Pourquoi vos reins vont-ils attendre encore des mois pour un dialyseur près de chez vous ?

Un nouveau centre d’hémodialyse ouvre à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, mais les patients en insuffisance rénale vont devoir composer avec des délais et des contraintes. Voici ce qui se joue derrière cette annonce, entre promesses et réalités.

Publié le 2 octobre 2026 à 20:14
Pourquoi vos reins vont-ils attendre encore des mois pour un dialyseur près de chez vous ?

Un centre, mais pas pour tout le monde

Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, c’est à 20 minutes de Toulon. Assez proche pour certains, trop loin pour d’autres. Parce que l’hémodialyse, ça se fait trois fois par semaine, pendant quatre heures. Soit 12 heures de transport par semaine, aller-retour, pour un patient qui habite à Hyères ou à La Valette-du-Var. 12 heures, c’est le temps d’un vol Paris-New York. Sauf que vous, vous êtes assis dans un fauteuil roulant, avec une sonde dans le bras, et que vous dépendez d’un réseau de transports en commun qui n’est pas adapté. Personne ne vous le dit, mais c’est comme ça.

Almaviva Santé, c’est un groupe privé qui gère déjà des centres de dialyse à Marseille, Aix-en-Provence, et dans d’autres villes. Ils savent très bien comment ça marche. Sauf qu’à Saint-Maximin, ils annoncent un centre avec 14 postes. 14 postes, c’est la capacité d’un petit centre. Assez pour soulager la pression sur les hôpitaux de Toulon et de Draguignan, mais pas assez pour absorber la demande du Var entier. Le Var, c’est 800 000 habitants, dont une partie importante en insuffisance rénale chronique. Et les chiffres ne mentent pas : selon l’Agence de la Biomédicine, plus de 10 000 personnes dans la région PACA sont dialysées chaque année. 10 000, et seulement 14 postes supplémentaires. Ça fait 714 patients par poste.

Alors oui, un nouveau centre, c’est bien. Mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Et surtout, ça ne résout pas le vrai problème : les délais d’attente pour une place en dialyse.

Les délais, ce silence gênant

À l’hôpital de Toulon, le service de néphrologie est saturé. Les patients en insuffisance rénale aiguë attendent parfois des semaines avant d’avoir une place en dialyse. Des semaines, c’est trop long. Parce qu’à ce stade, le rein ne filtre plus. Les toxines s’accumulent dans le sang. Résultat ? Fatigue extrême, essoufflement, œdèmes. Et des risques d’hospitalisation en urgence.

Pourtant, personne ne parle des délais. Ni Almaviva Santé, ni l’ARS PACA, ni même les associations de patients. Pourquoi ? Parce que c’est la réalité. Un centre de plus, ça calme les esprits. Mais ça ne change pas grand-chose sur le terrain. Les patients continuent d’attendre.

Prenez le cas de Jean-Marc, 62 ans, dialysé depuis trois ans. Il vit à La Seyne-sur-Mer. Pour aller à Saint-Maximin, il doit prendre deux bus, avec une correspondance à Toulon. Deux heures de trajet, juste pour une séance. Deux heures par jour, trois jours par semaine. Soit six heures par semaine, en plus des quatre heures de dialyse. 10 heures par semaine, rien que pour se soigner. Et encore, s’il a de la chance. Parce que si les bus sont en retard ? Si la séance est annulée ? Il perd sa place. Et il doit tout recommencer.

Les associations le savent. La Fédération Française de Néphrologie Dialyse et Transplantation (FFNDT) a tiré la sonnette d’alarme il y a deux ans : le manque de places en dialyse est un problème structurel. 14 postes à Saint-Maximin, c’est une avancée. Mais c’est insuffisant. Très insuffisant.

Derrière les chiffres, une question de rentabilité

Almaviva Santé, c’est un groupe privé. Ils ne font pas ça par philanthropie. Ils font ça parce que la dialyse, c’est un marché juteux. Un patient dialysé, ça coûte cher à la Sécu. Très cher. Environ 40 000 euros par an et par patient, selon les données de l’Assurance Maladie. 40 000 euros, c’est l’équivalent du salaire annuel d’un cadre moyen. Sauf que là, c’est vous qui payez.

Alors oui, un centre de plus, c’est bien. Mais est-ce que c’est suffisant ? Non. Est-ce que c’est rentable ? Oui. Très rentable.

Le problème, c’est que les groupes privés comme Almaviva Santé ne construisent pas des centres par altruisme. Ils le font parce que le marché est porteur. Et que les patients n’ont pas le choix.

À Toulon, à Draguignan, à Hyères, les hôpitaux publics sont saturés. Les listes d’attente s’allongent. Et les patients en insuffisance rénale n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers le privé. Sauf que le privé, ça ne résout pas tout. Ça crée des déserts médicaux ailleurs. Parce qu’un centre qui ouvre à Saint-Maximin, c’est un centre qui ne s’ouvre pas à Fréjus ou à Brignoles.

C’est un jeu de chaise musicale. Et les patients, ce sont les perdants.

Ce que personne ne vous dit sur la dialyse Ă  domicile

Il y a une solution, pourtant. La dialyse à domicile. Moins chère, plus efficace, et bien plus flexible. Sauf que très peu de patients en bénéficient. Pourquoi ? Parce que les néphrologues ont peur. Peur que les patients ne s’y prennent pas bien. Peur des complications. Peur des procès.

Les chiffres sont là : selon une étude publiée dans le Journal of the American Society of Nephrology en 2021, seulement 10 % des patients en insuffisance rénale en France optent pour la dialyse à domicile. 10 %, alors que dans d’autres pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, ce chiffre dépasse les 30 %.

Pourquoi cette différence ? Parce que la France mise encore sur les centres hospitaliers. Par habitude. Par peur du changement. Et par manque de moyens.

Résultat ? Les patients attendent. Ils attendent des mois pour une place en dialyse. Ils attendent des années pour une greffe. Et entre-temps, leur santé se dégrade.

Saint-Maximin, une avancée… mais pas une solution

Ouvrir un centre d’hémodialyse à Saint-Maximin, c’est une bonne nouvelle. Pour certains patients, oui. Ceux qui habitent près de la ville, ceux qui peuvent se déplacer facilement. Mais pour les autres ? Ceux qui vivent à l’autre bout du département ? Ceux qui n’ont pas les moyens de se déplacer trois fois par semaine ? Pour eux, ça ne change rien.

Le vrai problème, c’est le manque de places. Partout. Dans tout le Var. Dans toute la France.

Et les solutions ? Elles existent. La dialyse à domicile, les centres plus nombreux, une meilleure formation des néphrologues. Mais ça coûterait cher. Très cher. Et personne ne veut en payer le prix.

Alors on fait semblant. On ouvre un centre ici, un autre là. On calme les esprits. On évite les scandales. Mais on ne résout pas le problème.

Parce que la dialyse, c’est un peu comme la santé en général : on traite les symptômes, mais on ne guérit pas la maladie.

La vraie question, c’est : et après ?

Saint-Maximin, c’est une étape. Une petite étape. Une étape de plus dans une longue marche.

Mais la vraie question, c’est celle-ci : quand est-ce qu’on va enfin arrêter de faire semblant ? Quand est-ce qu’on va enfin comprendre que la dialyse, ce n’est pas une solution, c’est une attente ?

Parce que derrière chaque patient en dialyse, il y a une histoire. Une histoire de délais. D’attente. De fatigue. De peur.

Et cette histoire, elle ne fait que commencer.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Pourquoi vos reins vont-ils attendre encore des mois pour un dialyseur près de chez vous ? | R Galaxie