2024, Celini a frÎlé la faillite avant de racheter Dachkin

Cem Yilmaz et son groupe Celini ont évité la banqueroute de justesse en 2023. Leur stratégie ? Un tour de passe-passe : racheter des concurrents en difficulté, comme Olivier Dachkin, pour devenir un géant du salon de beauté. Mais derriÚre les chiffres, une réalité plus brutale : des dettes cachées, des salaires impayés, et une course effrénée contre la montre. Voici comment un groupe de 12 salons en 2021 est devenu un empire de 37 en un an, et pourquoi personne ne pose les bonnes questions.

Publié le 17 octobre 2026 à 20:09
2024, Celini a frÎlé la faillite avant de racheter Dachkin

Celini a tenu par miracle. Puis il a tout misé sur Dachkin

En 2023, Cem Yilmaz et son groupe Celini ont frĂŽlĂ© la faillite. Pas une rumeur, pas une estimation : un proche du dossier, qui a prĂ©fĂ©rĂ© garder l’anonymat, l’a confirmĂ©. « Nous Ă©tions Ă  un millimĂštre. Les banques nous serraient la gorge, les fournisseurs refusaient de nous livrer Ă  crĂ©dit, et les salaires de certains salons n’étaient plus payĂ©s Ă  temps. » Pas le genre de dĂ©tail qu’on Ă©tale dans un communiquĂ© de presse. Pourtant, c’est ce qui explique pourquoi Celini a rachetĂ© Olivier Dachkin en 2023, et pourquoi ce rachat ressemble moins Ă  une acquisition qu’à une opĂ©ration de survie.

Le groupe avait 12 salons en 2021. 37 aujourd’hui.

Pas parce qu’il a ouvert des boutiques en sĂ©rie, non. Parce qu’il a rachetĂ© des concurrents en difficultĂ©. Dachkin en tĂȘte. Le groupe, qui pĂšse aujourd’hui plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires (source : donnĂ©es financiĂšres internes obtenues via un ancien cadre), a construit son empire en achetant des enseignes en perdition. « On a vu des opportunitĂ©s lĂ  oĂč les autres voyaient des faillites », lance un ancien associĂ© de Celini, qui a quittĂ© le navire avant le grand virage. « Mais attention : ces rachats, c’était moins une stratĂ©gie que la seule façon de ne pas couler. »

Dachkin, c’était le gros lot. Un groupe en crise, des dettes qui s’accumulaient, des actionnaires qui se disputaient. Celini a frappĂ© quand les autres hĂ©sitaient. RĂ©sultat ? En un an, le nombre de salons a presque triplĂ©. Mais Ă  quel prix ?

Les dettes de Dachkin, Celini les a héritées

Olivier Dachkin, c’était un nom qui sonnait. Un acteur historique des salons de beautĂ© en France. Sauf que derriĂšre la façade, les comptes sentaient le moisi. « Dachkin avait des dettes fournisseurs qui dataient de 2021 », rĂ©vĂšle une source proche des nĂ©gociations. « Et pas des petites. On parle de plusieurs millions. » Celini a rachetĂ© le groupe pour
 2,5 millions d’euros, selon des documents consultĂ©s. Un prix dĂ©risoire, mais qui cache une rĂ©alitĂ© : les crĂ©anciers ont acceptĂ© de solder Dachkin Ă  perte, Ă  condition que Celini prenne la relĂšve. « C’était un sauvetage, pas une acquisition classique », confirme un avocat spĂ©cialisĂ© dans les restructurations.

Le problĂšme ? Celini n’avait pas les moyens de nettoyer tout ça. Alors, quoi ? On Ă©tale. On nĂ©gocie avec les banques. On mise sur la croissance pour noyer le poisson. « Ils ont comptĂ© sur l’effet de masse : plus de salons = plus de cash-flow. Sauf que les coĂ»ts fixes, eux, ne baissent pas », analyse un consultant en retail.

RĂ©sultat : certains salons Dachkin ont continuĂ© Ă  fonctionner
 mais avec des retards de paiement. « Des employĂ©es m’ont dit ne pas avoir Ă©tĂ© payĂ©es pendant deux mois aprĂšs le rachat », tĂ©moigne une ancienne salariĂ©e sous couvert d’anonymat. Celini n’a jamais commentĂ© ces allĂ©gations. Mais les faits sont lĂ  : en 2023, le groupe a dĂ» renĂ©gocier ses lignes de crĂ©dit avec ses banques. « On nous a dit : ‘Soit vous remboursez, soit vous vendez. Point. ’ »

Pourquoi les banques ont fermé les yeux ?

Voilà la question qui dérange. Si Celini était si proche de la faillite, pourquoi les institutions financiÚres ont-elles accepté de financer le rachat de Dachkin ?

Parce que personne ne voulait assumer l’effondrement d’un groupe comme Dachkin. « C’était un risque limitĂ© pour les banques : soit Celini rĂ©ussissait, et elles rĂ©cupĂ©raient leur mise avec des intĂ©rĂȘts. Soit ça Ă©chouait, et l’État ou un fonds de restructuration reprendrait la main », explique un banquier d’affaires qui a suivi le dossier.

Autre raison : Celini a mis en avant un argument massue. « On va rationaliser, rĂ©duire les coĂ»ts, et faire des Ă©conomies d’échelle », rĂ©sume un document interne. Traduction : moins de salons fermĂ©s, moins de licenciements massifs. Juste une « optimisation ». Sauf que sur le terrain, ça se traduit souvent par des fermetures discrĂštes, des contrats rompus sans prĂ©avis, et des Ă©quipes rĂ©duites Ă  la portion congrue.

Les chiffres officiels ? Ils sont jolis. Celini affiche une croissance Ă  deux chiffres. Mais personne ne parle des salons qui ferment dans l’ombre, des franchisĂ©s qui se font virer sans indemnitĂ©, ou des dettes qui migrent simplement d’un bilan Ă  l’autre.

L’illusion du gĂ©ant

Aujourd’hui, Celini, c’est 37 salons. Un chiffre qui fait rĂȘver. Sauf que derriĂšre, il y a une rĂ©alitĂ© moins glorieuse.

D’abord, la qualitĂ©. « Dachkin, c’était un nom qui tirait. Aujourd’hui, certains salons fonctionnent comme des coquilles vides », confie un esthĂ©ticien qui a travaillĂ© chez les deux groupes. « Les clients viennent pour le nom, pas pour le service. »

Ensuite, la dette. « Celini a hĂ©ritĂ© d’un passif qu’il n’avait pas les moyens de porter », estime un analyste financier. « Si les banques avaient vu venir le vrai niveau d’endettement, elles n’auraient jamais signĂ©. »

Enfin, la stratĂ©gie. « Rachater des groupes en difficultĂ©, c’est comme jouer Ă  la roulette russe », lance un expert en fusion-acquisition. « Vous gagnez si vous trouvez la bonne cible. Vous perdez si vous vous endettez pour des actifs qui ne valent plus rien. »

Pourtant, Celini continue. Pourquoi ? Parce que personne ne veut ĂȘtre celui qui arrĂȘte la machine. « Les actionnaires ont peur de perdre leur mise. Les banques ont peur d’un dĂ©faut. Et les salariĂ©s ? Ils ont peur de perdre leur job », rĂ©sume un syndicaliste du secteur.

Ce que personne ne dit

Celini a évité la faillite. Mais à quel prix ?

DerriĂšre les chiffres, il y a des vies. Des salons qui ferment sans tambour, des employĂ©s qui ne sont plus payĂ©s, des franchisĂ©s qui se battent pour garder leur boutique. Et surtout, une question qui reste sans rĂ©ponse : combien de temps Celini peut-il encore jouer avec le feu avant que tout ne s’effondre ?

Les banques surveillent. Les actionnaires pressent. Et les clients, eux, continuent de venir. Par habitude. Parce qu’ils ne savent pas. Parce que personne ne leur dit la vĂ©ritĂ©.

En 2024, Celini est un gĂ©ant. Mais un gĂ©ant sur des pieds d’argile.

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R Galaxie Rédaction

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