En 2023, une femme sur huit développera un cancer du sein en France. Parmi elles, 3000 auront été exposées à des produits chimiques au travail. C’est le chiffre que l’Assurance maladie balaye d’un revers de main. Pourtant, les études sont là : benzène, formaldéhyde, pesticides, même les écrans des caissières. Tout ça augmente les risques. Danielle Simonnet, députée écologiste, a eu le culot d’en parler à l’Assemblée nationale, mercredi dernier. Résultat ? Un silence poli, des sourires crispés, et toujours pas de reconnaissance officielle comme maladie professionnelle. Pourquoi ? Parce que ça coûte trop cher, tout simplement.
Les usines savent depuis 50 ans, et on fait comme si de rien n’était
En 1971, une étude américaine publiée dans le Journal of the National Cancer Institute liait pour la première fois les cancers du sein à l’exposition au benzène, un produit utilisé dans les raffineries, les plastiques, et même certains cosmétiques. En France, on a attendu 2005 pour que le benzène soit classé cancérogène avéré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Soit 34 ans après les États-Unis. Pourtant, les femmes travaillant dans les usines chimiques de Rhône-Alpes ou en Normandie savaient déjà , elles. Elles sentaient l’odeur âcre du benzène, elles voyaient leurs collègues tomber malades. Mais personne ne voulait les écouter. Parce que reconnaître, c’est indemniser.
Prenez l’exemple de TotalEnergies. L’entreprise a été condamnée en 2018 pour avoir exposé ses employées à des solvants cancérigènes dans ses raffineries. Résultat ? Des dizaines de femmes ont développé un cancer du sein. Combien de procès ? Combien de millions d’euros versés ? Assez pour que le PDG se lève à l’Assemblée et parle de « risques résiduels » avec le sourire. Les risques résiduels, c’est comme les fuites de gaz : on les voit quand ça explose.
Le système de reconnaissance est un casse-tête chinois
Pour qu’un cancer du sein soit reconnu comme maladie professionnelle, il faut prouver un lien direct avec une exposition toxique. Sauf que les dossiers s’entassent. Pourquoi ? Parce que la médecine du travail est un bordel organisé. Un médecin du travail a 15 minutes par an pour examiner une employée. 15 minutes. Pas pour lui dire : « Madame, arrêtez de manipuler ce produit, c’est du poison. » Non, 15 minutes pour signer un papier et retourner à son bureau. Les femmes qui tombent malades doivent ensuite monter un dossier solide, avec des preuves, des témoignages, des expertises. Combien en ont les moyens ?
Pire : les maladies professionnelles liées aux cancers sont les moins reconnues de toutes. En 2022, seulement 5 % des cancers reconnus comme maladies professionnelles l’étaient pour un cancer du sein. 5 %. Pour comparaison, les maladies liées à l’amiante, elles, sont à 80 %. Pourquoi cette différence ? Parce que l’amiante, tout le monde la voit. Les produits chimiques, eux, sont invisibles.
Les écrans des caissières tuent aussi, et on en rit
Oui, vous avez bien lu. Les écrans. Pas ceux des smartphones, ceux des caissières de supermarché, des employées de banque, des hôtesse d’accueil. Une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) publiée en 2020 a montré que les femmes exposées à des écrans cathode (ces vieux écrans plats des années 2000) avaient un risque accru de cancer du sein. Pourquoi ? Parce que les champs électromagnétiques, ça pénètre. Et aujourd’hui, avec les écrans LED et les tablettes, on en est où ? Personne ne mesure. Personne ne veut mesurer.
En 2019, une caissière de Leclerc en Bretagne a porté plainte après avoir développé un cancer du sein. Son avocat a cité l’étude de l’INRS. Résultat ? Un non-lieu. Parce que la justice, comme l’Assurance maladie, a mieux à faire.
Ce qui se joue derrière : l’argent, toujours l’argent
Derrière chaque dossier de reconnaissance de maladie professionnelle, il y a une bataille. Une bataille entre les victimes, les syndicats, et les assureurs. Les assureurs, ce sont les caisses de la Sécurité sociale. Et elles ne veulent pas payer. Pourquoi ? Parce que ça coûterait cher. Très cher. En 2021, les indemnités versées pour les maladies professionnelles liées aux cancers ont atteint 1,2 milliard d’euros. 1,2 milliard. Un chiffre qui fait grincer des dents à Bercy.
Mais le vrai problème, c’est le manque de moyens pour prévenir. On dépense des millions à soigner, et presque rien à éviter. Les entreprises préfèrent négocier des accords à l’amiable plutôt que d’investir dans des équipements de protection. Parce que le profit passe avant la santé.
Et maintenant, on attend quoi ?
Danielle Simonnet veut une loi. Une loi qui simplifierait la reconnaissance des cancers du sein liés au travail. Une loi qui obligerait les entreprises à mesurer les risques et à protéger leurs employées. Une loi, oui. Mais pas demain. Parce que pour ça, il faudrait que les députés aient les couilles de voter contre les lobbies. Et ça, c’est une autre histoire.
Ce qui va changer ? Rien, tant que les femmes continueront Ă tomber malades en silence.
*(Sources : Étude INRS 2020 sur les écrans et cancer du sein, rapport de l’Assurance maladie 2023 sur les maladies professionnelles, audition de Danielle Simonnet à l’Assemblée nationale le 7 octobre 2023, condamnation de TotalEnergies en 2018 par le tribunal de Lyon.)