Votre énergie dépendra toujours des marchés, pas de vos choix

En 1986, la France arrête sa première centrale solaire thermique parce que le pétrole coûte 8 dollars le baril. Aujourd’hui encore, les mêmes erreurs se répètent. Voici pourquoi l’indépendance énergétique reste un leurre.

Publié le 11 septembre 2026 à 13:32
Votre énergie dépendra toujours des marchés, pas de vos choix

La tour de 101,5 mètres qui a tout perdu en trois ans

En 1983, dans les Pyrénées-Orientales, une tour de 101,5 mètres se dresse fièrement, entourée de 201 miroirs géants. Thémis, la première centrale solaire thermique au monde, doit prouver que la France peut se passer du pétrole. Trois ans plus tard, tout s’arrête. Pas à cause d’un bug technique, pas à cause d’un désastre naturel. À cause d’un chiffre : 8 dollars le baril. Le pétrole, soudain bon marché, a tué l’innovation avant même qu’elle ne décolle.

Pourtant, personne n’en parle. Personne ne dit que cette histoire, c’est la nôtre. Celle d’un pays qui croit aux solutions technologiques… jusqu’à ce que les marchés décident du contraire.

Pourquoi les miroirs valaient moins que le pétrole

Thémis, c’était l’avenir. Ou du moins, c’était ce qu’on voulait nous faire croire. Une centrale qui captait la chaleur du soleil pour produire de l’électricité, sans brûler un gramme de pétrole. Le projet, lancé en 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing, coûtait cher : 120 millions de francs (soit environ 20 millions d’euros aujourd’hui). Mais l’argument était simple : la France devait se libérer de sa dépendance au Moyen-Orient.

Sauf que les miroirs, eux, ne savaient pas que le pétrole allait s’effondrer.

En 1986, le baril passe sous les 10 dollars. Les promoteurs de Thémis, EDF en tête, calculent. Le solaire thermique devient trop cher. Les coûts de construction ne sont plus rentables. Du jour au lendemain, le projet est abandonné. Les miroirs restent plantés dans le désert catalan, comme des témoins muets d’une décision économique.

Pas de faillite technique. Pas d’erreur d’ingénierie. Juste un marché qui a changé de cap.

Ce que les 201 miroirs ne vous diront jamais

Aujourd’hui, on nous vend des éoliennes, des panneaux solaires, des réacteurs nucléaires. On nous parle de transition énergétique, de neutralité carbone, de sobriété heureuse. Mais personne ne parle de Thémis. Personne ne dit que cette centrale, pionnière et prometteuse, a été sacrifiée parce que le pétrole était trop bon marché.

Pourquoi ? Parce que c’est toujours la même histoire.

  • En 2008, le prix du baril explose. Les gouvernements se réveillent et lancent des plans pour les énergies renouvelables. En 2014, le pétrole redescend. Les subventions baissent. Les projets traînent.
  • En 2022, la guerre en Ukraine fait bondir les prix. Tout le monde court vers le solaire, l’éolien, l’hydrogène. En 2023, les cours redescendent. Les investisseurs hésitent.

Le solaire thermique de Thémis n’était pas une exception. C’est une règle.

L’illusion de l’indépendance énergétique

On nous explique que la France peut produire sa propre énergie. Que le nucléaire, l’éolien, le solaire vont nous sauver. Mais aucune de ces technologies ne résiste à la loi du marché.

Prenez l’exemple des panneaux solaires. Leur prix a chuté de 80 % en dix ans. Pourquoi ? Parce que la Chine a inondé le marché. Résultat : des usines ferment en Europe, des emplois disparaissent, et on se retrouve dépendants des mêmes pays qu’avant, mais pour des matières premières rares (terres rares, silicium).

Même chose pour l’éolien. Les pales, les turbines, les câbles… Tout vient d’ailleurs. Et si un jour la demande explose ailleurs, nos éoliennes coûteront cher. Très cher.

Thémis nous a appris une chose : l’énergie, ça ne se décide pas dans les labs ou les ministères. Ça se décide sur les marchés.

La vraie dépendance n’est pas au pétrole, mais aux décisions

Le problème, ce n’est pas le pétrole. C’est l’idée que la technologie peut tout résoudre. On croit que si on construit assez d’éoliennes, assez de centrales, assez de miroirs, on sera libres. Mais la liberté énergétique, ça ne se construit pas en béton et en acier. Ça se construit en décisions politiques.

En 1986, les dirigeants français ont choisi. Ils ont préféré le court terme : attendre que les prix remontent. Résultat : 20 ans plus tard, la France n’a toujours pas de centrale solaire thermique opérationnelle.

Aujourd’hui, on nous parle de souveraineté énergétique. Mais la souveraineté, ça ne s’achète pas. Ça se défend. Et pour ça, il faut arrêter de croire que les marchés vont nous sauver.

Ce que Thémis nous dit pour demain

Si on ne veut pas répéter les mêmes erreurs, il faut deux choses :

  1. Arrêter de subir les fluctuations des marchés. Les subventions pour les énergies renouvelables doivent être stables, pas liées aux prix du pétrole ou du gaz. Sinon, à chaque crise, on recommence à zéro.

  2. Comprendre que l’indépendance, ça ne passe pas par une seule technologie. Thémis était une centrale solaire. Mais une centrale solaire seule ne suffit pas. Il faut du nucléaire, de l’éolien, du solaire, de la géothermie… Et surtout, il faut en avoir le contrôle. Pas celui des actionnaires, pas celui des États étrangers, mais celui des citoyens.

En 1986, les miroirs de Thémis ont reflété la dernière lumière d’un espoir. Aujourd’hui, on nous vend la même illusion, avec d’autres mots. La prochaine fois, ce ne seront pas les miroirs qui seront abandonnés. Ce sera nous.

La leçon de Targasonne : on ne choisit pas son énergie, on subit ses prix.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie