Un cancer sur huit vient d’une infection évitable

L’OMS révèle que 2,3 millions de nouveaux cas de cancer par an sont liés à des infections. Pourtant, la plupart se préviendraient avec des vaccins ou des antibiotiques. Pourquoi les gouvernements traînent-ils ?

Publié le 29 septembre 2026 à 16:08
Un cancer sur huit vient d’une infection évitable

L’OMS confirme ce que les médecins savent depuis des années : la moitié des cancers évitables passent par des infections, et on ne fait rien pour les arrêter.

En 2022, 2,3 millions de personnes ont reçu un diagnostic de cancer lié à une infection. Soit un sur huit. Un chiffre de l’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC), filière de l’OMS, qui tombe comme un pavé dans la mare des priorités sanitaires. Pourtant, la plupart de ces cancers se laisseraient éviter avec des outils existants : vaccins contre le VPH ou l’hépatite B, antibiotiques contre Helicobacter pylori, dépistages ciblés. Alors pourquoi on continue à laisser des millions de gens mourir alors qu’on sait comment les sauver ?

Les infections qui tuent sans qu’on bronche

Le VPH (virus du papillome humain) cause 600 000 cancers par an, dont 90 % des cancers du col de l’utérus. Un vaccin existe depuis 2006. Pourtant, dans les pays pauvres, moins de 10 % des filles de 15 ans en ont reçu. Même en France, où le vaccin est gratuit depuis 2021, la couverture reste en dessous de 50 % chez les adolescentes. Pourquoi ? Parce que les campagnes de vaccination peinent à convaincre, et que les gynécologues ne prescrivent pas assez.

Helicobacter pylori, une bactérie qui infecte l’estomac, est responsable de 89 % des cancers gastriques. Un traitement antibiotique simple peut l’éradiquer. Pourtant, dans les pays où le dépistage est rare, comme le Japon ou la Corée du Sud, les taux de cancer gastrique restent élevés. La raison ? Les médecins ne cherchent pas assez la bactérie, et les patients ne se plaignent pas assez tôt.

L’hépatite B, elle, tue 820 000 personnes par an de cancer du foie. Un vaccin existe depuis les années 1980. Pourtant, en Afrique subsaharienne, moins de 20 % des nouveau-nés en bénéficient. Pourquoi ? Parce que les systèmes de santé sont saturés, et que les vaccins contre le VPH ou l’hépatite B ne sont pas une priorité face au paludisme ou à la rougeole.

L’industrie pharmaceutique et les lobbies qui freinent

Les vaccins contre le VPH (Gardasil, Cervarix) coûtent cher. Entre 100 et 200 euros la dose. Dans les pays riches, les gouvernements négocient des tarifs préférentiels, mais dans les pays pauvres, c’est le marché qui fixe les prix. Résultat : le vaccin reste hors de portée pour des millions de femmes.

Et puis, il y a le lobbying. L’industrie du tabac, par exemple, a longtemps nié le lien entre cancer et infections virales. Aujourd’hui, c’est moins visible, mais les géants pharma poussent pour des traitements onéreux plutôt que pour la prévention. Un cancer diagnostiqué rapporte plus qu’un vaccin distribué.

Pourquoi les gouvernements ne bougent pas ?

Parce que c’est compliqué. Vacciner tout le monde contre le VPH, c’est organiser des campagnes massives, former des médecins, convaincre les parents. Ça coûte cher, ça prend du temps, et ça ne fait pas de buzz comme une opération chirurgicale révolutionnaire.

Parce que les infections sont souvent associées à la pauvreté. Un cancer lié au VPH dans un pays riche, ça choque. Un cancer lié à l’hépatite B en Afrique, ça passe inaperçu.

Et parce que les systèmes de santé sont mal organisés. En France, le dépistage du VPH n’est pas systématique. Aux États-Unis, l’assurance ne couvre pas toujours les vaccins pour les adultes.

Ce qui pourrait changer, si on voulait vraiment

  1. Rendre les vaccins gratuits et obligatoires pour tous. Pas seulement pour les filles, mais pour les garçons aussi. Le VPH cause des cancers de la gorge et de l’anus chez les hommes. Si on veut éradiquer le virus, il faut vacciner tout le monde.

  2. Dépister systématiquement Helicobacter pylori. Un simple test respiratoire ou une analyse de sang suffirait. Si on détecte la bactérie tôt, on peut la tuer avant qu’elle ne cause un cancer.

  3. Arrêter de traiter les infections comme un problème des pays pauvres. L’hépatite B et le VPH ne connaissent pas de frontières. Un touriste qui contracte le VPH en Asie peut développer un cancer en Europe. La prévention doit être mondiale, pas sélective.

  4. Arrêter de subventionner les traitements chers. Un cancer du foie lié à l’hépatite B coûte des milliers d’euros à soigner. Un vaccin en coûte quelques dizaines.

Le vrai problème, c’est qu’on préfère soigner après coup

Les gouvernements aiment les solutions simples : une opération, un médicament, une campagne médiatique. Mais prévenir, c’est compliqué. Ça demande de l’organisation, de la persévérance, et de l’argent.

Pourtant, les chiffres sont là : 2,3 millions de cancers évitables par an.

Alors oui, on pourrait tous faire mieux. Mais on ne le fera pas, parce que ça ne rapporte rien à personne.

Sauf à ceux qui en meurent.

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R Galaxie Rédaction

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