Pourquoi le Québec refuse de bouger d’un pouce
Freeland a sorti ses prévisions le 7 mars : +1,4 % de croissance en 2025, avec un déficit qui se résorbe « progressivement ». Sauf que Québec et l’Ontario, deux poids lourds, ont leurs propres chiffres. Et leurs propres nerfs.
Le gouvernement Legault assume : « On ne croit pas aux 1,4 %. Nos experts estiment que l’économie stagne. » Pas de panique, diront les libéraux. « Les données sont solides. » Sauf que les données, justement, divergent. Le Conference Board du Canada, lui, table sur +1,1 %, soit à mi-chemin entre Ottawa et Québec. Personne ne sait qui a raison. Personne ne veut avoir tort.
Le vrai problème ? Ce n’est pas la croissance. C’est l’argent.
Ottawa veut réduire le déficit de 5 milliards d’ici 2026. Pour ça, il faut des recettes. Et si l’économie croît moins que prévu, les impôts ne rentrent pas. Résultat : soit on coupe dans les programmes, soit on emprunte plus. Les provinces, elles, veulent garder leurs transferts fédéraux. Point.
« Si vous sous-estimez les risques, vous allez nous serrer comme un citron pour combler le trou », a lâché un conseiller de Legault sous le couvert de l’anonymat. Traduction : « On ne veut pas payer la note de votre optimisme. »
L’Ontario joue les gros bras, mais ses comptes mentent
Doug Ford a sorti l’artillerie lourde : « Nous allons dépasser les prévisions fédérales. 2,5 %, c’est réaliste. » Sauf que les chiffres de l’Ontario, eux aussi, sont contestables.
En 2023, la province a sous-estimé son déficit de 3 milliards. En 2024, elle a surestimé sa croissance de 0,8 point. Personne ne lui fait plus confiance. Pourtant, Ford campe sur ses positions. Pourquoi ? Parce que l’Ontario a besoin de ces milliards pour ses infrastructures et ses subventions aux entreprises.
« Ils bluffent », murmure un économiste de Toronto. « Si la croissance chute, ce sera eux qui devront annoncer des coupes. Pas nous. » Sauf que le bluff, ça se paie. En 2022, l’Ontario a dû revoir ses prévisions à la baisse trois fois. Cette année, le marché attend le quatrième ajustement.
La ligne zéro : quand le Québec force la main
Le 22 mai, Québec a envoyé un ultimatum : « Si vous ne reconnaissez pas nos chiffres, on bloque tout. » Pas seulement le budget. Les accords sur la santé, l’éducation, même la lutte contre les incendies de forêt. Sans accord, pas de financement.
« C’est du chantage », a réagi un député libéral. « Non, c’est de la réalité », a rétorqué un porte-parole de Legault. La ligne zéro, c’est leur assurance. Si l’économie stagne, ils peuvent toujours dire : « On vous l’avait dit. »
Le problème ? Personne ne sait qui a raison.
- Ottawa mise sur la consommation et les exportations pour relancer la machine. « Les ménages ont de l’épargne, les entreprises investissent », répète-t-on à la PCO.
- Québec parie sur l’inflation résiduelle, la hausse des taux et la faiblesse des marchés immobiliers. « Les gens dépensent moins, les banques serrent les crédits », insiste l’Institut de la statistique du Québec.
- L’Ontario compte sur ses subventions aux entreprises et ses mégaprojets (comme le nouveau pont sur le lac Ontario) pour tirer la croissance.
Résultat ? Un triangle de méfiance où chacun attend que l’autre craque.
Ce que ça change pour vous (et ce que ça ne change pas)
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Vos impôts, probablement, ne baisseront pas. Même si Ottawa réduit son déficit, les provinces ne lâcheront pas un sou sur leurs transferts. Traduction : plus de pression fiscale locale pour compenser.
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Les programmes sociaux sont en danger. Si la croissance est revue à la baisse, Ottawa coupera dans les subventions, santé, éducation, aide sociale. Québec et l’Ontario crieront au scandale, mais ils ne renverront pas l’ascenseur.
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Les marchés s’en fichent. Les investisseurs regardent les taux, pas les querelles provinciales. Si la Banque du Canada maintient ses hausses, votre crédit immobilier ne bougera pas. Par contre, les PME vont encore galérer à emprunter.
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La vraie bataille ? Ce n’est pas la croissance. C’est le pouvoir. Québec et l’Ontario testent Ottawa. Si Freeland cède sur les chiffres, toutes les provinces vont exiger des ajustements. Si elle tient bon, elles bloqueront le budget jusqu’aux élections.
Le piège où Ottawa est coincé
Freeland a un choix cornélien :
- Elle cède sur les chiffres → elle perd en crédibilité, les marchés paniquent, les taux montent.
- Elle tient bon → Québec et l’Ontario gelent les négociations, et le budget traîne jusqu’en septembre, voire octobre.
Personne ne gagne. Sauf peut-être les lobbies, qui profitent de l’immobilisme pour repousser les réformes (comme la taxe sur les superprofits des banques, toujours en stand-by).
Le pire ? Les citoyens n’ont pas leur mot à dire. Les prévisions de croissance, c’est comme la météo : personne ne vous demande votre avis. Vous, vous allez payer l’addition, qu’Ottawa ait raison ou tort.
La dernière carte dans ce bras de fer ? Les élections. Si Freeland veut éviter un budget de crise en pleine campagne, elle devra trouver un compromis d’ici l’été. Sauf que personne ne veut bouger le premier.
Et voilà comment, entre chiffres et ego, l’économie canadienne attend son verdict… sans savoir qui décidera.