43 % des femmes évitent encore le dépistage du cancer du sein

À Coutances, des rescapées de la marche rose racontent leur combat. Leur peur ? Qu’il revienne. Pourtant, les chiffres sont clairs : le dépistage sauve. Alors pourquoi tant d’hésitations ?

Publié le 5 octobre 2026 à 08:08
43 % des femmes évitent encore le dépistage du cancer du sein

Le cancer qui ne veut pas partir, et celles qui refusent de le voir revenir

Samedi 3 octobre 2026, à Coutances, 500 personnes ont marché pour la marche rose. Parmi elles, des femmes dont le corps porte encore les cicatrices du cancer du sein. Certaines ont perdu des cheveux, d’autres des seins, toutes gardent cette peur sourde, tenace : et s’il revient ?

C’est le mot qui revient, encore et toujours, dans leurs témoignages. Pas la peur de mourir. Non. Juste celle de revivre l’enfer. Les séances de chimiothérapie, les nuits blanches, les regards des autres quand les cheveux tombent. Et puis il y a ça : le doute. Celui qui vous dit que peut-être, cette fois, les médecins ont tort. Peut-être que les analyses sont fausses. Peut-être que…

Pourtant, les chiffres sont sans appel. 43 % des femmes concernées par un risque élevé de cancer du sein évitent encore le dépistage régulier, selon une étude de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) publiée en 2025. À Coutances, comme ailleurs, beaucoup savent. Mais beaucoup ne font pas. Pourquoi ? Parce que la peur de revivre l’épreuve est plus forte que la peur de ne pas savoir.

Le dépistage, ce combat invisible

Claire, 52 ans, a marché samedi avec un foulard rose autour du cou. Pas par militantisme. Juste pour montrer qu’elle est encore là. Elle a eu son cancer en 2021. Opérée, irradiée, traitée. Tout a l’air bon, maintenant. Pourtant.

  • « On vous dit que c’est fini, que vous êtes guérie. Mais dans votre tête, vous savez que c’est un leurre. Parce que le cancer, il ne vous lâche jamais vraiment. Il reste là, comme une ombre. »

Elle fait partie des 12 % de femmes qui, après un premier diagnostic, développent un nouveau cancer du sein dans les cinq ans. Un chiffre sous-estimé, souvent minimisé par les médecins pressés. Claire, elle, y pense tous les mois. Elle va à ses dépistages. Mais elle connaît des dizaines de femmes qui, comme elle, ont arrêté. « Parce que quoi, à la fin ? Si c’est pour revivre la même merde, autant ne pas savoir. »

L’État sait. Les femmes aussi. Pourtant, rien ne change

En 2024, le gouvernement a lancé une campagne nationale pour « dédramatiser » le dépistage. Affiches, témoignages de célébrités, slogans du type « Le cancer, on le repère tôt ». Résultat ? Les salles d’attente des centres de dépistage restent à moitié vides. À Coutances, le centre de radiologie du CHU de Caen, qui couvre le secteur, affiche un taux de participation en baisse de 8 % depuis 2023.

Pourquoi ? Parce que les femmes ne croient plus aux promesses. Elles ont vu des copines mourir malgré les dépistages. Elles ont lu des études qui disent que les mammographies peuvent, dans de rares cas, provoquer des cancers (oui, vous avez bien lu). Et puis il y a le temps. Le temps de prendre rendez-vous, le temps d’attendre les résultats, le temps de se dire que peut-être, cette fois, tout ira bien.

Le vrai problème ? Personne ne parle de la peur qui suit la rémission.

Ce que les médecins ne vous diront jamais

À la marche rose, une bénévole distribuait des flyers. Sur l’un d’eux, un slogan : « Le dépistage, c’est votre meilleure arme. » Banal. Faux. Le dépistage, c’est une épée à double tranchant. Il peut sauver. Il peut aussi vous condamner à des années d’angoisse.

Prenez Sophie, 48 ans. En 2022, un nodule détecté en dépistage. Biopsie, angoisse, attente. Résultat : bénin. Mais Sophie, elle, n’a plus jamais remis les pieds dans un centre de dépistage. « J’ai passé six mois à me dire que j’allais mourir. Six mois à éviter les miroirs. Six mois à haïr mon corps. Et après ? On me dit que c’était rien. Alors à quoi bon ? »

Le dépistage ne traite pas la peur. Il ne désamorce pas les doutes. Il se contente de vous dire : « Vous êtes en vie. Pour l’instant. »

Et ça, pour beaucoup, c’est pire que la maladie.

La marche rose, ou l’illusion du rassemblement

Samedi, à Coutances, les participants ont marché en silence. Certains avec des pancartes « Je suis une survivante », d’autres avec des foulards roses, d’autres encore avec des sourires forcés. Personne ne criait. Personne ne hurlait. Juste des pas. Beaucoup de pas.

Pourtant, la marche rose, c’est un peu comme le dépistage : ça fait du bien sur le moment. Ça donne l’impression d’agir. Mais après ? Après, vous rentrez chez vous. Et la peur, elle, reste.

À Coutances, comme ailleurs, les femmes savent une chose : le cancer du sein ne se guérit pas. On le repousse. On le combat. On vit avec.

Et c’est ça, le vrai combat. Pas les slogans. Pas les marches. Juste le fait de se lever chaque matin en se disant : « Aujourd’hui, je vais y aller. Aujourd’hui, je vais vérifier. »

Parce que le cancer, il ne revient pas toujours. Mais il revient assez souvent pour que ça fasse peur.

Alors, vous, vous y allez ?

Pas de leçon ici. Pas de morale. Juste une question.

Parce que les chiffres, vous les connaissez. 43 %. 12 %. Les pourcentages, ça ne fait pas mal. Les histoires, si.

Claire, Sophie, et les autres, elles sont là. Elles marchent. Elles parlent. Elles ont peur. Et vous ?

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R Galaxie Rédaction

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