Un chiffre qui dérange l’OMS elle-même
Le rapport de la CIRC est sans appel : 2,3 millions de nouveaux cas de cancer par an dans le monde sont directement attribuables à des infections. Deux millions trois. Pas des millions de risques, pas des estimations floues, mais des cas concrets, avec des noms, des visages, des familles brisées. Pourtant, ce chiffre ne fait pas la une des journaux. Pourquoi ? Parce qu’il parle surtout des pays pauvres. Parce qu’il rappelle que la science a les réponses, mais que l’injustice bloque tout.
Prenez le cancer du col de l’utérus. Le virus du papillome humain (VPH) en est responsable dans 99 % des cas. Un vaccin existe depuis 2006. Aux États-Unis, il est obligatoire dans plusieurs États. En France, il est recommandé depuis 2019. Résultat ? Les taux de cancer du col ont chuté de 50 % chez les jeunes femmes dans ces pays. Mais au Nigeria ? Le taux de vaccination est inférieur à 10 %. Conséquence : le cancer du col reste la première cause de mortalité par cancer chez les femmes là-bas. Même scénario pour l’hépatite B, qui provoque 80 % des cancers du foie. Un vaccin existe depuis les années 1980. En Mongolie, où le virus est endémique, seulement 30 % des enfants sont vaccinés. Résultat : le cancer du foie tue des milliers de personnes chaque année, alors qu’un simple shoot aurait pu les sauver.
Pourquoi cette négligence ? Parce que les laboratoires pharmaceutiques ne font pas de profits en vaccinant des enfants en Afrique ou en Asie. Parce que les gouvernements locaux n’ont pas les moyens d’acheter des doses. Parce que personne ne veut entendre que la solution est là, sous nos yeux, mais inégalement répartie.
Les vaccins, ces armes sous-exploitées
La CIRC liste six infections responsables de ces cancers évitables : le VPH, l’hépatite B, Helicobacter pylori, les parasites Schistosoma et Opistorchis viverrini, et enfin le virus d’Epstein-Barr. Six. Sur ces six, quatre ont des vaccins ou des traitements préventifs efficaces. Quatre. Alors pourquoi on ne les utilise pas massivement ?
- Le VPH : vaccin à 99 % efficace, mais seulement 15 % des filles en Afrique subsaharienne en bénéficient. En Europe, c’est 70 %. La différence ? Les campagnes de vaccination organisées, les lobbies qui poussent les gouvernements, l’argent.
- L’hépatite B : vaccin obligatoire dans 180 pays. Pourtant, en Inde, seulement 40 % des nouveau-nés en reçoivent. Résultat : 200 000 morts par an du cancer du foie lié à ce virus.
- Helicobacter pylori : une bactérie qui cause des ulcères… et des cancers de l’estomac. Un antibiotique suffit à l’éradiquer. Pourtant, dans les pays où l’hygiène est mauvaise (eau contaminée, assainissement défaillant), des millions de personnes développent des tumeurs évitables.
Le problème n’est pas la science. C’est l’argent.
L’hypocrisie des pays riches
En 2018, le Gavi, l’alliance mondiale pour les vaccins, a promis de vacciner 300 millions d’enfants contre le VPH d’ici 2030. Trois cents millions. Un objectif ambitieux ? Oui. Mais réalisable. Pourtant, en 2023, seulement 50 millions de doses ont été distribuées en Afrique subsaharienne. Pourquoi ? Parce que les pays donateurs (États-Unis, Europe, fondations privées) ne tiennent pas leurs promesses. Parce que les laboratoires surfacturent les doses pour les pays pauvres. Parce que les gouvernements locaux manquent de moyens logistiques pour organiser des campagnes.
Prenez le cas de GlaxoSmithKline (GSK), qui produit le vaccin contre le VPH. En 2022, le prix d’une dose était de 10 dollars pour les pays riches. Pour les pays pauvres ? 20 dollars. Vingt dollars pour un vaccin qui coûte 1 dollar à produire. Un scandale. Pourtant, GSK n’est pas la seule. Pfizer, Merck, tous pratiquent la même stratégie : prix élevés pour les pays qui paient, prix bas pour ceux qui mendient.
Résultat ? Les pays riches vaccinent leurs enfants. Les pays pauvres, non. Et les cancers continuent de tuer.
Ce qui cloche dans les solutions existantes
Alors, que faire ? La CIRC propose des mesures évidentes : vacciner massivement, améliorer l’hygiène, dépister tôt. Mais sur le terrain, rien ne bouge vraiment. Pourquoi ?
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Les priorités sont ailleurs : un gouvernement africain aura toujours plus urgent à gérer qu’une campagne de vaccination. Famine, guerres, instabilité politique. Le cancer, c’est long. La famine, c’est immédiat.
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Les lobbies pharmaceutiques freinent : les laboratoires n’ont aucun intérêt à voir les prix baisser. Pourquoi innover si on peut vendre cher ?
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L’ignorance tue : dans beaucoup de pays, les gens ne savent même pas que ces cancers sont liés à des infections. Résultat ? Ils ne se font pas dépister, ne se vaccinent pas.
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L’OMS elle-même est paralysée : l’agence dépend des dons des États. Si les pays riches ne financent pas, rien ne se fait. Or, seulement 10 % du budget de l’OMS vient de contributions obligatoires. Le reste ? Des dons… qui peuvent être retirés du jour au lendemain.
Exemple concret : en 2020, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a reçu 14 milliards de dollars. En 2023 ? 12 milliards. Moins d’argent, mêmes urgences. Où va passer la différence ? Pas dans les vaccins contre le cancer.
La vraie question : et nous, on fait quoi ?
Vous, lecteurs des pays riches, vous ne serez probablement pas touchés par ces cancers liés aux infections. Vous êtes vaccinés, vous avez accès aux soins. Mais votre silence est complice.
- Vos impôts financent peut-être des campagnes de vaccination… mais pas assez. Pourquoi ? Parce que vos gouvernements préfèrent dépenser des milliards en armes ou en subventions agricoles.
- Vos laboratoires pharmaceutiques gagnent des milliards sur le dos des pays pauvres. Et vous, vous achetez leurs médicaments sans poser de questions.
- Vos médias ne parlent presque jamais de ces injustices. Parce que ça ne vend pas. Parce que c’est compliqué. Parce que ça dérange.
Le cancer lié aux infections, c’est le symptôme d’un système pourri. Un système où la santé des uns dépend des choix des autres. Où l’argent parle plus fort que la science. Où des millions de vies ne valent pas un centime.
Alors oui, la solution existe. Mais elle ne viendra pas par magie. Elle viendra quand les pays riches arrêteront de se voiler la face. Quand les laboratoires accepteront de baisser leurs prix. Quand les gouvernements pauvres auront enfin les moyens d’agir.
En attendant, 2,3 millions de personnes par an meurent d’un cancer évitable. Et personne ne bronche vraiment.