Le Congrès a voté. 1,2 milliard de francs CFP en moins, gommé d’un trait de plume. Officiellement, c’était une erreur comptable. Officieusement, personne ne sait vraiment comment ce trou s’est creusé. Les comptes publics de la Nouvelle-Calédonie ont encore tremblé, et cette fois, c’est le gouvernement qui a dû courir après la caisse pour rattraper le coup. Le problème ? Personne ne vous expliquera jamais comment on en arrive là.
Les chiffres ? Ils sont dans le rapport du Congrès, page 47. 1,2 milliard. Un montant qui correspond à peu près au budget annuel de santé du territoire. Assez pour construire trois hôpitaux. Assez pour soigner 250 enfants par an atteints de rhumatisme articulaire aigu (RAA), cette maladie qui ravage les articulations et laisse des séquelles à vie. Sauf que ce budget supplémentaire, lui, ne servira pas à ça.
Il servira à combler un trou. Un trou qui, selon les oppositions, aurait pu être évité si les finances publiques avaient été mieux gérées. Si les recettes minières avaient été mieux réparties. Si les promesses électorales n’avaient pas été prises pour des chèques en blanc. Mais bon, on est en Nouvelle-Calédonie. Ici, les budgets se votent à la va-vite, et les justifications arrivent après.
Le RAA, cette maladie qu’on ignore encore
250 nouveaux cas par an. C’est le chiffre officiel, celui que balance la Direction de la Santé sans sourciller. 250 enfants, adolescents, parfois adultes, qui se réveillent un matin avec des douleurs atroces dans les genoux, les chevilles, les poignets. Le rhumatisme articulaire aigu, c’est la maladie des pauvres. Celle qui frappe les familles qui n’ont pas les moyens de se soigner tôt, celle qui s’installe dans les zones où l’eau n’est pas potable et où les antibiotiques traînent dans les placards.
Pourtant, on en parle peu. Pas de campagne médiatique, pas de mobilisation grand public, pas même un vrai plan de prévention. Le RAA, c’est le cancer du pauvre : on sait qu’il tue, mais on préfère regarder ailleurs.
Le dernier rapport de l’OMS pour le Pacifique, sorti en 2022, classe la Nouvelle-Calédonie parmi les territoires où la maladie est la plus active. Pourquoi ? Parce que les streptocoques, ces bactéries responsables des angines qui déclenchent souvent le RAA, pullulent dans les zones surpeuplées. Parce que les antibiotiques sont mal prescrits. Parce que les campagnes de vaccination contre le streptocoque A n’ont jamais vraiment décollé.
Et puis, il y a le déni. **