Les cacahuètes du Québec contaminées par la salmonelle

L’ACIA rappelle 13 lots de cacahuètes vendus au Québec après détection de salmonelle. Pourquoi ce rappel arrive trop tard pour certains, et ce qu’il révèle sur les failles de la traçabilité alimentaire.

Publié le 13 septembre 2026 à 08:05
Les cacahuètes du Québec contaminées par la salmonelle

Le 12 mars, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a publié un rappel sans fanfare. Treize lots de cacahuètes, vendus sous différentes marques dans des épiceries québécoises, étaient contaminés par Salmonella Typhimurium. Pas de panique médiatique, pas de campagne de communication tapageuse. Juste un avis sec : « Évitez de consommer, de vendre ou de distribuer ces produits. Jetez-les ou retournez-les au point d’achat. » Bref, l’ACIA fait son travail. Mais derrière ce rappel, il y a une question qui gratte : comment des cacahuètes infectées ont-elles pu finir dans les rayons sans que personne ne bronche avant ?

Un rappel qui sent le déjà-vu

La salmonelle, c’est la star des rappels alimentaires. On en parle tous les ans, dans tous les pays. Pourtant, chaque fois, c’est la même histoire : des lots contaminés, des rappels en urgence, des clients qui se demandent « Mais comment c’est possible ? » avant de balancer le paquet à la poubelle.

Cette fois, c’est une entreprise de Montréal, Nuts & More, qui est dans la ligne de mire. Ses cacahuètes, distribuées sous plusieurs enseignes (dont Les Crackers de Montréal et La Maison des Nuts), ont été testées positives. L’ACIA précise que « les analyses ont révélé la présence de Salmonella Typhimurium, une bactérie qui peut causer des maladies graves, surtout chez les enfants, les personnes âgées et celles dont le système immunitaire est affaibli ». Traduction : si vous avez acheté ces cacahuètes entre le 1er février et le 10 mars, vous jouez à la roulette russe.

Mais voici le problème : personne ne sait exactement combien de sacs ont été vendus. L’ACIA parle de « plusieurs milliers », mais sans chiffre précis. Sans traçabilité fine, impossible de mesurer l’ampleur réelle du risque. Et c’est là que ça coince.

La traçabilité, ce point aveugle

Au Canada, les règles sont claires : tout rappel doit être publié rapidement, et les distributeurs ont l’obligation de retirer les produits. Sauf que, dans la pratique, la chaîne du froid (ou du sac, dans ce cas) est souvent une blague.

Prenez l’exemple des États-Unis, où les rappels de cacahuètes sont presque une tradition. En 2009, un épisode de Salmonella dans des cacahuètes avait empoisonné 700 personnes et tué 9. Résultat ? Les règles avaient été durcies, les contrôles renforcés. Pourquoi pas ici ?

L’ACIA explique que « les mesures de sécurité alimentaire sont en place », mais les faits disent autre chose. En 2022, une étude de l’Université de Guelph (sourcée par Food Safety News) montrait que 40 % des rappels au Canada étaient liés à des contaminations bactériennes évitables. Et devinez quel aliment revient sans cesse dans ces statistiques ? Les noix. Cacahuètes, amandes, noix de cajou… Le problème n’est pas ponctuel, c’est structurel.

Pourtant, les autorités misent toujours sur la même solution : « Achetez moins, lavez mieux, cuisez plus ». Comme si le consommateur était responsable des failles de l’industrie. Mais quand bien même vous laveriez vos cacahuètes à l’eau de Javel, la salmonelle ne partira pas. Elle est à l’intérieur. Et si le sac est déjà contaminé, peu importe votre hygiène.

Le marché des noix, un casino à ciel ouvert

Derrière ce rappel, il y a un marché opaque. Les cacahuètes viennent souvent des États-Unis (Géorgie, Texas), où les contrôles sanitaires sont… disons, flexibles. Ensuite, elles transitent par des entrepôts, des grossistes, des épiceries fines, avant d’atterrir dans votre assiette.

Qui vérifie quoi, où ? Personne ne sait vraiment. En 2021, une enquête de Radio-Canada révélait que les inspections des usines de transformation de noix au Canada étaient rares : « Entre 2016 et 2020, seulement 12 % des établissements ont été inspectés plus d’une fois par an ». Douze pour cent. Vous lisez bien.

Et puis, il y a le problème des petits producteurs. Ceux qui vendent leurs cacahuètes en vrac, sur les marchés, ou en ligne sans déclaration officielle. L’ACIA ne peut pas tout surveiller. Résultat : les vrais risques, ce sont ceux qu’on ne voit pas.

Ce que ce rappel ne dit pas

L’ACIA recommande de jeter les produits. Point. Mais elle ne dit pas pourquoi les tests n’ont été faits qu’en mars, alors que les lots étaient en vente depuis février. Pourquoi attendre que les premiers cas de gastro-entérite se déclarent ?

Elle ne dit pas non plus pourquoi les épiceries n’ont pas reçu d’avertissement plus tôt. Est-ce parce que les grossistes minimisent les risques ? Parce que les marges sont trop juteuses pour s’arrêter ?

Et surtout, elle ne parle pas des autres lots qui traînent encore quelque part. Ceux qui n’ont pas été rappelés. Ceux qui attendent qu’un autre client tombe malade pour être enfin retirés.

La vraie question : et après ?

Les rappels, on en fait. Les clients, on les informe. Mais personne ne change vraiment les règles du jeu.

En 2018, un scandale similaire avait éclaté avec des amandes contaminées. Résultat ? Un rappel, quelques excuses, et retour à la normale. Aucune loi plus stricte, aucun contrôle supplémentaire.

Pourtant, la salmonelle tue. Pas tous les jours, pas en masse, mais elle tue. Et chaque rappel est une preuve que le système a échoué.

Alors oui, jetez vos cacahuètes si elles sont dans la liste. Mais demandez-vous pourquoi, année après année, on en est toujours au même point.

Parce que le vrai problème, ce n’est pas la bactérie. C’est qu’on continue de fermer les yeux.

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R Galaxie Rédaction

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