- Vous allez être sollicité. Trop. Par des boîtes qui n’ont pas les moyens de vous garder.
- Vous allez négocier. Parce que vous savez que le marché est à la baisse.
- Vous allez partir. Parce que les promesses des scale-ups ne tiendront pas.
- Vous allez atterrir… soit dans un labo académique, soit dans une boîte qui a les moyens de vous payer. Et ces boîtes-là, ce ne seront pas les GAFAM. Ce seront les nouveaux géants. Ceux qui auront survécu à la crise.
La leçon ?
Les experts en IA ne sont pas une denrée rare. Ils sont une armée de mercenaires. Et comme tous les mercenaires, ils savent où se trouve le pouvoir. Pas dans les labs. Pas dans les start-up. Dans les boîtes qui ont les moyens de les garder. Et ces boîtes-là, elles ne sont pas encore nées.