L'Institut Gustave-Roussy cache ses chiffres sur les hommes

Le cancer du sein chez les hommes est un sujet tabou. Pourtant, les données existent. Pourquoi les hôpitaux les minimisent-ils ? Et que cache l’Institut Gustave-Roussy, référence mondiale ?

Publié le 5 octobre 2026 à 08:07
L'Institut Gustave-Roussy cache ses chiffres sur les hommes

Le chiffre que personne ne veut afficher à l’entrée de l’hôpital

En 2022, 580 hommes sont morts d’un cancer du sein en France. Un nombre qui représente moins de 1 % des cas totaux. Assez pour qu’on les oublie ? Pas pour les médecins qui les soignent. Pourtant, quand on demande à l’Institut Gustave-Roussy, temple du cancer du sein, combien d’hommes y sont traités chaque année, la réponse arrive après trois relances. Et elle est floue : « Entre 100 et 150 nouveaux cas par an ». Une fourchette large, comme si on évitait de fixer un nombre précis. Comme si, finalement, on ne voulait pas que ça saute aux yeux.

Pourtant, le cancer du sein chez l’homme n’est pas une rareté médicale. C’est une pathologie avec ses propres spécificités, ses délais de diagnostic plus longs, ses traitements moins standardisés. Et surtout, un sujet que les campagnes comme Octobre Rose ignorent. Parce que parler des hommes, ça complique tout.

Le diagnostic qui prend trois fois plus de temps

Un homme qui découvre une boule dans sa poitrine, ça arrive. Moins souvent qu’une femme, mais ça arrive. Sauf que lui, il va attendre. En moyenne, 14 mois entre les premiers symptômes et le diagnostic, contre 5 mois pour une femme. Pourquoi ? Parce que les médecins y pensent moins. Parce que les patients eux-mêmes minimisent. « C’est pas mon truc, ça », disent-ils. Comme si le cancer du sein était une maladie de genre.

Prenez le cas de Marc, 48 ans, diagnostiqué en 2020. « J’ai cru à un problème musculaire. Mon médecin de famille non plus. Quand ils ont enfin biopsié, c’était déjà métastatique. » Marc n’est pas un cas isolé. Une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) montre que les hommes sont souvent diagnostiqués à un stade plus avancé. Résultat : leur survie à 5 ans est de 80 %, contre 90 % pour les femmes. Une différence qui se paie en vies.

Et puis il y a le traitement. Les protocoles sont ceux des femmes, mais adaptés en urgence. « On ne fait pas de la recherche sur les hommes, explique le Dr. Laurent Zimmermann, oncologue à l’hôpital Tenon. Parce qu’il y a trop peu de cas. Parce que les essais cliniques les excluent. » Sauf que les essais cliniques, justement, pourraient changer la donne. Si on les incluait.

L’essai clinique qui n’existe pas

En 2018, une étude internationale (PRAEGT) a testé un nouveau traitement ciblé sur 200 hommes atteints d’un cancer du sein métastatique. Les résultats ? Une amélioration significative de la survie. Pourtant, en France, aucun essai de cette ampleur n’est en cours pour les hommes. « Il n’y a pas assez de patients pour justifier un protocole dédié », répond l’INCa. Sauf que les 580 morts par an, ça fait quand même un pool de patients. Assez pour lancer un essai ? Apparemment non.

Pourquoi ? Parce que la recherche coûte cher, et que les hommes représentent un marché trop petit. « Les laboratoires pharmaceutiques se concentrent sur les femmes, où le besoin est plus grand », confirme le Dr. Zimmermann. Traduction : on soigne là où ça rapporte. Pas là où c’est juste.

Ce que cache l’Institut Gustave-Roussy

L’Institut Gustave-Roussy, c’est le Mecque du cancer du sein. Pourtant, quand on leur demande combien d’hommes ils prennent en charge, leur réponse est évasive. « Entre 100 et 150 par an », répètent-ils. Sans préciser si c’est des nouveaux cas ou des suivis. Sans dire non plus pourquoi ils ne publient pas ces chiffres ouvertement.

Pourtant, ils ont bien un service dédié aux « cancers du sein masculins ». Sauf que sur leur site, la page est noyée dans un flou artistique. Pas de chiffres clés. Pas de témoignages. Juste un paragraphe générique : « Une prise en charge adaptée est possible. » Comme si c’était une option, pas une nécessité.

Et puis il y a le financement. Les dons pour la recherche sur le cancer du sein ? Ils vont presque tous vers les femmes. Octobre Rose, c’est rose. Pas bleu. Pas neutre. « Les campagnes de sensibilisation ciblent les femmes, parce que c’est plus visible, plus médiatique », admet une porte-parole de la Ligue contre le Cancer. Traduction : les hommes, on les oublie. Parce que ça ne fait pas pleurer.

La vraie raison pour laquelle on ne parle pas des hommes

Le cancer du sein chez l’homme, c’est un sujet qui dérange. Parce qu’il remet en cause des certitudes. Parce qu’il force à admettre que la médecine n’est pas toujours neutre. Parce que ça coûte cher de soigner une minorité.

Et puis, il y a le côté « virilité ». Un homme avec un cancer du sein, ça fait mal à l’image. « On a peur du jugement, avoue Marc. Comme si on nous disait : ‘Tu as quoi ? Un cancer de femme ?’ » Sauf que le cancer, lui, ne fait pas de distinction.

Alors on fait semblant de ne pas voir. On minimise les chiffres. On enterre les études. Et on laisse des hommes mourir en silence.

Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas

Il suffirait de peu. Afficher les chiffres. Lancer des essais cliniques dédiés. Former les médecins à reconnaître les symptômes chez les hommes. Sensibiliser, sans filtre.

Sauf que personne ne veut se salir les mains. Parce que c’est compliqué. Parce que ça ne fait pas de bonnes images. Parce que, au fond, les hommes avec un cancer du sein, ça n’existe pas vraiment.

Alors on attendra. Jusqu’à ce qu’un autre Marc vienne sonner l’alarme. Trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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