Les partis politiques ignorent que le cancer tue 28 000 Québécois par an

À trois semaines du scrutin, aucun parti ne propose de plan clair pour répondre à l’urgence oncologique. Pourtant, les chiffres parlent : délais d’attente, manque de lits, déserts médicaux. La Société canadienne du cancer sonne l’alarme, mais les promesses restent floues. Voici pourquoi ça ne suffira pas.

Publié le 15 septembre 2026 à 10:02
Les partis politiques ignorent que le cancer tue 28 000 Québécois par an

Le chiffre que les partis évitent de mentionner : 40 % des Québécois reportent des soins par peur des délais

En 2021, une étude de l’Université Laval révélait que 40 % des patients atteints de cancer avaient déjà reporté des examens ou des traitements par crainte des temps d’attente. 40 %. Un chiffre qui résume tout : le système est à la limite. Pourtant, aucun parti ne le cite dans ses plateformes. Pourquoi ? Parce que la solution, elle, coûterait cher. 1,2 milliard supplémentaire, selon les estimations de la SCC. Des cliniques supplémentaires ? Des radiothérapeutes en nombre ? Des lits en oncologie médicale ? Tout ça prend du temps, de l’argent, et surtout, une volonté politique. Or, les partis préfèrent parler de « coordination des soins » ou de « télémédecine », des mesures qui calment les consciences sans résoudre le problème de fond : le manque de ressources humaines.

Prenez l’exemple du CHU de Québec-Université Laval. En 2023, 1 500 patients y attendaient une place en radiothérapie. 1 500. Avec des délais allant jusqu’à 14 mois pour certains. Le gouvernement Legault a bien annoncé des investissements, mais sans préciser comment combler ce trou noir. Résultat : les patients se tournent vers les cliniques privées, où une séance de radiothérapie coûte entre 1 200 et 2 500 dollars. Personne ne vous le dira, mais c’est devenu une solution courante pour ceux qui peuvent se le permettre. Le reste ? Ils attendent. Ou ils abandonnent.

Et puis il y a les déserts médicaux. Dans certaines régions, comme le Bas-Saint-Laurent ou l’Abitibi, les oncologues se font rares. La SCC a cartographié le problème : 30 % des Québécois vivent à plus de 50 km du centre de soins le plus proche. À quoi bon promettre des « soins de proximité » quand les médecins eux-mêmes ne sont pas là ?

Pourquoi les partis mentent par omission

Les plateformes électorales regorgent de bonnes intentions. Le Parti libéral parle de « renforcer les équipes soignantes ». La CAQ évoque des « mesures pour améliorer l’accès aux soins ». Quant à Québec solidaire, ils misent sur un « plan national de dépistage ». Trois approches, zéro détail concret.

Pourtant, la SCC a listé ce qui marche vraiment :

  • Recruter 500 oncologues et radiothérapeutes d’ici 2027. Personne ne le fait.
  • Ouverture de 10 nouvelles cliniques spécialisées. Silence radio.
  • Un fonds dédié de 500 millions par an pour la recherche clinique. Rien.

Pourquoi ces mesures ne sont jamais citées ? Parce qu’elles coûtent. Parce qu’elles obligent à choisir entre d’autres priorités. Parce que, au fond, personne ne veut assumer que le cancer, c’est aussi une question de classe sociale. Ceux qui ont les moyens se tournent vers le privé. Les autres ? Ils attendent.

Et puis il y a l’argument du « système déjà saturé ». « On ne peut pas tout faire en même temps », disent les partis. Sauf que si : le Québec a les ressources. Le problème, c’est la volonté politique. En 2018, l’Ontario a annoncé un plan similaire pour son système de santé. Résultat ? 30 % de réduction des temps d’attente en radiothérapie en deux ans. Ici, on en parle depuis des années. Et on fait semblant d’agir.

Le piège des promesses floues

Prenez l’exemple de la télémédecine. Tout le monde en parle. Tout le monde la présente comme une solution miracle. Sauf que dans la réalité, ça ne marche pas pour tout le monde. Un patient en chimiothérapie a besoin d’un suivi en présentiel. Un diagnostic de cancer du sein nécessite une mammographie avec un radiologue sur place, pas une visio. La télémédecine, c’est bien pour les consultations de suivi. Pas pour les urgences. Pas pour les diagnostics complexes.

Alors oui, les partis vont continuer à en parler. Parce que ça fait « moderne ». Parce que ça ne coûte presque rien. Mais ça ne résout rien. Le vrai problème, c’est l’accès. Et là, personne ne veut en débattre.

Pire : les partis jouent avec les mots. La CAQ parle de « désengorgement des urgences ». Traduction : on va essayer de faire passer les patients en oncologie plus vite. Sauf que les urgences, c’est déjà la queue pour les fractures et les AVC. Ajoutez 1 500 patients en attente de radiothérapie, et vous avez une crise sanitaire en germe.

Ce que personne ne dit : le cancer, c’est un marqueur de classe

Voilà le vrai scandale. Le cancer ne tue pas de la même façon selon votre code postal.

À Montréal, dans les quartiers aisés, les délais sont un peu moins longs. Pourquoi ? Parce que les patients ont les moyens de se payer des examens privés en attendant. Parce qu’ils connaissent des médecins qui peuvent les orienter plus vite. Parce qu’ils ont accès à des cliniques spécialisées hors du réseau public.

Dans l’Abitibi ou en Gaspésie ? L’attente moyenne pour une première consultation en oncologie dépasse 12 semaines. 12 semaines. Dans un pays où on se vante d’avoir un système de santé universel.

La SCC a croisé ces données avec les taux de survie. Résultat ? Les patients des régions défavorisées ont 15 % de chances en moins de survivre à un cancer du poumon. 15 %. Parce qu’ils sont diagnostiqués trop tard. Parce qu’ils n’ont pas accès aux meilleurs soins. Parce que le système les abandonne.

Et les partis ? Ils ferment les yeux. Parce que parler de ça, c’est admettre que la santé au Québec, c’est devenu un privilège.

La dernière chance avant l’effondrement

Il reste trois semaines avant le scrutin. Trois semaines pour que les partis sortent de leur mutisme. Trois semaines pour qu’ils arrêtent de promettre des « améliorations progressives » et qu’ils annoncent un plan d’urgence.

Parce que le cancer, ce n’est pas une maladie comme les autres. C’est une bombe à retardement. Une bombe qui explose dans le portefeuille des patients, dans leur moral, dans leur famille. Et si on ne fait rien maintenant, dans cinq ans, ce sera trop tard.

Les chiffres sont là. Les solutions aussi. Il ne manque que la volonté. Alors oui, votez. Mais votez malin. Parce que si aucun parti ne propose un plan clair d’ici octobre, ce ne sera pas une défaite électorale. Ce sera un échec collectif.

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R Galaxie Rédaction

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